L’égalité pour boussole

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Discriminations raciales, crimes et violences policières, islamophobie attisée au plus haut sommet de l’État, lutte des sans-papiers, inégalités mêmes face à la maladie et à la mort en période d’épidémie : si notre syndicalisme veut construire l’émancipation alors il ne peut pas se tenir à l’écart du combat pour l’égalité de toutes et tous.

En France, la fiction de l’égalité fonctionne comme l’ardoise magique des enfants. Il suffirait de décréter l’égalité, de graver le mot sur le fronton des mairies, la brandir comme un totem pour que les inégalités s’effacent d’elles-mêmes.

C’est ce que prétendait le ministre de l’Éducation nationale qui dénonçait en novembre 2017, jusque devant l’Assemblée, les ateliers en non-mixité raciale d’un stage antiraciste de SUD éducation 93 : l’école, « sanctuaire républicain », ne pouvait pas connaître le racisme. Circulez, il n’y a rien à voir.

C’est ce qu’a prétendu le préfet de police de Paris Lallement qui affirmait dans un message du 2 juin 2020 à ses troupes qu’« Il n’y a pas de race dans la police, pas plus que de racisés ou d’oppresseurs racistes. Il y a des fonctionnaires qui s’engagent pour la liberté, l’égalité et la fraternité et cela au quotidien ! » (1)

Manifestation pour la vérité et la justice pour Adama Traoré, Châtelet, le 5 novembre 2016 (photo : T. R.)

Le même jour, il interdisait, sans réussir à l’empêcher, la manifestation appelée pour exiger justice pour George Floyd, pour Adama Traoré et pour toutes les victimes des crimes policiers.

Le mythe d’un État « neutre et bienveillant » ne résiste pas aux rapports de force à l’œuvre dans la société.

Dans notre camp, nos organisations ne sont par ailleurs pas étanches à cette fiction et on peut rappeler ce qui a déjà été dit dans les colonnes des Utopiques : « Dans une sorte de déclinaison prolétarienne de l’universalisme républicain, certain·es pensent pouvoir régler la question avec une affirmation de principe : avant d’être noir, arabe, asiatique ou blanc, nous sommes toutes et tous des travailleurs et des travailleuses”. Mais c’est en quelque sorte croire que le but à atteindre le serait déjà, que rien ne diviserait le camp des exploité·es et donc faire fi des dominations réellement existantes ! » (2)

L’égalité ne doit pas être une valeur abstraite : c’est un combat à mener.

Il n’y a pas d’égalité de poche ou de circonstance. Il ne peut pas y avoir une égalité différente pour les un·es et pour les autres selon sa couleur de peau, sa religion réelle ou supposée.

Dans la société française d’aujourd’hui le racisme sous toutes ses formes – qu’il vise les noir·es, les arabes, les rroms, les juifs et juives, les asiatiques, les musulman·es ou assigné·es comme tel·les – est un agent de l’exploitation capitaliste, un moteur des discriminations, des stigmatisations, des assignations et des violences qui frappent une grande partie des classes populaires.

Racisme et fascisation

Le racisme se traduit par des faits précis qui ont frappé plus durement encore avec la crise du coronavirus. Les statistiques ethniques, autorisées aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ont permis de montrer qu’on mourrait plus du Coronavirus lorsqu’on était noir·e que lorsqu’on était blanc·he (3). En France ces statistiques sont interdites, elles contreviennent à la fiction de l’égalité républicaine. Malgré tout, d’autres types d’indicateurs dévoilent son hypocrisie : entre le 1er mars et le 19 avril 2020, le taux de surmortalité en Seine-Saint-Denis était de 134 %. Dans un département où, en 2016, la population immigrée représentait 30 % des habitant·es du département, où 28 % des adultes de 18 à 50 ans et 50 % des moins de 18 ans sont des descendant·es d’immigré·es (4).

Le racisme tue : on ne peut pas voir que les vies, les corps de celles et ceux qui sont racisé·es (5) sont moins considérées que les vies et les corps blancs. Les morts des crimes policiers, douze pendant le confinement (6), les morts de Méditerranée, les hommes, les femmes, les enfants enfermé·es en Centre de rétention administrative en témoignent.

Ne pas reconnaître, nommer, combattre les discriminations raciales et le racisme c’est amputer notre combat pour l’égalité. Considérer ce combat comme « secondaire », ce serait chercher à construire une émancipation là aussi « de poche » parce qu’elle ne tiendrait pas compte des souffrances et des injustices subies par une partie des classes populaires.

On ne laisse pas de côté, on ne « subordonne » pas la lutte des classes en luttant contre les inégalités, en les dénonçant telles qu’elles se manifestent concrètement, matériellement. Bien au contraire.

La période que nous traversons est marquée par les périls d’un autoritarisme d’État accru, ou pour le dire autrement par le danger de « fascisation » de nos sociétés sur lequel alerte le sociologue et militant du FUIQP Saïd Bouamama : « La fascisation n’est pas le fascisme qui est un régime de dictature ouverte se donnant pour objectif la destruction violente et totale des opposants. Le processus de fascisation n’est pas non plus une intentionnalité de la classe dominante ou un « complot » de celle-ci. Il est le résultat de l’accumulation de réponses autoritaires successives pour gérer les contestations sociales dans un contexte de crise de légitimité. » (7)

Pour contrer ce processus, il faut qu’une politique de l’égalité s’impose. « Politique » au sens noble du terme. Pour cela, la responsabilité du syndicalisme est immense : parce qu’il est un des principaux outils collectifs de lutte et de résistance, il doit prendre une part active aux combats pour l’égalité qui doivent s’ancrer dans des réalités sociales fortes sur le terrain, dans les villes, les quartiers, mais aussi au travail, dans les entreprises et les services.

Par leur maillage territorial, par le contre-pouvoir qu’elles représentent concrètement face à l’État, parce qu’elles sont des outils de solidarité concrète, l’engagement des structures syndicales peut s’avérer significatif dans ces combats.

En respectant toujours la légitimité et l’auto-organisation de celles et ceux qui sont les premier·es concerné·es, y compris à l’intérieur du syndicat. Et en ayant l’ambition, sans trahir les exigences de premier·es, de construire le rapport de force en entraînant l’engagement des deuxièmes, des troisièmes concerné·es… de s’adresser bel et bien à la majorité de la population pour enrayer la mécanique raciste.

L’urgence de la situation a imposé des prises de positions, des actes, qui peuvent annoncer un tournant en ce sens. Plusieurs initiatives et mobilisations récentes, liées les unes aux autres, permettent d’envisager un rapport de force antiraciste renouvelé. Elles sont le résultat d’une affirmation politique autonome des organisations et collectifs antiracistes. C’est cette affirmation qui a fait bouger les lignes et permis ces mobilisations, à la base élargie par le ralliement d’organisations du mouvement social.

De la marche contre l’islamophobie à la colère des quartiers populaires

Le 10 novembre dernier, des dizaines de milliers de personnes, de musulmanes et de musulmans et celles et ceux venu·es les soutenir, marchaient à Paris contre l’islamophobie.

L’offensive islamophobe est alors lancée du plus haut sommet de l’État : le ministre de l’éducation nationale estime publiquement que le voile n’est pas « compatible » avec la République ; le président de la République appelle à instaurer une « société de vigilance » pour traquer les « signaux faibles  » de « radicalisation », délivrant un véritable permis de discriminer toutes les personnes musulmanes ou considérées comme telles.

Une mère d’élève portant le voile et accompagnant son enfant en sortie scolaire est prise à partie et menacée publiquement en pleine séance du Conseil régional de Bourgogne par les élus Rassemblement national. Une mosquée à Bayonne est la cible d’un attentat par un militant d’extrême droite, sans que cela ne soulève l’indignation de la classe politique ou du gouvernement.

Si en France l’islamophobie est clairement héritée du racisme colonial, elle est devenue ces dernières années, et dans l’ensemble du monde occidental contemporain, le principal véhicule des courants politiques fascisant. C’est une « islamophobie enragée » qui structure aujourd’hui « l’horizon d’attente d’un retour à l’ordre réactionnaire et identitaire ». (8)

Marche du 10 novembre contre l’islamophobie

Après des années de polémiques autour d’un mot, les faits l’emportent : la quasi-totalité des forces progressistes, associatives, politiques, comme les syndicats CGT, FSU et Solidaires ont fait front commun et appelé à manifester avec des acteurs de longue date de la lutte contre le racisme et l’islamophobie (9). Le ralliement de la CGT notamment est important et remarqué (10).

L’arc de forces réalisé, inédit, fait enrager les éditorialistes d’extrême droite. Mais il ne fait pas que ça, il met – même provisoirement – un coup d’arrêt à la violence islamophobe (11).

Dans la foulée de la marche est mis sur pied le Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie. Une de ses premières initiatives aura été de diffuser un tract, « Pour l’égalité des droits », sur la manifestation parisienne le jour de la grève du 5 décembre 2019 (voir en annexe 1).

La longue grève en défense de nos retraites, puis la crise du coronavirus et le confinement ont fatalement perturbé le calendrier d’action du Collectif du 10 novembre.

Visuel Solidaires

C’est pourtant au sein de ce collectif qu’est née la volonté de réactiver un arc de forces large face aux graves violences policières dans les quartiers populaires lors du confinement. Dans plusieurs de ces quartiers populaires, des révoltes éclataient dans la nuit du 19 au 20 avril. Un appel est rédigé, rappelant l’articulation des inégalités sociales, des discriminations racistes et des violences policières et le disant clairement : « la colère des quartiers populaires est légitime » (voir en annexe 2).

Une conférence de presse est organisée dans la foulée, en visioconférence et retransmise en direct sur les sites du Bondy Blog, du Courrier de l’Atlas, Mediapart et Regards.

Y ont pris la parole Omar Slaouti pour le Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie, Céline Verzeletti pour la CGT, Youcef Brakni pour le Comité Adama, Verveine Angeli pour Solidaires, Mohamed Bensaada pour le Syndicat des quartiers populaires de Marseille (SQPM) et Aurélie Trouvé pour Attac (12). Loin de se limiter à la dénonciation de dérives isolées, c’est bien « l’arsenal répressif d’État » qui est responsable des violences policières selon les mots de Céline Verzeletti de la CGT. Le fait que les travailleuses et les travailleurs en première ligne face à la crise du coronavirus, qui font « tenir le pays », vivent précisément dans ces quartiers populaires est rappelé par toutes et tous. Youcef Brakni du Comité Adama inscrit les révoltes des quartiers, en 2005 comme en 2020, dans l’histoire des « grandes révoltes des classes populaires, des écrasé·es, des dominé·es » (13). Tout en rappelant l’ancrage dans un passé colonial toujours présent : « un bicot ça ne sait pas nager », c’est ce que disait en riant un policier en parlant de Samir, ouvrier de nationalité égyptienne, arrêté et brutalisé dans la nuit du 24 au 25 avril à l’Île-Saint-Denis après qu’il soit tombé dans la Seine.

Et c’est à l’Île-Saint-Denis qu’est appelée une première initiative publique, une chaîne humaine contre les violences policières, le soir même du 11 mai premier jour du déconfinement (14).

Le 11 mai à l’Île-Saint-Denis (photo : Nadia Fartaoui)

À partir de la démarche forgée autour du 10 novembre et de l’appel « la colère des quartiers populaires est légitime », un front commun de l’égalité peut se matérialiser dans la durée.

Il peut s’avérer utile et nécessaire dans les futures mobilisations antiracistes s’affrontant directement à un pouvoir d’État qui ne comprend que le rapport de force.

Deux manifestations interdites

Pendant le confinement, une autre réalité du racisme d’État s’est particulièrement manifestée : celle qui réserve un sort d’injustice et de mépris pour les sans-papiers, mis à la merci de l’épidémie. Dans plusieurs Centres de rétention administrative (CRA) (15), à Oissel, au Mesnil-Amelot, à Vincennes, les enfermé·es se sont révolté·es refusant l’ordre des gardiens et de la rétention, protestant d’être livré·es à la maladie.

Le 23 mars, cinq organisations dont la Cimade, le Gisti et le Syndicat des avocats de France (SAF) avaient saisi le Conseil d’État pour demander la fermeture des CRA. Une demande que le Conseil d’État a balayé osant préciser que l’enfermement devait durer « le temps strictement nécessaire » : mais de quoi parle-t-on quand les frontières sont fermées pour cause de pandémie ?

Dans les foyers aussi la résistance et la solidarité s’organisaient.

La Marche des solidarités, cadre unitaire dans lequel se retrouvent les collectifs de sans-papier et leurs soutiens (16) a pris l’initiative d’un appel, « Foyers, CRA, sans-papiers : des mesures immédiates contre la bombe sanitaire », qui sera signé par plus de 200 organisations. Il se concluait par un appel à manifester le 30 mai. Dans près de 20 villes, des rassemblements, des chaînes humaines, des manifestations sont organisées à cette date. Mais à Paris le bras de fer est engagé avec la Préfecture de Police qui interdit la manifestation.

Elle sera maintenue par les organisations appelantes et ce sont plus de 10 000 personnes qui défilent à Paris et à Montreuil le 30 mai, des travailleuses et travailleurs sans-papiers eux et elles-mêmes pour l’essentiel. La régularisation de toutes et tous les sans-papiers, la fermeture des CRA et l’arrêt des projets de nouvelles constructions de CRA prévues à Bordeaux, Lyon et Orléans est plus que jamais d’actualité.

Le 30 mai à Paris (photo : Marche des solidarités)

Quelques jours plus tard, le 2 juin, une autre manifestation était également interdite par la Préfecture de Police de Paris, le jour-même où elle était appelée par le Comité Adama.

Le combat pour la vérité et la justice pour Adama Traoré est devenu emblématique de la lutte contre les violences policières. Et le Comité Adama tient une place importante dans la coordination des différents comités vérité et justice (17).

Le 25 mai, le meurtre de George Floyd à Minneapolis déclenche des révoltes populaires massives aux États-Unis, inégalées depuis les années 1960, mais aussi un mouvement international de dénonciation des violences policières et de leur caractère raciste.

Le 21 mai déjà, plusieurs milliers de personne, dont Assa Traoré, avaient pris part à Argenteuil à la marche exigeant « Lumière(s) pour Sabri », mort quatre jours plus tôt, la nuit du 17 mars, à proximité d’une voiture de la Brigade anti-criminalité.

En France, c’est le Comité Adama qui prend l’initiative d’une manifestation devant le Tribunal de grande instance de Paris afin d’exiger justice pour Adama, justice pour George Floyd et pour toutes les victimes de la police.

Ce 2 juin, 40 000 manifestant·es bravent l’interdiction du Préfet de police Lallement, dont de très nombreuses et nombreux jeunes venu·es des quartiers populaires d’Île-de-France. Dans la foulée, des rassemblements et manifestations contre les violences policières éclatent dans de très nombreuses villes. Le moment est historique et est un indéniable tournant dans la lutte contre les crimes et violences policières, fruit d’un travail de plusieurs années, d’un combat antiraciste et pour l’égalité dont la force repose sur son autonomie.

À l’heure du déconfinement, elles ont été parmi les premières contestations, dans la rue, de l’autoritarisme du pouvoir.

Pour un Forum syndical antiraciste

S’attaquer à la réalité structurelle du racisme impose de prendre en compte toutes ses dimensions.

Il reste à dire à ce sujet quelques mots du Forum syndical antiraciste. Le premier s’est tenu le 18 mai 2019 à Paris, à l’initiative de plusieurs syndicalistes CGT, FSU et Solidaires. Un second devait se tenir début juin 2020, mais n’a pas pu être organisé. Pourquoi construire un tel outil commun ?

L’appel du premier Forum syndical antiraciste l’envisageait ainsi : « Le syndicalisme a parfois du mal à se saisir des enjeux du racisme au travail : discriminations à l’embauche, assignation à des postes subalternes, déroulement de carrière, salaires… Si de nombreuses expériences de luttes contre le racisme existent, dans différent secteurs et menées par différents syndicats, il n’existe pas réellement de lieu collectif où réfléchir au rôle du syndicalisme dans le combat antiraciste, où partager des expériences. » (18)

Un espace qui pourrait tenir à l’avenir le rôle que les Journées intersyndicales Femmes, organisées par la CGT, la FSU et Solidaires depuis 20 ans, remplissent pour le combat pour les droits des femmes dans nos syndicats.

Affiche du Forum syndical antiraciste réalisée par Emilie Seto

Le forum de mai 2019 avait rassemblé une centaine de participant·es sur la totalité de la journée, avec des syndicalistes de secteurs et d’organisations variées, racisé·es et non-racisé·es, femmes et hommes. Les échanges, fructueux, avaient permis de donner des pistes. Celle d’une plateforme commune de revendications à porter au sein de nos structures, permettant de lancer des campagnes et de coordonner des actions syndicales de terrain.

La recherche d’outils qui permettraient de quantifier de manière incontestable les discriminations raciales en entreprise (des « statistiques ethniques » donc), comme cela peut se faire pour les discriminations de genre, avait été également débattue.

Parce que le racisme traverse nos rapports sociaux comme nos rapports de travail… et même nos luttes sociales et syndicales ! Un des derniers exemples en date : une élue des Yvelines n’a pas hésité à déclarer publiquement que la grève reconductible à la RATP du mois de décembre était liée au recrutement de « milliers d’agents arabo-musulmans ».

Une des contributions de la lutte syndicale doit être d’agir concrètement sur les discriminations raciales comme de prendre part aux mouvements d’émancipation qui traversent toute la société.

Pour que notre syndicalisme puisse être l’un des espaces du front commun qui se dessine, résolu à traquer et combattre le racisme structurel de nos sociétés : avec l’égalité pour boussole.

Théo Roumier est militant de SUD éducation en lycée professionnel et partie prenante du Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie et du Forum syndical antiraciste.

Notes :

1. Camille Poloni, « “Il n’y a pas de race dans la police” : le message de Didier Lallement à ses troupes », Mediapart, le 2 juin 2020

2. Théo Roumier, « L’antiracisme, c’est aussi une question syndicale », Les Utopiques n°8, été 2018 (en ligne et en accès libre sur lesutopiques.org)

3. Camille Poloni, « Covid-19 et minorités : un non-dit français », Mediapart, le 15 mai 2020

4. Solène Brun, Patrick Simon, « L’invisibilité des minorités dans les chiffres du Coronavirus : le détour par la Seine-Saint-Denis », De factO n°19, « Inégalités ethno-raciales et coronavirus », mai 2020 (en ligne et en accès libre sur icmigrations.fr)

5. L’usage de ce terme est parfois mal compris : il ne s’agit pas de valider des « races » biologiques, mais de dire par ce mot que la mécanique raciste fabrique des catégories de populations discriminées.

6. Loïc Le Clerc, « Violences policières : pendant ce temps-là en France, le déni tue aussi », publié sur Regards.fr le 1er juin 2020

7. Saïd Bouamama, « Crise de légitimité et processus de fascisation : l’accélération par la pandémie », publié sur Regards.fr le 12 mai 2020

8. Enzo Traverso, « Spectres du fascisme. Les métamorphoses des droites radicales au XXIe siècle », Revue du Crieur n°1, juin 2015 (en ligne et en accès libre sur cairn.info)

9. « Marche du 10 novembre à Paris: nous dirons STOP à l’islamophobie ! », appel publié sur Mediapart le 3 novembre 2019

10. « La lutte contre l’islamophobie, comme de toute forme de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie est un combat de toute la CGT », communiqué confédéral du 7 novembre 2019

11. Mais le danger islamophobe reste bien présent : « Vous serez fusillé !!! », c’est ce qui a été tracé sur les murs de la mosquée de Cholet dans la nuit du 20 mai 2020. En prévision de la réouverture des écoles le 11 mai, le ministère de l’éducation nationale mettait en ligne une série de fiches dont l’une portait sur les « risques de replis communautaristes » en ne citant qu’une religion : l’islam. « Une nouvelle fois, le ministre stigmatise les classes populaires et les musulman·es », communiqué de la Fédération SUD éducation du 10 mai 2020

12. Conférence de presse « La colère des quartiers populaires est légitime » du 4 mai 2020 en ligne sur la chaîne YouTube de l’Union syndicale Solidaires

13. Le Comité Adama s’est également engagé fortement dans le mouvement des Gilets jaunes. « Construire une expérience politique commune. Comment le Comité Adama a rejoint le mouvement des Gilets jaunes », entretien avec Youcef Brakni, Mouvements n°100, hiver 2019

14. Voir l’appel à la chaîne humaine du 11 mai sur le blog La colère des quartiers populaires est légitime hébergé sur Mediapart

15. Les CRA sont des prisons pour étranger·es, « retenu·es » dans l’attente de leur expulsion

16. Voir le Blog de la Marche des solidarités hébergé sur Mediapart

17. « Laissez-nous respirer ! », appel des familles contre l’impunité des violences policières reproduit dans Les Utopiques n°13, printemps 2020. Voir aussi « Trois questions à Vies Volées » dans Expressions Solidaires n°81, journal national de l’Union syndicale Solidaires, juin 2017

18. Voir l’appel au premier Forum syndical antiraciste sur www.forumsyndicalantiraciste.org

Annexe 1 :

Pour l’égalité des droits

(Tract diffusé sur la manifestation parisienne le jour de la grève du 5 décembre 2019)

Nous étions ce 10 novembre, dans les rues de Paris et d’ailleurs, 40 000 manifestants mobilisés contre l’islamophobie. Nous y dénoncions les discriminations, les projets ou les lois liberticides, les agressions physiques de femmes portant le foulard, les attaques contre des mosquées ou des imams, allant même jusqu’à la tentative de meurtre.

Nous nous félicitons du soutien explicite apporté par de nombreux syndicats nationaux présents aujourd’hui, à notre appel pour cette grande mobilisation pour l’égalité, contre l’islamophobie et au-delà contre tous les racismes.

Notre collectif contre l’islamophobie réaffirme à l’occasion de cette mobilisation du 5 décembre pour la sauvegarde de nos acquis, que ce ne sont pas les musulmans et les musulmanes qui posent problème dans notre société. Ce ne sont ni les migrants, ni les habitants des quartiers populaires, ni aucun individu en raison de sa religion réelle ou supposée ou encore de sa couleur de peau. Au

contraire, ils subissent en plus du reste des discriminations racistes structurelles.

Si pour la grande majorité d’entre nous, nous sommes des collègues de travail, si nos enfants sont des camarades de classe de vos enfants, si nous sommes des étudiants assis sur les mêmes bancs de l’université, si nous sommes pour partie d’entre nous des syndiqués et des syndicalistes, nous sommes tous et toutes des citoyens et citoyennes qui refusons que l’on nous arrache notre dignité.

Oui, les inégalités sociales explosent depuis des dizaines d’années et il est juste de s’y opposer, mais les responsables sont connus de tous et toutes et ont toujours été au gouvernement. Pourtant ces derniers, avec l’appui de certains intellectuels et éditocrates, à défaut de répondre aux urgences sociales, nous montrent du doigt, nous prennent pour cibles, pour boucs émissaires. Ne tombons pas dans ce piège qui nous divise. Nous devons être solidaires de tous ceux et toutes celles qui subissent et qui luttent contre toutes les formes de discrimination.

Il en va des libertés fondamentales de tous. Il en va de la dignité et de l’intégrité de millions de concitoyens.

Il en va de notre unité à tous, contre le racisme sous toutes ses formes qui, aujourd’hui, menace une nouvelle fois la France. Il en va de nos luttes et de nos victoires pour une société égalitaire.

Bonne manifestation !

Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie

Annexe 2 :

La colère des quartiers populaires est légitime

Dans la nuit du 19 au 20 avril, plusieurs quartiers populaires ont connu des nuits de révolte.

La veille au soir, un homme a failli perdre sa jambe à Villeneuve-la-Garenne après une violente tentative d’interpellation policière et c’est bien cela qui a mis le feu aux poudres.

Les populations qui vivent dans les quartiers populaires sont en première ligne face à la crise sanitaire : elles sont parmi celles qui travaillent dans les « secteurs essentiels », celles qui permettent à notre société de ne pas s’effondrer aujourd’hui.

Pourtant, les inégalités sociales, déjà criantes, sont renforcées par la gestion du coronavirus et vont exploser avec la crise économique et sociale à venir. Ce dont témoigne déjà, entre autres, la surmortalité particulièrement élevée en Seine-Saint-Denis depuis le début de l’épidémie.

Les discriminations racistes, déjà insupportables, sont renforcées par l’impunité policière et les violences et humiliations se multiplient dans les quartiers populaires. On peut y ajouter le couvre-feu discriminatoire imposé aux habitant·es de ces quartiers par la ville de Nice. Ces injustices flagrantes sont documentées, nul ne peut les ignorer.

Alors nous le disons très clairement : nous refusons de renvoyer dos-à-dos les révoltes des populations dans les quartiers populaires et les violences graves et inacceptables exercées par la police.

Nous n’inversons pas les responsabilités et nous le disons tout aussi clairement : ces révoltes sont l’expression d’une colère légitime car les violences policières ne cessent pas.

Les inégalités et les discriminations doivent être combattues avec vigueur et abolies : avec les populations des quartiers populaires, nous prendrons part à ce juste combat pour l’égalité, la justice et la dignité.

Le 23 avril 2020

Organisations signataires :

ACORT, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie ; ATTAC, Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne ; ATMF, Association des travailleurs maghrébins de France ; Brigades de solidarité populaire Île-de-France ; CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France ; Cedetim, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale ; CGT, Confédération générale du Travail ; CGT de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration ; Collectif de la Cabucelle, Marseille ; Collectif du 5 novembre – Noailles en colère, Marseille ; Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie ; Comité Adama ; CNT-SO, Confédération nationale du Travail-Solidarité ouvrière ; CRLDHT, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie ; Ensemble! ; FASTI, Fédération des Associations de solidarité avec toutes et tous les immigré·es ; Fédération SUD éducation ; Fédération SUD PTT ; Fédération SUD-Rail ; Féministes révolutionnaires ; Femmes égalité ; Femmes plurielles ; FO Sauvegarde de l’enfance 93 ; FTCR, Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives ; FUIQP, Front uni des immigrations et des quartiers populaires ; JJR, Juives et juifs révolutionnaires ; Marche des solidarités ; Mémoires en marche, Marseille ; Mouvement La révolution est en marche ; Mwasi, Collectif Afroféministe ; NPA, Nouveau parti anticapitaliste ; Le Paria ; PCOF, Parti communiste des ouvriers de France ; PEPS, Pour une écologie populaire et sociale ; SNPES-PJJ FSU, Syndicat national des personnels de l’éducation et du social PJJ de la FSU ; SMG, Syndicat de la médecine générale ; SQPM, Syndicat des quartiers populaires de Marseille ; UCL, Union communiste libertaire ; Union locale villeneuvoise, Villeneuve-Saint-Georges ; UJFP, Union juive française pour la paix ; Union syndicale Solidaires ; UTAC, Union des Tunisiens pour l’action citoyenne

Théo Roumier

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Théo Roumier

Militant SUD Éducation en lycée professionnel, membre du comité éditorial des Utopiques