Ecrire sur la police

Partagez cet article

Ce texte est issu d’un des livres de Maurice Rajsfus : Chaque pierre à son histoire, Ginkgo éditeur, 2012 (pages 160 à 184). Nous remercions les ayants-droits et l’association des Ami.e.s de Maurice Rajsfus.


Militant antifasciste, rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv à 14 ans, historien de la répression, Maurice Rajsfus (1928-2020) a traversé le siècle dernier les yeux grands ouverts. Tout au long de sa vie, il a collecté et conservé les traces de la violence d’État, partout où il l’a croisée. Il a notamment créé, avec Jean-Michel Mention (Alexis Viollet), l’Observatoire des libertés publiques (OLP) : « 122 numéros imprimés du bulletin Que fait la police ? puis après le décès de Jean-Michel, en juin 2006, la poursuite de cette action de salubrité publique avec 88 numéros, parus sur Internet ». Une parution régulière durant 20 ans, 210 numéros, mais ce n’est qu’un aspect de la vie militante de Maurice Rajsfus. Sa bibliographie en témoigne.


Maurice Rajsfus, Que fait la police ? éditions Dagorno, 1999. Intégrale des 50 premiers numéros du bulletin
Maurice Rajsfus, Que fait la police ? éditions Dagorno, 1999. Intégrale des 50 premiers numéros du bulletin

J’ai beaucoup écrit sur la police. Trop peut-être au gré de ceux qui estiment indispensable l’existence de ce corps d’élite. Il se trouve que mes interrogations sur son rôle répressif ont pu guider mon entrée dans le domaine de la recherche historique. Particulièrement à propos des périodes noires que les parias ont pu connaître jadis, et que d’autres subissent de nos jours. Comment aurais-je pu consacrer, sur ce sujet, tant d’années de mon activité d’écriture si je n’avais eu d’excellentes raisons pour cela ? Une certitude, pourtant, ma volonté de gratter les plaies purulentes de nos institutions démocratiques n’avait rien d’impulsif. En effet, Jeudi Noir [1], consacré à la rafle du Vel’ d’Hiv’, ne sera écrit que bien après cet exploit réalisé par la police française à une époque où la totalité de ses effectifs obéissait sans états d’âme aux ordres de la Gestapo. Avec ou sans enthousiasme, nos gardiens de l’ordre public rectifiaient la position et faisaient même preuve du plus grand zèle pour ne pas décevoir ceux qui désiraient mettre en œuvre cette purification ethnique promise par Adolf Hitler, et désormais en voie de réalisation dans cette France qui avait été le pays des droits de l’homme. Au fil des années, la réflexion n’avait été que rarement absente et c’est avec une colère rétrospective, mal contenue, que je tentais finalement de reconstituer ce 16 juillet 1942, cette journée où des milliers de policiers bien français allaient s’illustrer. Les mêmes expliquant, quelques années plus tard, qu’ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres de leur hiérarchie. C’est avec les accents d’une fureur longtemps contenue que j’écrivais, dans la conclusion de Jeudi Noir : « …Tant que l’administration policière – sous quelque régime que ce soit – n’aura pas exprimé ses regrets pour la rafle du 16 juillet 1942, et ses effets, nous pourrons déduire de ce refus que cette action n’était en rien répréhensible… Il faudra bien un jour qu’un ministre de l’Intérieur rappelle au souvenir des Français, en général, et des flics en particulier, qu’il est des actions à inscrire sur la liste des méfaits de la police… Jusqu’à mon dernier souffle, je témoignerai contre cette institution policière qui n’a jamais reculé devant l’ignominie… » J’ai tenu parole, ne limitant pas ma rancœur aux seules activités policières datant de la période de l’occupation nazie. Il n’en reste pas moins que les exploits policiers de ces années noires ont dépassé les limites de l’horreur pour des fonctionnaires censés assurer la protection des personnes et des biens. Comment accepter la simpliste explication de l’obéissance aux ordres lorsque l’on s’est fait les pourvoyeurs des camps d’extermination, avec des milliers d’enfants pour victimes ? Le plus grave encore, c’est que ces policiers n’avaient pas été endoctrinés à cette fin comme avaient pu l’être ces SS embrigadés dès l’enfance dans les jeunesses hitlériennes, et dressés dans la haine des Juifs. Nos policiers embarquaient tranquillement des enfants mais également des femmes enceintes, des malades, des vieillards grabataires, traînés sur des civières, et même des aveugles. N’hésitant jamais à enfoncer une porte qui ne s’ouvrait pas assez vite lors de la rafle. Il fallait bien obéir, n’est-ce pas. Du haut en bas de la hiérarchie, les policiers qui ont accepté de jouer ce rôle actif de supplétifs actifs du génocide n’ont jamais été poursuivis pour complicité de crime contre l’humanité. Cette police, indéfectiblement aux ordres des nazis, était composée de citoyens paraissant ordinaires, que rien ne semblait prédisposer à devenir auxiliaires actifs du bourreau nazi. Ces policiers étaient pourtant devenus la lie d’une société en décomposition. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, avaient été recrutés au temps du Front populaire.


Maurice Rajsfus, Bavures. Ordre public, désordre privé, éditions L’esprit frappeur, 2002.
Maurice Rajsfus, Bavures. Ordre public, désordre privé, éditions L’esprit frappeur, 2002.

Une certitude : très rares ont été les policiers ayant songé à démissionner après l’armistice du 22 juin 1940. Tout aussi rares ceux qui ont rejoint une Résistance authentique après la rencontre Hitler/Pétain, à Montoire sur le Loir, le 24 octobre 1940, à la suite de quoi le glorieux vainqueur de Verdun n’avait pas hésité à déclarer : « J’entre dans la voie de la collaboration ! » Ces policiers, qui s’étaient peut-être crus républicains, resteront tout aussi fidèles au régime de Vichy lorsque Pierre Laval, de retour au pouvoir, le 18 avril 1942, fanfaronnera, le 22 avril suivant : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que sans elle le bolchevisme s’installerait partout. » Ensuite, en de nombreuses occasions, comme après le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, les policiers, tout comme les gendarmes, auraient pu, ne serait-ce que par simple réalisme, refuser les tâches qui leur étaient de plus en plus fréquemment assignées par la Gestapo. Il n’en sera rien et les rafles, tout comme la chasse aux résistants, se poursuivront d’un bout à l’autre de la France. Avec tout autant d’inhumanité dans le comportement. Comment oublier cela, même si l’opinion publique était restée muette durant les années qui allaient suivre ! N’était plus présent dans les esprits que le ralliement des policiers à la Résistance, le 19 août 1944, lors de la prise de la Préfecture de police. Résistants de la 25e heure, les policiers de Vichy n’allaient pas tarder à retrouver leur nature profonde en réprimant les grèves dans les bassins miniers et celle des dockers de Marseille, en 1948. Il est vrai qu’après une apparence d’épuration, à l’automne 1944, les policiers plus visiblement « collabos » que leurs collègues avaient été réintégrés, avec rappel de salaires et avancement dans les grades. Il n’était donc pas hasardeux de constater la hargne policière lors des manifestations contre la guerre d’Algérie, dès le mois d’octobre 1955, avec comme point d’orgue le massacre d’Algériens du 17 octobre 1961, tout comme lors de la répression meurtrière contre des militants français, à la station de métro Charonne, le 8 février 1962. Les mauvaises habitudes étaient d’autant plus revenues en usage que le sentiment était fort, chez les policiers, de bénéficier d’un pouvoir quasi discrétionnaire en ces époques troublées. Il en ira de même en mai et juin 1968. Certes, l’ennemi public n’était plus représenté par les Juifs, qu’il fallait traquer, les grévistes récalcitrants ou les Algériens rebelles. Cette fois, c’est toute la jeunesse estudiantine, puis les lycéens, qu’il convenait de réprimer rudement. Comment ne pas s’étonner du peu d’intérêt porté au rôle de la police française dans les très nombreux ouvrages consacrés à la période 1940/1944 ? Comme si ce sujet ne présentait pas d’intérêt majeur aux yeux des historiens les plus sérieux ! Il faut croire que la notion d’ordre prédomine dans la réflexion de ceux qui se sont donné pour tâche de rappeler une époque où la barbarie ne se situait que du côté de l’ennemi héréditaire. Ce qui permet de réduire au minimum l’impact des méfaits de ceux qui le servaient fidèlement – avec la plus grande férocité parfois. Avec conviction très souvent.

EXTRAIT DU SITE DES AMI.E.S DE MAURICE RAJSFUS
« Le centre névralgique de l’œuvre de Maurice Rajsfus, c’est bien ce fichier méthodiquement ordonné : un recensement unique des violences policières en France. Dans des dizaines de boîtes, en bois ou en plastique, Maurice Rajsfus a réalisé une consignation attentive des exactions policières, du petit larcin au crime. Rajsfus découpait des articles de journaux, écrivait parfois quelques notes, les collait sur des fiches bristol et les classait. Ce travail s’est poursuivi en ligne avec le bulletin Que fait la police ? Cette centralisation physique de traces éparpillées, qui ne faisaient à l’époque l’objet d’aucun travail académique spécifique, apparaît aujourd’hui comme une matière documentaire essentielle, une façon de construire une base de données avant l’heure. »


[La Contemporaine, Fonds Maurice Rajsfus]
[La Contemporaine, Fonds Maurice Rajsfus]

C’est ce qui devait me convaincre, tant d’années plus tard, à consacrer une large partie de mon travail de recherche à l’activité policière. Il est bien évident que les policiers, qui allaient être le bras armé de la politique de collaboration du gouvernement de Vichy avec les nazis, n’étaient pas représentatifs d’une génération spontanée de malfaisants. Pourtant, ayant appris prioritairement à réprimer, les hommes (et les femmes, de nos jours) qui composent la police n’ont que peu d’état d’âme, et moins encore dans les périodes où leur sentiment est fort d’être le principal support de ceux qui leur confient une partie du pouvoir. Toute société qui commence à donner trop d’importance à la police, à lui consentir des droits plutôt que de lui imposer des devoirs, est condamnée, à terme, à devenir de plus en plus répressive. De tout temps, décrire la police pour ce qu’elle est ne peut qu’être outrageant dans l’esprit de ceux qui ne tolèrent pas la moindre critique envers ses mauvaises manières. Dans le cas contraire, cela pourrait inciter les esprits libres à s’aventurer de plus en plus sur le terrain de l’investigation. Les freins rencontrés n’ont fait que me convaincre de l’intérêt de mon travail. Dès lors, ne me limitant plus aux tristes exploits de notre police durant les années noires de l’Occupation, il m’a bien fallu constater que, loin d’être protectrice des libertés publiques, elle n’a jamais hésité à s’allier aux forces les plus rétrogrades en période troublée. C’est là un révélateur de la triste nature de ceux qui s’affirment hautement comme défenseurs des institutions démocratiques, expliquant sans rire qu’ils sont d’authentiques policiers républicains. Nous sommes en République. Serons-nous encore longtemps en démocratie ? Cette interrogation majeure se devrait d’être partagée par ceux qui restent conscients des périls. Sans que le plus grand nombre veuille en faire le constat, le pays des droits de l’homme est peu à peu contaminé par une idéologie proche de l’extrême droite. Il y a de plus en plus de bons citoyens persuadés qu’un régime fort remettrait le pays sur le rail de la bonne morale. Comment imaginer cette évolution sans le ralliement à cette volonté sécuritaire constamment remise à l’honneur ? Dans ce sens, il est indispensable que les habituels piliers d’un pouvoir cohérent – la police et la justice – s’appliquent à mettre un frein aux libertés fondamentales. […]Écrire sur la police constitue un exercice à risque. Étant bien entendu que les forces de l’ordre ne peuvent être critiquées car elles ont toujours le droit avec elles. La moindre remarque désobligeante valant crime de lèse-majesté, autant aller directement au fait si l’on désire se risquer sur ce terrain glissant. Je ne m’en faisais pas faute, m’appliquant à chercher la faille chez l’adversaire – il n’y a pas d’autre mot. Inutile de se voiler la face : l’institution policière constitue bien un authentique ennemi de la société. C’est pourquoi, au-delà des livres de réflexion, il m’avait paru nécessaire de mettre au grand jour le tableau de chasse quotidien de ceux qui aiment se présenter comme les meilleurs protecteurs des libertés démocratiques. Ce fut, en accord avec mon vieux complice, aujourd’hui décédé, Alexis Violet, la création de l’Observatoire des Libertés publiques, en avril 1994 et, dès le mois de juin de la même année, la parution d’un bulletin mensuel au titre évocateur Que fait la Police ? Ce qui ne m’empêchait nullement de poursuivre mes publications sur l’univers policier, ses méthodes et sa fausse morale. Grâce aux éditions de L’Esprit Frappeur, j’occupais le terrain du persiflage avec des titres comme La Police et la peine mort, ou Bavures, ordre public désordre privé, voire Le Vocabulaire policier, tout comme cette désopilante Souscription pour l’édification d’un monument au policier inconnu. Je me laissais même aller à publier un Portrait physique et mental du policier ordinaire. Est-ce que je prenais des risques ? Je ne crois pas, même si dans certaines officines on estimait qu’il y avait outrage. Il était pourtant nécessaire de faire connaître au plus large public possible le véritable visage d’une institution qui ne se soucie guère des droits de l’homme, et pas davantage de son Code déontologie. Le ciel ne m’est pas tombé sur la tête… Ce qui est certain, c’est que d’une génération policière à l’autre les mauvaises manières n’ont jamais été oubliées. Si la police a des indics – les « tontons » – elle ne néglige pas davantage la délation. Il n’y a rien de plus insupportable, rien de plus méprisable que cette volonté affichée de transformer les citoyens en dénonciateurs. Inciter à la délation peut déclencher les plus bas instincts. Surtout s’il y a promesse de prime à la clé. C’était le cas à l’époque de l’occupation nazie. De l’été 1940 à l’été 1944, plus de trois millions de lettres de dénonciations devaient arriver dans les commissariats de police français et les Kommandanturs nazies. La délation était devenue une plaie purulente dans ce pays. On dénonçait des Juifs, des communistes, des gaullistes et même des petits trafiquants du marché noir. Les preuves n’étaient pas indispensables. Dans une telle atmosphère, on se méfiait les uns des autres. Nombreux ont été alors ceux qui, victimes de fausses accusations, devaient perdre la vie en déportation. […] Ce rappel à l’Histoire n’est pas hasardeux. A la fin du mois de novembre 2007, suite à la mort de deux adolescents qui avaient été heurtés par un véhicule de police, à Villiers-le-Bel (93), les jeunes de cette banlieue s’étaient révoltés, caillassant des voitures des forces de l’ordre. Si les policiers auteurs du décès des jeunes devaient être mis hors de cause, il ne pouvait en aller de même pour ceux qui avaient lourdement outragé la police. D’où l’arrestation rapide de possibles coupables et un odieux appel à la délation adressé à la population de Villiers-le-Bel, sous la forme d’un formulaire particulièrement expressif. Il était pourtant rassurant de constater que, le lendemain, les poubelles du quartier étaient pleines de feuilles froissées représentant le refus de coopérer avec la police. Il y avait eu, malgré tout, quelques délateurs, qui avaient accepté de témoigner, sous X, après quelles pressions ?


Maurice Rajsfus, Chaque pierre a son histoire, Ginkgo éditeur, 2010
Maurice Rajsfus, Chaque pierre a son histoire, Ginkgo éditeur, 2010

[…] Le jour où mes ennuis commenceront avec l’institution policière, sans doute pour outrage aggravé, les naïfs et les imbéciles ne manqueront pas de me dire : « Tu l’as bien cherché ! On ne montre pas du doigt, impunément, les serviteurs de l’ordre public. On ne critique pas ouvertement une institution intouchable. » Pour la plupart de mes contemporains, il est évident que force doit rester à la loi, même si cette loi est scélérate. Même si les lois démocratiques sont bafouées. A chacun sa légalité. Je sais bien que « ma » police n’est pas celle admise par le plus grand nombre, et que mes rapports avec les fonctionnaires en uniforme bleu-marine ne correspondent nullement à l’idée que s’en font mes concitoyens. Je sais que les policiers qui nous narguent et nous provoquent à l’occasion n’ont, en principe, rien de commun avec ceux d’avant-hier. Je sais qu’en 1942 nous vivions sous la botte nazie et que la démocratie a été rétablie à la fin de l’été 1944. Je sais tout cela mais l’image de cette police dont les anciens ont été à la solde de la Gestapo ne peut s’effacer de mon souvenir. Depuis plus de soixante-cinq ans, notre police républicaine n’a pas failli à sa triste réputation. Je ne me suis jamais remis de la mort de mes parents, avec la complicité active de la police française, en juillet 1942. Je sais bien que mon père et ma mère sont morts à Auschwitz et non pas à Drancy. J’oserai pourtant risquer un raccourci : les nazis n’ont fait qu’achever le travail ! Pourtant, si je ne me suis jamais enfermé dans ma propre tragédie, j’ai appris à ne pas supporter que la police de ce pays reproduise sur d’autres minorités ce qu’elle a si bien réussi, de 1940 à 1944, avec les Juifs, et particulièrement les Juifs étrangers. Et ce n’est pas la faute de nos policiers de ce début de XXIe siècle, si les parias actuels ne sont pas exterminés lorsqu’ils sont expulsés dans leur pays d’origine. Il y a entre la police et moi un vieux compte qui ne sera jamais réglé. Un contentieux sans solution envisageable. En effet, cette institution est restée comme figée dans le temps, avec des comportements et des réflexes obligés. En 1988, j’écrivais dans mon livre sur la rafle du Vel’ d’Hiv’, Jeudi Noir : « Jusqu’à mon dernier souffle, je témoignerai contre cette institution policière qui n’a jamais reculé devant l’ignominie. Tant qu’il me restera la force de crier, je troublerai la quiétude de ces policiers, aujourd’hui à la retraite, qui n’ont jamais hésité à détruire des familles, pourvu que les ordres soient exécutés à la lettre… » Malgré la belle déclaration de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, près de l’emplacement de l’ancien Vel’ d’Hiv’ regrettant l’aide apportée par la police française aux Allemands (il ne disait pas les nazis), je n’étais pas satisfait. Loin de là. Ce que j’exprimais dans un petit journal qui avait bien voulu accueillir ma prose, où j’expliquais que les policiers français des années noires n’avaient jamais aidé les nazis durant les rafles. Ils s’étaient chargés, seuls, de l’intégralité de la tâche immonde. Il va de soi que je ne serai partiellement satisfait que le jour où un ministre de l’Intérieur viendra dévoiler une plaque, à l’entrée de la Préfecture de police de Paris, regrettant le rôle joué par les policiers parisiens, de 1941 à 1944, et s’engageant à ne jamais tolérer de nouveaux actes racistes. Difficile à envisager. Il conviendrait également de vérifier que, dans le programme des écoles de police, le racisme fasse partie des matières abordées.


Maurice Rajsfus, La police de Vichy, éditions du Détour, rééd. 2021
Maurice Rajsfus, La police de Vichy, éditions du Détour, rééd. 2021

Je ne commencerai à être apaisé que le jour où l’ordre ne sera plus assuré par des « professionnels » au pouvoir discrétionnaire, mais par des citoyens délégués à cette « fonction » pour une période limitée, avant d’être affectés à d’autres tâches. Il est vrai que le maintien de l’ordre n’est jamais exempt de dérapages mais ces policiers d’un type nouveau n’auraient pas le temps de prendre de mauvaises habitudes, ni de se couler dans cet abominable esprit de corps qui permet de couvrir toutes les dérives. C’est là une utopie moyenne. L’idéal étant que les hommes et les femmes puissent se passer de cette surveillance constante, qui prend les citoyens en otage. Me suis-je suffisamment expliqué sur cette tentation d’écrire sur la police ?


⬛ Maurice Rajsfus


[1] Maurice Rajsfus, Jeudi noir. La rafle du 16 juillet 1942, éditions du Détour, rééd.2025 (1988).


Partagez cet article