Un autre Le Pen

En 2020 puis en 2022, Sylvain Boulouque a publié deux recueils de textes consacrés à Julien Le Pen, un militant syndicaliste et libertaire de l’entre deux guerre. Le premier, Julien Le Pen, un lutteur syndicaliste et libertaire (Lyon, ACL, 2000, 370 pages, 18 €) reprend l’ensemble de la carrière militante de ce militant alors que le deuxième, Le Pen, Le Peuple (Paris, Atlande, 2022, 250 pages, 15 €) se concentre sur les articles publiés par le quotidien de la CGT, qui laissait alors la part belle aux syndicalistes libertaires. Ce deuxième volume cherche aussi à rappeler que l’expression « Peuple » n’est pas un gros mot, mais s’inscrit dans l’héritage de la CGT des grandes heures du syndicalisme. Derrière, ces deux volumes il s’agit de restituée les débats d’une époque oubliée.

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Face à l’extrême droite, une situation sous haute tension

La situation politique en France reste sous haute tension en 2022, avec une extrême droite à l’offensive qui a dominé et saturé la scène médiatique et politique depuis un an, en réussissant à banaliser ses obsessions. Au premier tour, la situation était déjà inédite avec trois candidat∙es de l’extrême droite qui ont pesé dans la balance électorale : non seulement Marine Le Pen, mais également l’outsider Eric Zemmour, et de manière beaucoup plus marginale Nicolas Dupont-Aignan. Et cette extrême droite en concurrence, mais forcément complémentaire, a réussi à cumuler 11 344 230 voix.

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L’école, champ de bataille de l’offensive culturelle de l’extrême droite et des réac-publicains

Bien que les enjeux éducatifs et pédagogiques soient rarement évoqués lorsqu’il s’agit de décrypter le programme et l’idéologie de l’extrême droite, ceux-ci constituent pourtant un de ses champs d’intervention privilégié et un élément central dans sa stratégie de conquête de l’hégémonie culturelle. Depuis plus de 150 ans, avec l’avènement d’une école publique, gratuite et obligatoire pour toutes et tous, le contrôle de l’éducation est assurément une obsession historique de l’extrême droite. Tout au long de son histoire, elle a combattu sans relâche celles et ceux – pédagogues, syndicalistes, féministes, sociologues, historien·nes critiques – qui luttent pour une école du commun, populaire et égalitaire.

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Ecofascisme : ne respirez jamais votre air avant de l’avoir fait bouillir !

La mode actuelle pour l’écofascisme découle d’une réalité historique qui, depuis des décennies, tente de rapprocher l’extrême droite de l’écologie. La « bienveillance » ou la minimisation des pensées écofascistes au sein des milieux écologistes et émancipateurs peuvent créer des ravages parce qu’elles induisent une incapacité à penser le monde, la lutte et l’exploitation de manière rationnelle. Elles ne font qu’encourager la confusion inédite qui règne aujourd’hui et s’inscrivent dans un cadre réactionnaire et fasciste.

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Fémonationalisme

Le concept de fémonationalisme désigne l’instrumentalisation de la question du féminisme et de l’émancipation des femmes à des fins racistes. D’abord incarné par les partis d’extrême droite comme le Rassemblement national, il est aujourd’hui repris par les partis néolibéraux, notamment La république en marche ou des associations fémonationalistes (Caryatides, Némésis ou Manif pour tous).

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Le syndicalisme d’extrême droite dans la Police

Durant les années 1990, le FN s’est lancé dans la création de syndicats. Il est notable que le premier syndicat FN s’est ouvert dans le champ de la police. A terme, l’existence de ces syndicats sera invalidée par la justice. Cependant l’extrême droite n’a pas pour autant disparu de la police. Dans une récente livraison, Ripostes syndicales revenait sur ce sujet. C’est ce que nous reprenons ici.

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Brésil : comment le gouvernement PT a ouvert la porte à Bolsonaro

En octobre 2018, le score très important de Jair Messias Bolsonaro au premier tour des élections brésiliennes fut un grand tsunami politique, social et culturel. Malgré un sursaut militant entre les deux tours, avec une puissante mobilisation des femmes, le résultat du scrutin présidentiel au second tour fut de 55,13% pour Bolsonaro (57 977 423 voix) et 44,87% pour Fernando Haddad (47 040 574 voix). Il était évident que le retour de l’extrême droite à la présidence du Brésil serait lourde de menaces pour l’ensemble du mouvement social. Nos camarades de la CSP Conlutas, qui participe avec nous à la coordination du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, l’exprimaient clairement. « Le combat ne fait que commencer. C’est l’heure de la résistance, de l’organisation et de la lutte ! »fut leur consigne. C’est avec elles et eux qu’il nous fallait démêler les racines historiques, sociales et culturelles de la montée vertigineuse de l’extrême droite au Brésil.

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États-Unis : melting-pot brun

Un immense drapeau orné d’une croix gammée se dresse derrière l’orateur qui vitupère contre la « juiverie ». La salle est bondée et enfumée. Nous sommes à New York en 1937, le Bund germano-américain *, organisation nazie, organise une réunion publique qui va mal se terminer. Les hommes de main de Meyer Lansky font irruption et rossent violemment les présents. Le gangster juif, un des chefs de la mafia, ne supporte pas que les nazis paradent dans sa ville. Il va même proposer des armes et de l’argent aux autorités juives pour se débarrasser de la peste brune. Malgré tout, le Bund germano-américain organisera, le 20 février 1939, au Madison Square Garden (New York), un meeting réunissant de plus 20 000 personnes.
* Organisation qui n’a évidemment strictement rien de commun avec le Bund, Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie.

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IWW – Un syndicalisme de classe contre les préjugés raciaux (1905-1925)

Au début du XXème siècle, aux Etats-Unis, les IWW syndiquent des travailleurs et travailleuses noir·es et blanc·hes dans les même syndicats. Il s’agit de lutter contre « la concurrence » au sein de la classe ouvrière, organisée et entretenue par le patronat. Ce syndicalisme sera durement combattu, notamment par les militants racistes du Ku Klux Klan.

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Libération nationale et libération sociale : les deux faces de la même monnaie

Pourquoi peut-on faire une telle affirmation alors que le nationalisme est au cœur de tout le discours de l’extrême droite, affirmant la nauséabonde « préférence nationale » qui décline la xénophobie et le racisme ?  Parce que, lorsqu’on s’appuie sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, lorsqu’il s’agit d’une lutte anticoloniale, anti-impérialiste, il est bien question de libération nationale qui remet en cause le système d’exploitation et aspire à une libération sociale émancipatrice.

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Les échelles pour penser l’émancipation

Penser les échelles de l’émancipation au pluriel, c’est contribuer à la mise en place d’une forme politique qui a pour corollaire la réciprocité. Mais au demeurant, cela nous met face au défi de dépasser le postulat, historiquement enraciné en France, de l’impossibilité de concevoir l’émancipation en dehors du cadre de l’État-nation.

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Ras l’front

Ce texte date de 2003. Il a pour titre original « Ras l’front, douze années de militantisme atypique » *. Il couvre donc la période 1990-2002. Le réseau Ras l’front, et son journal du même nom ont vécu au-delà de ces années-là. Mais ces douze années permettent déjà de bien comprendre ce que fut ce réseau : large et radical, alliant pratique de masse et « coups militants ». Durant des années, Ras l’front c’est de nombreux collectifs locaux et une multitude d’activités sur tous les … fronts : université antifasciste, commission syndicale, manifestations, cinéma antifasciste, polars, travail avec des élu∙es politiques, banderole lors de 1er mai du FN, salons du livre antifascistes, blocages de trains du FN…

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VISA, un combat syndical antifasciste unitaire depuis 1996

VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) est une association intersyndicale composée à présent de plus de 120 structures syndicales : l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, la FSU et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT-SO, de la CNT et du Syndicat de la magistrature. Cette dimension syndicale unitaire constitue le socle fondateur de VISA, qui œuvre concrètement, depuis 1996, sur le terrain de la lutte antifasciste. Depuis plus de 22 ans, VISA recense, analyse et dénonce syndicalement les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front national, devenu Rassemblement national, sur le terrain social, ses idées et ses pratiques.

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Nos mots et les leurs

Un ouvrage récent, Le Ministère des contes publics, paru en septembre 2021, montre comment des manipulations du langage, par le recours à une langue technicienne et une agglutination de formules péremptoires (« L’endettement-atteint-120-%-c’est-très-grave »), ont pu rendre « incontestable » aux yeux du grand public le point de vue du néolibéralisme sur les finances publiques, en particulier la « nécessité » de réduire les dépenses au nom de « la dette ». Peu auparavant, un autre livre, La guerre des mots, est allé plus loin en insistant sur le danger pour le monde du travail, déjà bien connu et référencé, d’utiliser le vocabulaire promu par le système capitaliste pour désigner des phénomènes sociaux.

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Ripostes locales

A Nancy, depuis bientôt 10 ans, des militant·es de différentes organisations syndicales, politiques ou féministes travaillent à fédérer les énergies nécessaires à ce combat antifasciste. Retour sur toutes ces années de luttes unitaires. Comme d’autres départements en France, les deux Savoie n’ont pas été épargnées par la venue d’Eric Zemmour pour la campagne de son parti Reconquête ! Annoncé à peine quelques jours avant, le passage du candidat à la présidentielle dans nos deux départements a dû faire face à une entrave majeure : trouver un lieu pour la tenue de son meeting.

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Clément Méric, assassiné par l’extrême droite

Le 5 juin 2013, notre camarade, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste était assassiné à 18 ans par des militants d’extrême droite, en fin d’après-midi, en plein Paris. Ce qui a vite été présenté par de nombreux média comme une malheureuse bagarre entre deux bandes rivales, des « extrémistes des deux bords », est bien un meurtre politique. Ses auteurs étaient des néonazis, des militants armés, affiliés à Troisième voie, le mouvement de Serge Ayoub, alias Batskin.

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Quel antifascisme ?

Comment lutter contre l’extrême droite ? À notre sens, cela ne peut être qu’en pratiquant un antifascisme radical, au sens premier du terme : s’attaquer aux causes d’un mal, plutôt qu’à ses (seuls) symptômes ; un antifascisme pragmatique, ce qui implique une continuité entre les fins et les moyens ; et enfin, un antifascisme de masse, c’est-à-dire qui soit le fait de l’ensemble de la population et en premier lieu du monde du travail.

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2019/2020 : la grève à la RATP

La grève contre la dernière contre-réforme à propos des retraites, fin 2019-début 2020, restera comme un moment important dans l’histoire sociale de ce pays. La RATP y joua un rôle particulier. Tirer collectivement le bilan de nos luttes est un exercice essentiel, mais trop souvent renvoyé à … plus tard, c’est-à-dire dans bien des cas à … jamais. Puisque les camarades de Solidaires Groupe RATP en ont rédigé, il parait utile de le faire connaitre.

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Retour sur la grève du nettoyage à Jussieu

En septembre 2021, les 130 agents de nettoyage du campus universitaire de Jussieu à Paris se sont mis en grève contre leur employeur, l’entreprise sous-traitante Arc-en-Ciel. Après 8 jours d’une grève suivie quasiment à 100 %, ils et elles ont obtenu satisfaction sur la majeure partie de leurs revendications, portant notamment sur l’organisation et les conditions de travail et le paiement des heures supplémentaires. Les militants et militantes de la section locale de SUD Éducation ont soutenu activement la grève, et donnent ici leur récit et leur analyse. La très grande majorité des salarié∙es étant des femmes, la suite du texte est entièrement féminisée.

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Le nouveau statut du salariat de Solidaires, un projet révolutionnaire

En 2008, la revendication du nouveau statut du salariat a été adoptée par l’Union syndicale Solidaires lors de son 4ème congrès. Elle se voulait être, à l’époque, une réponse revendicative et offensive au chômage de masse, tout en poursuivant la lente conquête de la sécurisation du salaire. Cet enjeu, révolutionnaire – nous verrons plus loin pourquoi – a été l’une des grandes forces motrices de la lutte syndicale pendant tout le XXème siècle, à travers entre autres : le statut de la fonction publique, les retraites et l’assurance chômage, les différents statuts des salarié∙es des grandes entreprises publiques et les conventions collectives. Le nouveau statut du salariat s’inscrit dans cette longue histoire, en posant le droit au salaire comme revendication forte de l’Union syndicale. Plus précisément, il revendique la poursuite du salaire en cas de perte d’emploi, en remplacement des actuelles indemnités chômage, et par extension le droit au salaire, avec ou sans emploi.

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De la charte d’Amiens

Ce texte a été rédigé en 2006. C’est une contribution au colloque « Cent ans après la Charte d’Amiens : la notion d’indépendance syndicale face à la transformation des pouvoirs ». On repèrera une poignée de références marquées par la date d’écriture. Mais s’agissant du fond, il demeure tout à fait d’actualité. D’où le choix de le reprendre ici, en excluant uniquement les passages qui s’étendaient sur les appels pour l’autonomie du mouvement social, traités par ailleurs dans ce numéro.

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Syndicalisme et politique

Au-delà des rappels à la référence française de l’indépendance syndicale et à la Charte d’Amiens, il s’agit de voir comment les enjeux de la politique et du syndicalisme se définissent et se croisent aujourd’hui. Cela fait régulièrement débat entre nos organisations syndicales et en leur sein même. C’est un regard que nous pouvons poser sur le contexte de nos luttes et du monde du travail tel qu’il évolue.

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Cinq bonnes raisons de défendre et de promouvoir la Charte d’Amiens

Référence incontournable dans le milieu militant, la Charte d’Amiens reste l’un des textes auquel le mouvement syndical s’identifie massivement, même si elle donne parfois lieu à de grands écarts entre organisations syndicales, en théorie comme en pratique. Convaincus que la Charte d’Amiens pose les fondamentaux d’un syndicalisme que nous prônons, nous revenons sur l’importance de ce texte et sur l’horizon qu’il dessine pour transformer la société.

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1962-1984 : la CGT et le Programme commun de gouvernement

Signé en 1972 et défunt en 1977, le Programme Commun n’aura vécu que cinq petites années. Il en fut néanmoins vendu plus d’un million d’exemplaires ! Mais sa gestation comme sa postérité nous entraînent bien au-delà de ces deux bornes. Car cet épisode est à la fois l’aboutissement ultime et l’impasse avérée de la structuration du mouvement ouvrier français, construite dans le souffle de la Révolution russe à partir de 1917. Structuration basée sur un courant supposé réformiste et un courant supposé révolutionnaire dont la confrontation fait l’essentiel de l’histoire ouvrière de notre pays. La mainmise sur la CGT en étant un des enjeux décisifs. Nous ne pourrions avancer dans la compréhension de cette étape de la confrontation entre socialistes (SFIO) et PCF dans et contre la CGT sans un profond retour aux origines. Ce qui nécessite aussi de revisiter sur le temps long les rapports entre CGT et PCF. C’est ainsi qu’il faut accepter que cet article tente d’expliquer la CGT d’un point vue interne, ce qui ne signifie naturellement ni justification ni approbation des faits ici relatés trop brièvement. Dernier avertissement : certain∙es vont peut-être trouver que je donne trop de place au rôle des individus. Pourtant dans l’univers  stalinien, la position du chef est souvent décisive.

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