Mobilisations ouvrières sous la dictature religieuse iranienne
La grève sous la dictature ? Un exemple avec l’Iran. Ce texte donne un aperçu des luttes sociales sous le régime terriblement répressif des mollahs. Il est complété par une déclaration de Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran, postérieur aux attaques israéliennes et étasunienne. Sur les massacres d’État de janvier 2026 et sur la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis en février, SSTI, l’Union syndicale Solidaires ou encore le Réseau syndical international de solidarité et de luttes ont publié plusieurs textes, disponibles sur les sites de ces organisations.
Sara Selami est militante de Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran (SSTI), organisation membre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes. SSTI publie notamment le bulletin Écho d’Iran.
![[DR]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/07/femme-vie-liberte.webp)
Recul post-guerre des luttes sociales
Dans la suite immédiate de la guerre de douze jours, en juin 2025, le choc provoqué par sa violence a également affecté les mobilisations sociales. Le lourd bilan humain, les destructions massives, la fermeture temporaire ou définitive d’une grande partie des entreprises, la perspective d’une grande récession économique, la crainte de licenciements massifs et l’incertitude quant à l’avenir ont eu raison des luttes ouvrières.
![1er mai 2018, leçon d’internationalisme prolétarien : « Les travailleurs emprisonnés [en Iran] soutiennent la lutte des salariés français ! ». [SSTI]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/07/les-travailleurs-emprisonnes-en-iran-soutiennent-la-lutte-des-salaries-francais.webp)
Des luttes qui, avant cette guerre, étaient dans une phase ascendante. Simultanément, le pouvoir a renforcé la répression des opposant‧es et des protestations, sous prétexte de chasse aux espions. Les arrestations arbitraires et les exécutions se sont multipliées. Ce qui a renforcé le climat de terreur. La combinaison de la répression et du choc post-guerre a entraîné une nette diminution des protestations ouvrières, entre fin juin et fin juillet, avec seulement quelques grèves éparses.
La reprise des mobilisations dans plusieurs secteurs
Mais les mobilisations ont repris progressivement depuis fin juillet 2025, et une vague de protestations/grèves a progressivement touché plusieurs secteurs : dans la pétrochimie, le pétrole, le gaz, la sidérurgie, les mines et l’automobile, les travailleur‧euses se sont mobilisé‧es contre les non-paiements de salaires, la précarité contractuelle, les discriminations salariales, la perte du pouvoir d’achat et la dégradation continue des conditions de travail. Ils et elles réclament alors le paiement intégral des salaires, ainsi que la revalorisation des rémunérations et retraites, la sécurité de l’emploi, la fin des contrats précaires, la sécurité au travail, la protection sociale et la garantie de retraites dignes. La période d’août-septembre est marquée par plus de 80 grèves et rassemblements :
• grève des ouvriers de l’aluminium Iralco qui a dépassé 40 jours et s’est accompagnée d’une grève de la faim ;
•. mobilisations répétées des ouvriers de la sidérurgie d’Ahvaz ;
•. mobilisation et grève partiellement victorieuse des travailleurs de l’automobile Zamyad ;
•. actions hebdomadaires et grèves des travailleurs du pétrole et du gaz à South Pars, Aghajari, Khark et sur plusieurs plateformes offshores, face au mépris du pouvoir ;
•. grèves aussi au barrage de Karoun, dans le complexe pétrochimique Razi de Mahshar, à l’usine de tracteurs de Tabriz, à l’aciérie d’Esfahan, dans les mines de cuivre et d’or de Sefid Abades ;
•. protestations de retraité‧contre la baisse des pensions, la réduction des services médicaux essentiels et les projets gouvernementaux qui mettraient en péril leurs caisses de retraite. Reprise de leurs « lundis de protestation » à Téhéran, Shush, Ahvaz, Kermanshah. Les retraité‧es du secteur des télécommunications ont rejoint cette mobilisation.
Solidarité des travailleurs et travailleuses face à la répression
Parallèlement, le pouvoir continue d’abattre sa répression sur les travailleur‧euses. En juillet, Les forces de sécurité ont attaqué l’assemblée générale du Conseil de coordination des associations d’enseignant‧es à Shahreza, arrêtant plusieurs militants. Parallèlement, de lourdes peines ont été prononcées contre des enseignants à Kerman, tandis que d’autres ont été licenciés au Kurdistan pour leur engagement syndical. Toutes les organisations ouvrières indépendantes en Iran dénoncent et condamnent cette répression, les arrestations et les peines affligées aux travailleurs et travailleuses. Des organisations comme le Syndicat des bus de Téhéran, le Syndicat de la sucrerie de Haft Tappeh, le Conseil de coordination des associations d’enseignant‧es, des Unions de retraité‧es, l’Union libre des travailleurs et travailleuses d’Iran, le Comité de coordination d’aide à la création d’organisations ouvrières, etc. ont vigoureusement condamné la confirmation de la peine de mort prononcée contre Sharifeh Mohammadi, militante ouvrière et défenseuse des droits des femmes.
![Dans la manifestation de soutien au peuple iranien, à Paris, le 17 janvier 2026. [DR]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/07/a-bas-les-dictateurs-ni-shah-ni-mollah.webp)
Fin décembre 2025, quelques jours avant le début de la grève des commerçants, six mille salariés précaires des industries pétrolières et gazières d’Assalouyeh avaient déjà lancé un mouvement historique d’envergure visant à l’abolition de la sous-traitance. A Téhéran, lors des premiers jours du soulèvement de janvier, alors que des manifestations populaires se déroulaient dans quelques quartiers, les retraité‧es poursuivaient leurs rassemblements hebdomadaires dans d’autres rues de la ville. Ces actions se sont interrompues avec l’intensification et l’extension du soulèvement à l’ensemble de la capitale, ainsi qu’avec l’intervention violente de l’appareil sécuritaire. Malgré l’ampleur de la répression, des mobilisations ouvrières ont continué à avoir lieu. Suit un aperçu des principales mobilisations ouvrières ayant eu lieu pendant le mois iranien de bahman (21 janvier au 20 février).
SUR LA GUERRE, TEXTE DE SSTI DU 6 MARS 2026
Ni guerre impérialiste contre les peuples d’Iran !Ni République islamique d’Iran !
Soutien aux luttes des peuples d’Iran pour la justice sociale, l’égalité et la liberté !
C’est aux peuples d’Iran de décider de leur avenir !
Les États-Unis et l’État d’Israël ont déclenché une nouvelle guerre au Moyen-Orient, dont nul ne peut aujourd’hui mesurer l’ampleur des conséquences dramatiques pour l’Iran et l’ensemble de la région. La campagne de frappes lancée contre l’Iran est dévastatrice pour les populations civiles. Donald Trump et Benyamin Netanyahou annoncent déjà leur volonté de poursuivre les bombardements dans les jours à venir.
Ces attaques ont certes conduit à l’élimination de dirigeants de premier plan du régime dictatorial, dont le Guide Ali Khamenei et de hauts responsables des Gardiens de la révolution.
Le dictateur suprême a certes disparu, mais la dictature ne tombera pas sous les bombes. Les peuples d’Iran veulent pouvoir juger, eux-mêmes, leurs bourreaux responsables de plus de quarante-sept années de répression, de massacres et d’oppression. L’histoire l’a montré : les guerres impérialistes n’ont jamais libéré les peuples. L’élimination physique de dictateurs comme Saddam Hussein ou Khadafi n’a pas libéré pour autant le peuple irakien ou lybien. Ce n’est d’ailleurs pas le but de Trump et de Netanyahou qui ne sont pas les alliés des peuples et des défenseurs de la liberté.
– Netanyahou porte la responsabilité du génocide à Gaza et des guerres répétées contre les peuples palestinien, libanais et syrien.
– Trump, quant à lui, accélère une politique impérialiste et belliciste visant à renforcer l’hégémonie des États-Unis et à imposer des dirigeants soumis à leurs intérêts.
Leur objectif n’est pas l’émancipation des peuples, mais la reconfiguration des rapports de force géopolitiques dans le monde et au Moyen-Orient, au service de leur ordre impérialiste, colonialiste et capitaliste.
De son côté, la République islamique d’Iran riposte en menaçant de fermer le détroit d’Ormuz, et en lançant des missiles contre Israël ainsi que contre des pays de la région abritant des bases militaires américaines.
Au-delà d’être meurtrière, cette nouvelle guerre fait peser des risques immenses sur les populations. La République islamique d’Iran va utiliser cette guerre pour accroître encore sa répression contre les secteurs en lutte en Iran. Le régime va prendre appui sur cette guerre pour imposer son récit sur les mobilisations populaires de janvier, expliquant que celles-ci étaient fomentés par Israël et les Etats-Unis. Cette guerre fera passer au second plan le massacre massif commis par la République islamique d’Iran en janvier dernier. Cette guerre va mettre un coup d’arrêt momentané à la reprise des luttes que l’on voyait dans les universités notamment.
Ni les interventions militaires impérialistes ni la République islamique ne défendent les intérêts des peuples d’Iran. L’émancipation ne peut venir que des luttes menées par les peuples d’Iran. La seule voie pour se libérer à la fois de l’emprise impérialiste, de la dictature des mollahs et des Gardiens de la révolution, de l’exploitation et des oppressions, réside dans l’organisation indépendante des travailleurs, des femmes, de la jeunesse et des minorités opprimées.
Nous soutenons le renforcement des mobilisations populaires qui visent à renverser la République islamique et à ouvrir la voie à une société fondée sur la justice sociale, l’égalité réelle et la liberté. Les courants réactionnaires, en particulier monarchistes, soutiennent l’intervention de Trump et de Netanyahou dans l’espoir de revenir au pouvoir grâce à cette guerre criminelle. Ils bénéficient du relais des médias dominants pour promouvoir Reza Pahlavi comme alternative politique. Leur projet est en totale contradiction avec les aspirations démocratiques et sociales des peuples d’Iran. Reza Pahlavi n’a jamais rompu avec l’héritage dictatorial de la monarchie de son père. Son orientation pro-impérialiste, pro-sioniste, ultralibérale et autoritaire ne saurait représenter les travailleurs/euses, les femmes, la jeunesse et les minorités nationales.
La société iranienne lutte depuis des années pour en finir avec la République islamique. Elle se bat pour la justice sociale, l’égalité, la liberté et le droit à l’autodétermination. Ces aspirations sont incompatibles avec toute restauration monarchique et avec le retour des anciennes “élites” renversées en 1979. Nous réaffirmons notre solidarité pleine et entière avec toutes celles et ceux qui, en Iran, luttent pour renverser la République islamique et construire par en bas une société démocratique, égalitaire et libre.
Arrêt immédiat de la guerre impérialiste !À bas la République islamique d’Iran !
Solidarité avec les travailleurs/euses, les femmes, la jeunesse et les peuples d’Iran.
Vive la justice sociale, l’égalité et la liberté !
Outre les retraité‧es – qui enregistrent chaque mois le plus grand nombre d’actions collectives – les salariés de la compagnie Pars Sud travaillant dans la raffinerie n°10 d’Assalouyeh (province de Bushehr), ont également figuré parmi les plus mobilisés. À plusieurs reprises, ils ont organisé des rassemblements et des grèves. Leurs revendications concernaient notamment les heures supplémentaires, et le maintien du complément de rémunération qu’elles procuraient antérieurement. Ils ont également protesté contre la surpopulation croissante dans les dortoirs.
En termes de nombre d’événements enregistrés, Assalouyeh est arrivée en tête des villes les plus contestataires, devenant ainsi le principal foyer de tensions sociales au cours du mois de février.
![Prise de parole au nom de l’intersyndicale CGT/Solidaires/FSU, le 17 janvier 2026. [DR]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/07/prise-de-parole-au-nom-de-lintersyndicale-cgt-solidaires-fsu.webp)
Des luttes ont également eu lieu dans la province du Khuzestan, située dans le sud du pays : à Ahvaz, les salariés du Groupe national de l’acier se sont rassemblés à plusieurs reprises sur leur lieu de travail, réclamant le paiement des arriérés de salaires et compléments de salaires, ainsi qu’un calendrier clair pour le règlement des sommes dues ; à Mahshar, les salariés de l’usine pétrochimique Ghadir, ont entamé une grève de la faim pour protester contre la baisse des primes et des bonus de productivité, ainsi que contre les mutations forcées — une démarche dramatique résultant de l’impasse des négociations.
⬛ Sara Selami
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