Le syndicalisme policier

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Précisons en liminaire que cet article ne traite que de la Police nationale (vs police municipale) et des fonctionnaires de la filière active (vs administrative ; technique ; scientifique, dont les personnels travaillent également au sein de la Direction générale de la Police nationale). En outre les résultats aux élections professionnelles sont ceux des Commissions administratives paritaires nationales (CAPN) : gardiens de la paix avant 1995 et fonctionnaires du Corps d’encadrement et d’application (CEA) après 1995, inspecteurs de police avant 1995 et fonctionnaires du Corps de commandement (CC) après 1995, commissaires de police.


Thierry Tintoni-Merklen, 63 ans, est fonctionnaire de police retraité. Il a fait toute sa carrière à Paris de 1986 à 2017 et a terminé comme capitaine de police. Il a participé à la fondation de SUD Intérieur et est syndiqué désormais à l’Union départementale interprofessionnelle des retraité⸳es Solidaires de Paris (UDIRS 75). Il participe à diverses commissions au sein de l’Union syndicale Solidaires (Ripostes syndicales face à l’extrême droite, Juridique, Droits libertés et répression syndicale).


Tract de la fédération des polices de la CGT, 1949. [DR]
Tract de la fédération des polices de la CGT, 1949. [DR]

Historiquement, dans pratiquement tous les pays du monde, la syndicalisation des policiers a été un sujet de discussions et de controverses en raison de l’importance de leur rôle social, des prérogatives particulières qui sont les leurs, des moyens de force dont ils disposent, des problèmes que peut poser leur action concertée. Enfin, après des périodes de discussions et d’hésitations, dans le contexte notamment du développement des pratiques démocratiques, beaucoup de pays ont reconnu le droit des policiers à se syndiquer, mais en l’accompagnant de certaines restrictions, la plus classique étant l’interdiction ou la limitation du droit de grève.
Ce syndicalisme constitue une exception pour plusieurs raisons :
➔ la police est un des milieux professionnels où le taux de syndicalisation est le plus élevé (60 à 70 % des personnels), idem pour les taux de participation aux élections professionnelles ;
➔ c’est un syndicalisme autonome pratiquement sans lien avec les centrales syndicales même depuis l’obligation d’y être rattachées ;
➔ c’est un syndicalisme émietté en un très grand nombre d’organisations : strates hiérarchiques, distinction « civil » / « tenue », etc. ;
➔ des tendances centrifuges qui entraînent périodiquement des scissions ou des recompositions ;
➔ c’est un syndicalisme sous influence de l’administration et du ministère ;
➔ c’est un syndicalisme consumériste ;

Création et stabilisation du syndicalisme policier (fin du XIXème – milieu du XXème)

Le syndicalisme policier ne s’est pas constitué en un jour et est né d’une histoire qui est à envisager sur la longue durée. Refusant la structure juridique du syndicat, assimilée au socialisme et à l’anarchisme, qui était aussi perçu comme en contradiction avec le principe hiérarchique, les dirigeants politiques et administratifs n’acceptèrent comme forme légale de défense des intérêts catégoriels policiers que la création de sociétés d’entraide et de secours mutuel, dans un premier temps, puis, après le vote de la loi du 1er juillet 1901 sur le droit associatif, l’organisation d’associations sous la  forme d’amicales.


Le communiqué de juin 2023, « Maintenant, ça suffit ! » du Bloc syndical Alliance Police Nationale CFE/CGC et UNSA-Police : « les hordes sauvages », « combat contre ces “nuisibles” », « cette chienlit que nous subissons depuis des années », … [DR]
Le communiqué de juin 2023, « Maintenant, ça suffit ! » du Bloc syndical Alliance Police Nationale CFE/CGC et UNSA-Police : « les hordes sauvages », « combat contre ces “nuisibles” », « cette chienlit que nous subissons depuis des années », … [DR]


A noter qu’à la fin du XIXème siècle, les statuts des policiers sont multiples : certains dépendent des municipalités, d’autres de la Préfecture de Police de Paris, d’autres encore directement du ministère. Si les premières formes de revendications policières émanèrent très tôt du corps des commissaires (un journal dès 1855), l’associationnisme se développe vers 1903-1906 et le 26 octobre 1906 est créé la Fédération des amicales des polices de France et des colonies (FAPFC) avec son bulletin Voix de la police (en 1914 : 12 000 adhérents pour 63 amicales membres). Après la guerre, les policiers demandent la transformation des amicales en syndicat tandis que le gouvernement met tout en œuvre pour l’empêcher. Le changement intervint en 1924 avec la victoire électorale du Cartel des gauches et l’apparition de syndicats policiers par transformations ou créations en 1924-1925 [1]. Jusqu’à la Seconde guerre mondiale, les gouvernements de gauche dialoguent et ceux de droite refusent au nom de la défense de la hiérarchie. Sous l’Occupation, les syndicats furent dissous et à la Libération, les syndicalistes policiers sortent de la période la plus noire de l’institution policière avec un prestige renforcé par leur rôle dans la Résistance et la Libération (de Paris particulièrement). La Police n’échappe tout de même pas à une certaine épuration à partir de 1945.
La FAPFC, dont le SGP est membre [2], entre à la CGT lors du congrès du 17 juin 1946 et y constitue la Fédération nationale des syndicats de police de France et d’outre-mer (FNSPF) regroupant environ 90 000 adhérents. Mais une partie des adhérents de la FNSPF décide de quitter la CGT et, en 1949, fonde le Syndicat national des policiers en tenue (SNPT). A ce moment, à côté des confédérations, deux syndicats – le SGP parisien et son pendant provincial SNPT – font le choix commun de l’indépendance et de l’autonomie.
Par crainte de l’influence communiste dans la Police, Jules Moch, ministre de l’Intérieur, décide de retirer le droit de grève aux policiers par la loi du 28 septembre 1948 et réprime fortement les activités syndicales notamment à l’égard de la CGT. A l’époque, c’est la CFTC, minoritaire, qui représente la droite policière avec sa scission parisienne de 1951, le Syndicat indépendant de la police municipale (SIPM) [3]. En septembre 1968, le SIPM devient le Syndicat indépendant de la Police nationale (SIPN) et gagne la province. Son pendant pour les gardiens devenus brigadiers est le Syndicat des gradés de la Police nationale (SGPN). Ces deux syndicats forment l’ossature de l’Union des syndicats catégoriels Police (USCP).

Le temps de la FASP (1969 – 1996)

Les trois syndicats SGP, SNPT et SNIP [4] créent avec d’autres (dont le Syndicat national des officiers -SNO-, le Syndicat national unifié des inspecteurs de police -SNUIP- et le Syndicat national des commissaires -SNC-) la Fédération autonome des syndicats de police (FASP) les 19 et 20 juin 1969 qui représente alors 80 % de tous les policiers en tenue. Pendant les événements de Mai 68, non seulement les syndicats policiers critiquent les conditions de l’emploi de la force décidé par le pouvoir politique, mais ils se désolidarisent explicitement des policiers qui auraient commis des exactions sur des manifestants. Les années 1970 sont marquées par des tensions avec les autorités administratives (notamment Raymond Marcellin) et par une stagnation de la condition policière. Les combats syndicaux amènent la FASP à un prestige renforcé dans la Police, incarnant une sorte de contre-pouvoir interne à l’institution.
L’arrivée des socialistes au pouvoir voit la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur, Gaston Deferre, dont la Police n’est pas la principale préoccupation. Il s’entoure de relais auprès des policiers qui sont autant d’experts (Maurice Grimaud, Gérard Monate, Patrice Bergougnoux). Ainsi, les policiers d’une manière générale, et les syndicalistes en particulier, viennent combler les lacunes des socialistes en matière de sécurité et de gestion de la Police.
Après plus de trois décennies d’autonomie des policiers, la FASP participe, en décembre 1981, à la création du Groupe des 10 [5], rassemblement de dix syndicats autonomes dans une structure commune. Elle quittera le G10 en 1984 pour adhérer à la FGAF, une structure autonome. Tout au long des années 80, la FASP reste le principal syndicat policier et pèse sur les orientations du ministère de l’Intérieur. Aux élections, la FASP est très largement majoritaire, malgré une érosion continue (les raisons en sont une critique d’une approche trop « politique » du syndicalisme, une situation financière difficile et un repli corporatiste) au profit du principal concurrent, l’Union syndicale catégorielle de la Police (USCP) [6], proche des positions du RPR, et donc des ministres Pasqua ou Debré.

Résultats des élections1978198219851989
FASP67%57%52,8%52,3%
USCP19,3%21,9%28,9%29,5%

Le 9 mai 1995, l’USCP initie la création du syndicat « Alliance SNE-SIPN », perdant au passage le SGPN

La FASP se rattache dès 1993 à l’Union des syndicats autonomes (UNSA) créée en 1992. Mais sa fin arrive le 11 octobre 1996 avec la décision de Jean-Louis Arajol, son secrétaire général issu du SGP, de dissoudre la fédération policière pour fonder la Centrale unitaire de la Police (CUP). Cette dissolution est refusée par toutes les composantes de l’organisation qui décident d’exclure non seulement Jean-Louis Arajol [7], mais aussi l’ensemble du SGP, resté fidèle à son secrétaire général.


Tract de l’UNSA-Police, 2025. [DR]
Tract de l’UNSA-Police, 2025. [DR]

N’oublions pas les « civils ». Du coté des personnels en « civil », les inspecteurs et les enquêteurs, plusieurs syndicats se sont fédérés au sein d’une organisation unique en 1972, le Syndicat national autonome des policiers en civil (SNAPC). En 1981, le SNAPC adhère à la FASP, mais la quitte l’année suivante (une partie restant cependant au sein de la FASP en créant le Syndicat national unifié des inspecteurs de police – SNUIP).  Au 9ème congrès du SNAPC, en 1990, celui-ci en profite pour créer la Fédération nationale autonome de la Police (FNAP), une sorte de machine de guerre pour concurrencer les cousins en tenue de la FASP [8]. Le SNAPC va connaître une scission de sa partie francilienne qui va créer l’UNAPC. Lors des élections professionnelles de 1992, le SNAPC/FNAP recueille 52,55% des voix, l’UNAPC 18,16% et le SNUIP/FASP 11,04%.

De la dissolution de la FASP à aujourd’hui

C’est autour de 1995 que sont intervenus des changements importants qui vont influer sur l’histoire postérieure :
➔ la réforme des corps et carrières va uniformiser les trois corps [9] et entraîner la disparition de la distinction entre policiers « en civil » et « en tenue »,
➔ la « loi Perben » du 15 décembre 1996, oblige les syndicats policiers à se rattacher à une confédération syndicale généraliste.

Du côté du corps de maîtrise et d’application

➔ Les syndicats classés à droite : Alliance SNE-SIPN adhère à la CFE/CGC en 1997, l’USCP disparaissant définitivement. Dans la foulée, le SGPN rejoint le nouveau regroupement, qui prend le nom « Alliance Police nationale » les 13, 14 et 15 janvier 1998 et confirme son adhésion à la CFE/CGC.
➔ Les syndicats classés à gauche : en 1998, la plupart des organisations membres de l’ex-FASP ont participé à la fondation de l’UNSA-Police, d’abord union de syndicats puis syndicat unique en 2004 (sous le nom de « UNSA-Police-Le syndicat unique »). Le SGP, qui avait contribué à la fondation de la FASP puis s’en était détaché en 1996, choisit le rattachement à FO en 1999.
Craignant un rapprochement entre l’UNSA et la CFE/CGC, certains des dirigeants de l’UNSA-Police se rapprochent du SGP-FO. En vue des élections, une union voit le jour le 1er juin 2010 sous le nom d’Unité-SGP-Police – FO, mais il faudra attendre les 13 et 14 février 2013 pour que le SGP-FO et l’Unité-Police tiennent leurs congrès de dissolution et qu’à l’issue le syndicat Unité-SGP-Police – FO soit officiellement créé.
Certains ne souhaitant pas ce ralliement à FO vont maintenir l’entité UNSA-Police.

Résultats des élections200620102014
UNSA-Police39,8%9,7%11,3%
Alliance Police nationale35,4%37,6%41%
FSGP-FO puis Unité-SGP-Police-FO14,8%47,8%39,7%

L’événement de Viry-Châtillon, le 8 octobre 2016, va provoquer un vif émoi dans la Police [10],  Alliance Police nationale appelant à une grève du zèle et deux manifestations nocturnes. Les syndicats UNSA-Police, Alliance Police nationale et Synergie-officiers obtiendront le déblocage de 250 millions d’euros en urgence et un entretien avec le président de la République, François Hollande, le 26 octobre. Mais les syndicats auront beaucoup de mal à contrôler un mouvement très méfiant à leur égard (création du collectif « Mouvement des policiers en colère » -MPC-) et seront contraints à la surenchère : rassemblements tous les mardis de 13h00 à 13h30 devant les palais de justice, manifestations…

Dans la foulée, les élections de 2018 auront valeur de test. À la lumière des résultats, on peut constater que les policiers s’inscrivent toujours, dans leur grande majorité, dans l’économie générale de la représentation syndicale : Unité SGP Police-FO (40,3 %) ; Alliance Police nationale (39,2 %) ; UNSA-Police (13,74 %). Pour sa première participation Alternative Police-CFDT ne réussit pas à percer avec seulement 2,3 %. Le sentiment d’insatisfaction générale qui s’est exprimé via les « policiers en colère » conduit les syndicats de police à trouver un positionnement qui n’est plus uniquement catégoriel mais davantage sociétal sur le rôle de la Police.

A l’occasion du mouvement des Gilets jaunes les syndicats de police vont demander un « retour sur investissement » : « l’acte 1 de la colère des policiers » (Unité SGP Police-FO), « une fermeture des commissariats » (Alliance Police Nationale), « service minimum – 100 % prévention » (UNSA-Police). Un protocole d’accord, dit du 19 décembre 2018, sera signé entre les trois syndicats de gardiens et gradés et le ministère de l’Intérieur. Les syndicats d’officiers, de commissaires et d’administratifs s’engagent dans la brèche et participeront aux négociations. Tout au long de l’année 2019, les réunions s’enchainent, mais buttent sur la difficulté de paiement des colossales heures supplémentaires accumulées par les policiers et sur l’avalanche de suicide qui parcourt l’année 2019. De plus l’annonce des préconisations sur l’avenir des retraites inquiètent les syndicats de policiers, car ils craignent la remise en cause de leurs statut spécial « super-actifs » (départ anticipé et bonification d’annuité). Cela aboutit à une intersyndicale de 19 syndicats qui appelle, pour le 2 octobre 2019, à une Marche nationale de la colère qui rassemblera 27 000 personnes.

L’année 2020 voit se succéder les polémiques sur les violences policières : mort de Cédric Chouviat le 3 janvier , polémique sur la technique du plaquage ventral, mort de Georges Floyd le 25 mai, manifestation le 2 juin à Paris à l’appel du Comité Adama et en province les jours suivants. Le lendemain, les propos critiques de la Police de la part du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner font que les policiers s’estiment lâchés ; des manifestations ont lieu à l’appel des syndicats du pôle CFE/CGC et l’UNSA-Police. Même scénario en fin d’année : violences à l’encontre de Michel Zecler le 21 novembre, propos d’Emmanuel Macron le 4 décembre, rassemblements à l’appel d’Alliance Police nationale, Unité SGP Police-FO et UNSA-Police. Pour désamorcer cette crise, Emmanuel Macron annonce la tenue d’un « Beauvau de la sécurité » au cours de l’année 2021, bien accueilli par Unité SGP-FO, mais avec circonspection par le pôle CFE/CGC. Le 14 septembre 2021, Emmanuel Macron annonce une rallonge budgétaire de 500 millions d’euros et une liste de mesures assez hétéroclites concrétisée dans la Loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (LOPMI) [11].

L’année 2022, année d’élections, va donner lieu à un événement assez controversé à la suite de deux homicides de fonctionnaires de police [12] : un rassemblement de policiers, le 19 mai devant l’Assemblée nationale, à l’appel d’une large intersyndicale (FO, CFE/CGC, UNSA, CFDT). De nombreuses personnalités politiques de tous bords viendront saluer plusieurs milliers de policiers. Mais l’élément important, c’est le mot de Fabien Vanhemelryck, secrétaire national d’Alliance Police nationale, le syndicat le plus représenté : « Le problème de la Police, c’est la justice ! » tout en réclamant des « peines automatiques » pour certains délinquants. Un discours radical, qui tranche avec ceux d’autres syndicats.
Le paysage syndical va aussi se bouleverser : un grand meeting à la Bourse du travail de Paris, le 28 septembre 2022, voit la proclamation d’une union entre l’ensemble des syndicats de la CFE/CGC et ceux de l’UNSA (au total 13 syndicats) qui prend le nom de « Bloc syndical ». Lors des élections professionnelles, le Bloc syndical recueille 52,6 % des voix exprimées ; Unité SGP-Police FO, 40,2 % ; Alternative-Police CFDT, 2,8 %. Le Bloc syndical fait plus que l’addition des scores précédents d’Alliance Police nationale (32,29%) et UNSA-Police (13,74%). L’union a été payante.
Le 27 juin 2023, à Nanterre (92), Nahel Merzouk trouve la mort à la suite du tir d’un policier lors d’un contrôle routier. Le policier est mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire. Les syndicats de police s’insurgent surtout de la mesure de détention du policier, mais aussi des premières émeutes qui secouent l’hexagone. Un communiqué commun Alliance Police nationale/UNSA-Police du 30 juin 2023 intitulé « Maintenant, ça suffit !! » fait couleur beaucoup d’encre [13]. La CFE/CGC et l’UNSA se désolidarisent de leurs syndicats policiers et diverses personnalités politiques, essentiellement de LFI, font des « signalements article 40 » [14] au parquet qui les classera sans suite en septembre.


Le web magazine d’UN1TE, organisation affiliée à FO. [DR]
Le web magazine d’UN1TE, organisation affiliée à FO. [DR]


De son côté, Frédéric Veaux, le Directeur général de la Police nationale (DGPN), tente d’apaiser la colère des policiers en déclarant dans une interview au Parisien le 23 juillet : « Avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail ». Avec succès. Comme le résume fort justement Le Monde dans une enquête du 27 septembre, « cette séquence ultra-violente a nourri leur mal-être et un sentiment d’injustice de plus en plus profond » et les syndicats voient leurs bases se radicaliser.
Lors de l’année 2024, les syndicats mobilisent leurs troupes pour se plaindre des conditions de leur mobilisation pour les Jeux olympiques (confusion sur d’éventuelles primes, absence totale de congés d’été, problème de garde d’enfant, logement lors du service, etc.) : ceci se traduit par des manifestations et blocages des commissariats (seules les urgences sont assurées). Le 30 janvier, le ministre annonce une série de mesures et les syndicats s’estiment satisfaits. Mais la mise en œuvre de ces mesures traîne et, en avril, Alliance Police nationale n’hésite pas à menacer de perturber le parcours de la flamme olympique. Le 3 avril 2024, Unité SGP-Police FO change de nom et devient UN1TE.

Du coté des officiers

Ici aussi, la situation s’est considérablement simplifiée depuis 1995. Le SNAPC se transforme en Syndicat national des officiers de police (SNOP) et intègre peu après l’UNSA. En 2012, il prend le nom de Syndicat des cadres de la Sécurité intérieure (SCSI) en ouvrant l’adhésion aux commissaires de police. En janvier 2014, le SCSI quitte l’UNSA pour intégrer la CFDT. Parallèlement, dès 1995, Synergie Officier, né de la fusion de l’UNAPC, du SCO et de la CFE/CGC-Police rejoint la CFE/CGC [15].

Résultats des élections20062010201420182022
SNOP-UNSA puis SCSI-CFDT52,4%54%51,5%54,2%51,6%
Synergie officiers44%44,5%41,6%41,6%44,6%
Union des officiers-UNSA2%4,1%3,8%
Union des officiers-FO4%

Du coté des commissaires

Un syndicat de commissaires existe depuis 1925 qui, en 1968, prend le nom de Syndicat des commissaires de police et des hauts fonctionnaires de la Police nationale (SCHFPN), puis, en 2007, son nom actuel : Syndicat des commissaires de la Police nationale (SCPN). Il est membre l’UNSA depuis 2014 (après un passage par la Fédération générale autonome des fonctionnaires -FGAF-). Longtemps hégémonique, il est concurrencé depuis 2006 par le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), au départ phénomène de génération, reflétant le mécontentement des jeunes commissaires de moins de quarante ans, issus souvent du recrutement par concours externe et en poste dans l’agglomération parisienne ou dans les grandes villes. À sa création le SICP est affilié à la CFDT mais la quitte en 2014 pour la CFE/CGC.

Résultats des élections20062010201420182022
SCHFPN-FGAF puis SCPN-UNSA58,5%65%64%64,8%59,4%
SICP-CFE/CGC35,7%33%35%32,7%4,6%
UNSA-Police5,7%    

Les syndicats d’extrême-droite dans la Police

Avant d’exposer les syndicats présents sur ce spectre politique, il convient d’évoquer l’affaire du Front national-Police (FNP) [16] fondé le 6 novembre 1995 [17], juste avant les élections professionnelles des 12 et 15 décembre. Il y réalise un bon score de 7,53 % (avec des scores spectaculaires dans les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, Picardie, Haute-Normandie et Lorraine). Le 10 avril 1998 le syndicat est invalidé par la Cour de cassation à la suite de requêtes des autres syndicats policiers [18]. Le tribunal lui reproche son objectif de diffuser l’idéologie d’un parti politique et le fait que son président doit statutairement être informé de l’appartenance politique des adhérents.
La Fédération professionnelle indépendante de la Police (FPIP) : il s’agit d’une scission, en 1973, du SIPN. Elle est connue pour sa manifestation du le 3 juin 1983 sur la place Vendôme, à la suite de la fusillade de l’avenue Trudaine par d’Action Directe (3 policiers morts). En 2016, elle signe une convention d’association avec la CFTC, qui y met fin un an après. De nouveau en 2019, elle s’associe avec la CFTC-Impact Police. Une de ses revendications est la création d’une quatrième fonction publique unissant dans son creuset l’ensemble des acteurs de la sécurité (policiers nationaux, municipaux, douaniers, etc.), à l’image de la fonction publique hospitalière.

FPIP19811985198919952001200320062010201420182022
Pourcentage0,8%5,5%7%5,8%8,67%5,44,7%3,3%5%1,6%1,2%
Voix     36582711 13681077 

France Police-Policiers en colère : Créé en 2009 par Michel Thooris [19] et d’autres exclus d’Action Police par la CFTC, l’équipe dirigeante est très marquée à l’extrême droite [20]. Le lendemain de la mort de Nahel Merzouk, le 27 juin 2023, France Police tweete : « #Nanterre Bravo aux collègues qui ont ouvert le feu sur un jeune criminel de 17 ans. En neutralisant son véhicule, ils ont protégé leur vie et celle des autres usagers de la route. Les seuls responsables de la mort de ce voyou sont ses parents, incapables d’éduquer leur fils ». Gérald Darmanin fait un signalement au Parquet pour apologie de la violence et déclare étudier la dissolution du syndicat.

France Police20182022
Pourcentage1,61%1,26%
Voix13681077
Deuxième trimestre 1977, le journal de l’Union fédérale CFDT de la Police nationale titre sur la possibilité d’arrivée de la gauche au pouvoir en 1978. [DR]
Deuxième trimestre 1977, le journal de l’Union fédérale CFDT de la Police nationale titre sur la possibilité d’arrivée de la gauche au pouvoir en 1978. [DR]

CFTC-Impact Police : elle a toujours été le refuge de l’extrême-droite policière, mais cela a été particulièrement remarquable quand Michel Thooris et son équipe ont intégré cette confédération. Cette dernière a toujours réussi à « faire le ménage ». L’arrivée de la FPIP, le 10 avril 2019, l’a fait repartir dans ses errements.

CFTC-Impact Police20062010201420182022
Pourcentage1,40%0,56%0,43%0,14%0,10%
Voix108444732312790

Les « petits » syndicats

La CGT : Une fédération Police a longtemps existé au sein de la CGT, mais en 2017, sous l’impulsion de son secrétaire général Alexandre Langlois [21], elle a changé de nom en VIGI-Ministère de l’intérieur (VIGI-MI) puis a quitté la confédération l’année suivante (et existe toujours). Les syndicats ayant refusé de quitter la CGT, à l’instar du syndicat parisien, ont reconstruit l’outil syndical sous le nom de CGT-Intérieur qui syndique, sous la forme d’une union de syndicats, l’ensemble des personnels du ministère de l’Intérieur hors Préfecture.

CGT20062010201420182022
Pourcentage0,58%0,57%0,58%0,14%0,16%
Voix463463436119135

La FSU : les policiers sont présents dès 2006 à travers diverses structures (FSU-Intérieur, branche Intérieur du SNUITAM-FSU). L’équipe demande plus d’autonomie et quitte le SNUITAM-FSU pour créer en 2023 le Syndicat national unitaire Intérieur Police nationale (SNUIPN). Depuis le 3 avril 2024, un protocole partenarial est conclu entre la FSU et le SNUIPN et l’intégration définitive se fera au bout de trois ans.

FSU2022
Pourcentage0,06%
Voix54

L’Union syndicale Solidaires : SUD Intérieur a été fondé en avril 2002 par des gens venant de la CFDT avec pour champ de syndicalisation le ministère de l’Intérieur. Lors des élections de 2006, SUD Intérieur appelle au boycott car ne pouvant se présenter aux scrutins nationaux, alors qu’à celle de 2010 le syndicat s’allie avec la FSU et la CGT, cette dernière pouvant présenter des listes (463 voix et 0,57 % des suffrages exprimés).


[Solidaires]
[Solidaires]

Pour les élections suivantes (2014, 2018, 2022), SUD Intérieur n’a jamais déposé de liste pour les Commissions administratives paritaires nationales (CAPN) concernant la Police. En Comité technique ministériel (CTM), devenu Comité social ministériel (CSA) depuis 2022, SUD Intérieur a recueilli 1131 voix en 2014 (0,92%), 905 voix en 2018 (0,63%), 508 voix en 2022 (0,37%). CTM et CSA concernent l’ensemble du personnel du ministère de l’Intérieur.


⬛ Thierry Tintoni-Merklen


[1] Citons le plus ancien et le plus célèbre : en décembre 1924 le gardien de la paix Jean Rigail transforme l’Association générale professionnelle des personnels de la Préfecture de Police (AGP) en Syndicat général de la Préfecture de Police qui deviendra, en 1925, le Syndicat général de la Police (SGP). La FAPFC quant à elle prend le nom de Syndicat national des polices de France et des colonies (SNPFC).

[2] Le 1er octobre 1946, le SGP se retire de la FNSPF.

[3] Pour se rendre compte du poids de ces syndicats, voici des résultats des élections professionnelles dans les corps des gardiens et des brigadiers à Paris :

– 1959 : SGP 73,3 %, SIPM associé pour ce scrutin à la CFTC 26,7 %

– 1962 : SGP 66,6 %, SIPM 12,8 %, CFTC 16,1 %

[4] Le Syndicat national indépendant de la Police, fondé en 1948, ne syndique que les CRS.

[5] Groupe des 10, qui deviendra G10-Solidaires puis l’Union syndicale Solidaires. Voir notamment Les utopiques n°25, éditions Syllepse, printemps 2024.

[6] L’USCP regroupe le Syndicat indépendant de la Police nationale (SIPN), le Syndicat des gradés de la Police nationale (SGPN) et le Syndicat des commandants et officiers (SCO).

[7] La proximité de ce dernier avec Charles Pasqua a certainement beaucoup pesé dans une fédération policière marquée à gauche et encore assez largement proche du Parti socialiste.                                

[8] Outre le SNAPC, on trouve le Syndicat national des enquêteurs (SNE), majoritaire dans ce corps de plus de 4 000 policiers, et le Syndicat national indépendant des personnels administratifs et techniques de police (SNIPAT), majoritaire chez les 10 000 membres de cette catégorie).

 [9] La filière active est désormais constituée de trois corps : le corps d’encadrement et d’application (CEA) fusionnant les gardiens et gradés de la « tenue » et les enquêteurs auparavant en civil (catégorie B – recrutement Bac) ; le corps de commandement (CC) fusionnant les officiers de paix de la tenue et les inspecteurs auparavant en civil (catégorie A – recrutement Bac + 3) ; le corps de conception et de direction (CCD), les commissaires (catégorie A+ – recrutement Bac + 4). Le port de la tenue est obligatoire pour tous (sauf pour les services de renseignement et quelques services judiciaires)

[10] L’affaire dite des « policiers brûlés à Viry-Châtillon » débute le 8 octobre 2016 vers 15 h par Il s’agit de l’attaque de deux voitures de police, à La Grande Borne, un quartier de Viry-Châtillon (Essonne), par une quinzaine de personnes, à coup de barres de fer et de pierres, puis de cocktails Molotov jetés en direction des agents à l’intérieur des voitures. Il y eut quatre blessés dont deux graves.

[11] Votée définitivement le 24 janvier 2023 après avoir été très allégée.

[12] Le 23 avril 2021, à Rambouillet (78), un homme armé d’un couteau tue une agent administrative dans le hall du commissariat lors du retour de sa pause déjeuner (il sera abattu et le parquet national antiterroriste se saisira de l’affaire) et le 5 mai 2021, à Avignon (84), un policier est tué lors d’une opération anti-drogue.

[13] Du fait de mentions comme « hordes sauvages » ou de phrases comme « L’heure n’est pas à l’action syndicale mais au combat contre ces “nuisibles” » et « Aujourd’hui les Policiers sont au combat car nous sommes en guerre. Demain nous seront en résistance ».

[14] Extrait de l’article 40 du Code de procédure pénale : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

 [15]De 2010 à 2018, il existera une Union des officiers de police-FO qui se présentera même aux élections de 2014 (4%). Depuis FO ne syndique plus les officiers.

[16] Au milieu des années 1990, Bruno Gollnisch, alors secrétaire général du Front national, souligne la nécessité de constituer « un Front social sur le front du travail ». Le FN-Police est le premier mais d’autres suivront.

[17] Il est présidé par Jean-Paul Laurendeau, conseiller municipal FN de Brunoy (Essonne), de 1989 à 1995.

[18]Cour de cassation, Chambre mixte, 10 avril 1998, 97-17.870 (www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?idTexte=JURITEXT000007040971)

[19] Il milite d’abord au Mouvement pour la France (MPF) puis, à partir de 2010, au Rassemblement national (candidat aux législatives de 2012 dans la 8ème circonscription du Val d’Oise, élu conseiller municipal de Carros -06-). Il était le conseiller Police de Marine Le Pen pour les élections présidentielles de 2012. Il a d’ailleurs donné plusieurs interviews à des sites de la fachosphère, notamment Riposte Laïque, où il a signé un billet, en octobre 2018, concernant le fait qu’en Italie « on a le droit de tirer sur son cambrioleur ». De son propre aveu, il décrit les émeutes de 2005 en banlieue comme une « intifada aux cris d’Allahou Akbar ».

[20] Damien Monchau (élu au conseil national du RN, candidat du Front national aux législatives de 2017 et aux municipales partielles de 2015 à Vénissieux), Marc Taïr (membre du comité de soutien de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2012), Smaïl Khaldi (membre de l’Union des patriotes français juifs, que préside également Michel Thooris), Jean-Paul Laurendeau (historique du syndicalisme d’extrême droite, créateur et dirigeant du FN-Police en 1995).

[21]Candidat La France Insoumise aux élections législatives de 2017 dans les Yvelines, mais également chroniqueur sur la radio d’extrême droite Radio courtoisie


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