Gilets jaunes : un mouvement social

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Le mouvement des Gilets jaunes est incontestablement un mouvement social. Débuté le 17 novembre, il s’est articulé autour de deux principales modalités d’action : les barrages sur les ronds-points et les manifestations le samedi, avec une forte propension à l’action directe.

S’il est d’une très grande diversité, son principal moteur est le refus de la « vie chère » et des inégalités sociales. Aujourd’hui, pour la plupart des travailleuses et des travailleurs1, on se serre la ceinture dès le 15 du mois, quand ce n’est pas avant. Et c’est d’abord cela qui a fait exploser la colère.

Une colère que les militant·es syndicalistes qui se battent tous les jours contre la politique de classe de ce gouvernement ne découvraient pas ; mais elle n’est pas venue de la partie du prolétariat à laquelle le syndicalisme s’adresse le plus facilement. Cela explique qu’au démarrage il n’y eut qu’une poignée de collectifs interprofessionnels locaux pour appeler à y participer et mettre leurs moyens à disposition du mouvement. Au plan national, l’Union syndicale Solidaires, après avoir fermement dénoncé les récupérations de l’extrême droite comme les actes racistes et homophobes produits dans le cadre de ce mouvement, a pris la décision de le soutenir en appelant à rejoindre les manifestations du samedi et à prolonger la colère dans les entreprises et les services, en l’articulant notamment à l’action gréviste.

Les Utopiques ne pouvait pas ne rien dire du mouvement social des Gilets jaunes. Nous avons donc décidé de donner à lire deux premiers témoignages de militantes de l’Union nationale interprofessionnelle des retraité·es de Solidaires (UNIRS) de Besançon.

Et comme ce numéro des Utopiques est consacré à l’autogestion nous avons souhaité reproduire les appels liés à une des expressions sans doute les plus avancées en termes de démocratie et d’auto-organisation, celle de l’assemblée des Gilets jaunes de Commercy dans la Meuse.

Démocratie, assemblées générales, mandats, rôle des organisations syndicales, place des femmes dans ce mouvement, présence des retraité.es, réappropriation des espaces communs (les rues lors des manifestations, les ronds-points chaque jour, etc.), revendications, réponses gouvernementales, présence et récupérations de l’extrême-droite, différences entre Paris et proche banlieue d’une part, reste de la France d’autre part, répression étatique et violences policières, services publics, production et répartition des richesses, lien au politique, etc.

Bien des sujets sont à traiter plus en détail à propos de ce mouvement des Gilets jaunes. Le prochain numéro des Utopiques qui paraîtra à l’été 2019 y sera entièrement consacré. En reprenant ici ces quelques textes, nous ne faisons qu’esquisser le débat.

Théo Roumier, Christian Mahieux

1 Qu’il s’agisse de salarié.es, de retraité.es, de jeunes en formation, de chômeurs ou chômeuses ; mais aussi de d’auto-entrepreneurs ou paysan.nes pauvres.

Réunion-débat co-organisée par l’Association Autogestion, l’Association des communiste unitaires, les Amis de Tribune socialiste, Cerises, l’Observatoire des mouvements de la société, le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme, le Temps des lilas et l’Unionsyndicale Solidaires.

Comme des dizaines d’autres, ces deux écrits ont été collectés par l’Union nationale interprofessionnelle des retraité.es Solidaires (UNIRS), dont le Bureau a lancé en décembre ce judicieux appel à témoignage auprès de ses membres, dans toute la France.

Nous avons pris, le 29 novembre, lors d’une réunion des retraités de l’Union départementale interprofessionnelle des retraité.es Solidaires (UDIRS) du Doubs, la décision d’aller sur les ronds-points. Trois d’entre nous s’y sont rendus. Pour ma part je peux parler de notre manifestation retraité.es du mardi 18 décembre. Contrairement à l’habitude, la CGT ne s’est pas du tout investie pour l’organisation de ce rassemblement, pas plus que FO et la FSU ; nous nous sommes retrouvés à environ 250 personnes, avec ou sans gilet ; la majorité était des Gilets jaunes. Parmi les retraité.es, il y en avait beaucoup que nous n’avions jamais vus. Les tracts tirés par l’UDIRS ont été bien accueillis. Je dirais même qu’ils étaient attendus, souhaités. Ils étaient immédiatement l’objet d’un intérêt, à savoir quel en était le contenu. Il n’y a pas eu une manifestation d’opposition, au contraire tout le monde était content.

Ce qui ressort des échanges avec ces retraité.es c’est qu’ils et elles n’en peuvent plus : Macron leur vient aussitôt à la bouche et les propos sont haineux. Les femmes sont nombreuses à témoigner de l’impossibilité de vivre avec leurs retraites. Leur détermination à tous à combattre Macron semble inébranlable. Elle était tellement grande que notre rassemblement s’est transformé en déambulation en direction de la mairie de Besançon pour y signer les cahiers de doléances. Nous avons pu constater que rien n’était prévu sérieusement sur ce sujet : le cahier était un simple cahier scolaire format A3, sans numérotation de page ni tampon officiel de la mairie. La première adjointe est venue dans le hall d’accueil, a écouté les doléances des uns, des unes et des autres, dans une atmosphère assez tendue. Tout cela a duré deux heures […] Les retraité.es Solidaires seront à nouveau présents samedi 22 décembre puisqu’il y a un rendez-vous à 14 heures, place de la révolution ; nous avons décidé d’intervenir avec des pancartes sur nos revendications.

Une anecdote : après la manifestation du 15 novembre, plusieurs des Gilets jaunes blessé.es et gardé.es à vue de Besançon sont allé.es se faire soigner au CHU, encadré.es par les flics. En solidarité avec elles et eux, le personnel hospitalier a enfilé des sacs poubelles jaunes pour les soigne. Charles Piaget était dans la manif. Il a été gazé comme tout le monde. Le mouvement n’est pas près de s’éteindre…

Martine Chevillard

Depuis 3 semaines je m’éclate dans ce mouvement après l’avoir regardé de haut avec méfiance, car je déteste les voitures, surtout au gasoil et les fachos. Donc, après discussion en réunion de l’UDIRS 25, on a décidé d’aller voir aux 3 ronds-points de la ville. J’y suis arrivée un lundi avec le gilet jaune sur le dos en me présentant comme faisant partie du syndicat Solidaires ; ça ne leur disait rien. J’ai dit « SUD Rail, les méchants » ; bon, ils connaissent à peine. Ils m’ont présentée au coordinateur, je lui ai proposé notre aide si besoin : en tirage, sono, … Et aussi de relayer leur action sur nos listes. Au bout de d’une heure, c’est comme si j’avais été là depuis toujours. C’était euphorique : toutes les voitures et camions passant devant nous ou en-dessous (c’est un gros rond-point à la sortie de l’autoroute et du centre commercial) klaxonnent en soutien ; il en est qui s’arrêtent, donnent de la nourriture, des revendications, des palettes…

On est en jaune, on a notre moment de gloire, on existe, on cause, on échange, c’est enthousiasmant, beaucoup sont là depuis le début. Le soir même, je reçois leur premier tract à recomposer : après échanges entre les trois ronds-points, je leur tire le lendemain. Mardi j’y retourne déjà droguée, avec le carton de tracts. Ils et elles ont fondu sur moi, en ont pris des poignées : déjà pour le mettre dans la boîte aux lettres des voisins et voisines, puis distribution aux automobilistes. Il y a beaucoup de choses militantes qu’ils font et feront pour la première fois.

Cet endroit ressemble à un mini ZAD, il y a quatre très jeunes et un retraité qui font tout en bois de palette : pour manger, pour dormir, et même un banc avec dossier pour tous les « vieux » retraité.es. En fait, il y a ici les vieux, les jeunes, les femmes. Ça faisait six jours que j’étais à ce rond-point lorsqu’il a été évacué et démoli, deux fois, par « les forces de l’ordre ». Le centre commercial avait râlé parce qu’il perdait de client.es.

Ce samedi de l’acte 3, il y aura une manifestation au centre-ville de Besançon, d’autres continuent de monter à Paris. Ici 1500 personnes, on a fini gazées (c’est la première fois pour moi ici, à Besançon, mais j’avais lunette de piscine et sérum physiologique). Pendant les manifs j’ai mon gilet Solidaires et le jaune par-dessus. Dans les manifestations, je prends les adresses des retraité.es pour les tenir au courant des futures initiatives des 91 et des GJ (liste commencée depuis le 18 octobre).

Donc dès le début, je suis dans leurs contacts, en moins d’une heure j’ai eu leur confiance, ça n’a pas été difficile. On les aide dans plusieurs actions et nous faisons des propositions pour le parcours des manifs qui ne sont pas déclarées. Il y a eu une manif acte 5 : gazage à la fin, très copieux, puis « guérilla » tard dans la soirée avec d’autres éléments genre casseurs ; dans une révolution, il faut un peu de violence sinon s’en est pas une, dommage que je ne puisse plus courir comme avant avec mon genou en ferraille. Maintenant, il n’y a plus de ronds-points occupés, donc des coups ponctuels : autoroutes, dépôts, frontière bloqués (Jougne, Delle). Pour la manif du samedi de l’acte VI, il avait 1270 personnes ; là, Solidaires Doubs avait décidé de la préparer et d’y appeler fermement ; on a écrit nos slogans sur des affichettes en papier jaune, recto-verso, distribuées sur lieu de rassemblement et on est resté groupé pour chanter nos chansons et crier nos slogans. Comme d’habitude, on s’est fait gazé en fin de manif. Les casseurs ont pris le relais à la nuit tombée : il y a eu 12 interpellations. Je vais leur proposer un Acte VII festif pour la nuit du 31 décembre : reconstruire une mini ZAD et partager des agapes, être bien ensemble !

Celles et ceux qui ont goûté à ce mouvement ne veulent pas qu’il s’arrête ! En jaune on est les rois et Jupiter n’est rien ; la peur est de leur côté. Je le répète, pour que ce mouvement tourne bien il faut s’en occuper et pas faire la fine bouche en disant « y’a des fachos », « y’a des cons », « il pleut », « il fait froid », « c’est les fêtes de fin d’année ». Non, on a dit depuis des années que quand le peuple sera prêt on sera là, il ne faut pas louper le coche.

Brigitte Sourrouille

Premier appel des Gilets jaunes de Commercy

Appel à des Assemblées populaires partout ! Refusons la récupération ! Vive la démocratie directe ! Pas besoin de « représentants » régionaux !

Le 2 décembre 2018

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-service, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des « soupes solidaires » pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls « interlocuteurs » des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de « représentants » qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font déjà remonter notre colère et nos revendications. Ils savent déjà qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que s’il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi très bien qu’il risque d’intensifier un mouvement généralisé contre le système !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où « ceux qui ne sont rien » comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des « représentants » et des « porte-paroles », ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant « représentants du peuple » qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra-riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une « maison du peuple » comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation ! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça, là-haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

Vive le pouvoir au Peuple, par le Peuple, et pour le Peuple !

Deuxième appel des Gilets jaunes de Commercy

L’Assemblée des assemblées !

Le 30 décembre 2018

Notre deuxième appel s’adresse :

À tous les Gilets Jaunes. À toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre.

Cela fait désormais plus de six semaines que nous occupons les ronds- points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous sommes présents dans tous les esprits et toutes les conversations.

Nous tenons bon !

Cela faisait bien longtemps qu’une lutte n’avait pas été aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante !

– Encourageante car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal.

– Encourageante car ils commencent à concéder quelques miettes.

– Encourageante car nous ne nous laissons désormais plus avoir par quelques os à ronger.

– Encourageante car nous apprenons toutes et tous ensemble à nous respecter, à nous comprendre, à nous apprécier, dans notre diversité. Des liens sont tissés. Des modes de fonctionnement sont essayés. Et ça, ils ne peuvent plus nous l’enlever.

– Encourageante aussi, car nous avons compris qu’il ne faut plus nous diviser face à l’adversité. Nous avons compris que nos véritables ennemis, ce sont les quelques détenteurs d’une richesse immense qu’ils ne partagent pas : les 500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards d’euros !!!

Les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux plus grandes sociétés s’élèvent également à plusieurs centaines de milliards par an. C’est intolérable !

– Encourageante enfin, car nous avons compris que nous étions capables de nous représenter nous-mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le système, plutôt qu’à nous défendre.

Nous pleurons aujourd’hui les victimes de la répression, plusieurs morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont permis cela, mais qu’ils sachent que notre détermination est intacte, bien au contraire !

Nous sommes fiers de ce chemin accompli si vite et de toutes ces prises de conscience qui sont autant de victoires sur leur système écrasant.

Et nous sentons très bien que cette fierté est partagée par énormément de gens.

Comment pourrait-il en être autrement, alors que ce système et ce gouvernement qui le représente n’ont de cesse de détruire les acquis sociaux, les liens entre les gens, et notre chère planète ?

Il nous faut donc continuer, c’est vital. Il nous faut amplifier ces premiers résultats, sans hâte, sans nous épuiser, mais sans nous décourager non plus. Prenons le temps, réfléchissons autant que nous agissons.

Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et ce besoin de changement, soit à continuer à porter fièrement leur gilet jaune, soit à l’enfiler sans crainte.

Il faut désormais nous rassembler partout, former des assemblées citoyennes, populaires, à taille humaine, où la parole et l’écoute sont reines.

Des assemblées dans lesquelles, comme à Commercy, chaque décision est prise collectivement, où des délégués sont désignés pour appliquer et mettre en musique les décisions. Pas l’inverse ! Pas comme dans le système actuel. Ces assemblées porteront nos revendications populaires égalitaires, sociales et écologiques.

Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon procédé, tout le monde le sent bien, la parole, notre parole va se perdre dans ce dédale ou être détournée, comme dans le système actuel.

Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne.

Une fois ces assemblées démocratiques créées, dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications.

Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos revendications soient récupérées et arrangées à leur sauce et qu’à la fin, elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement garder la main sur ces moyens d’expression du peuple ! Pour cela, nous appelons donc à ce qu’ils soient ouverts et tenus par les assemblées populaires !

Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple !

Depuis Commercy, nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux.

Fort du succès de notre premier appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement, en janvier, ici à Commercy, avec des délégués de toute la France, pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun.

Nous vous proposons également, d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement.

Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation.

Ensemble, créons l’assemblée des assemblées, la Commune des communes. C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition.

Vive le pouvoir au Peuple, par le Peuple, et pour le Peuple !

Appel de la première « Assemblée des assemblées » des Gilets jaunes

Le 27 janvier 2019

Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.

Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre ! Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider ! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14…), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société ! Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy. Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

1 Il s’agit du cadre unitaire qui organise les actions de retraité.es depuis juin 2014 : CGT, FO, CFTC, CGC, UNSA, Solidaires, FSU, FGR-RP, UNRPA et LSR… Voir « L’intersyndicale des retraité.es », Les utopiques n°5, Gérard Gourguechon, Patrice Perret, Jean Piot, juin 2017.

Théo Roumier

Militant de SUD Éducation et co-animateur de l'Union interprofessionnelle Solidaires Loiret
Théo Roumier

Christian Mahieux

Christian Mahieux, cheminot à la Gare de Lyon de 1976 à 2003, a été notamment secrétaire de la fédération SUD-Rail de 1999 à 2009, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires de 2008 à 2014. Il est aujourd’hui membre de SUD-Rail et de l’Union interprofessionnelle Solidaires Val-de-Marne.
Christian Mahieux

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