Un syndicat lycéen à Solidaires, retour sur une expérience originale

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Depuis 2005, sous différents noms, existent des syndicats de lycéens et lycéennes affiliés à des Solidaires locaux. Cette forme d’organisation, relativement récente, rencontre bien sûr des écueils inhérents à la condition lycéenne. Retour sur quinze ans d’expérimentation.

SUD Lycéens à Rennes, en 2016. [DR]

Automne 2004. Le gouvernement Raffarin lance sa réforme de l’éducation. Ce qui deviendra la loi Fillon, du nom de celui qui n’est pas encore justiciable mais alors ministre de l’éducation, touche au baccalauréat en tentant, déjà, d’y introduire le contrôle continu dans un contexte de restrictions budgétaires. Très vite, les premières manifestations d’enseignant∙es et de lycéen∙nes ont lieu. En février, le mouvement lycéen prend de l’ampleur : 100 000 lycéen∙nes défilent en France le 10 février, puis 150 000 cinq jours plus tard. Le 8 mars ce chiffre culmine à 200 000 selon les syndicats ; la police en compte 165 000 pour sa part.

Faiblement implantées, les organisations lycéennes historiques (UNL et FIDL[1]) proches du Parti socialiste sont rapidement dépassées. Des Comités d’action lycéen (CAL[2]) se mettent en place, une coordination nationale lycéenne se réunit, les assemblées générales et les coordinations prennent la tête du mouvement. S’il semble que de premières expériences de « SUD lycées » aient pu préexister, c’est durant ce mouvement et dans les mois qui suivent que se créent les premiers SUD lycéens dont on garde trace, par exemple à Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor, à Grenoble en Isère ou à Orléans dans le Loiret. Il est à noter que ces syndicats prennent tout de suite contact avec les Solidaires locaux des départements concernés dans une réelle démarche de lien interprofessionnel qui dépasse le simple attrait exercé par l’accès au duplicopieur.

LE SYNDICALISME LYCÉEN, UNE HISTOIRE RÉCENTE

Le syndicalisme lycéen reste relativement récent. Encore non reconnu officiellement et composé d’associations 1901 ou d’associations de fait, il apparaît à la fin des années 80. Alors que les CAL et les coordinations restaient, depuis 1968, la forme privilégiée d’organisation, un premier syndicat lycéen se créé à la suite du mouvement de 1986 contre la loi Devaquet : la FIDL. Le mouvement contre le CIP de 1994 verra ensuite la naissance de l’UNL. Ces structures font le pari de la pérennisation d’un appareil pour organiser un groupe dont la rotation est par nature forte : trois ans quand tout se passe bien (quatre ans jusqu’en 2009 dans les lycées professionnels). Les parcours militants dans le syndicalisme lycéen sont d’autant plus courts qu’il est rare de s’y engager dès la seconde et que beaucoup lèvent le pied à l’approche du baccalauréat. Si l’on y ajoute le fort lien avec les mouvements sociaux (UNL, FIDL et SUD se créent tous à l’occasion d’un mouvement social d’ampleur) et le faible nombre d’adhérent∙es, on perçoit combien la pérennisation du syndicat s’avère compliquée.

L’UNL et la FIDL, adossées à des structures « adultes » et bénéficiant de financements publics, tentent de contourner le problème par le recours à des permanent∙es salarié∙es et la continuité de certains mandats comme la présidence jusqu’à un an après la fin du lycée. La FIDL s’est notamment distinguée par le volontarisme de permanents adultes à maintenir un syndicat lycéen pourtant dépourvu d’adhérent∙es scolarisé∙es en lycée.

Solidaires Lycén-ne-s, région parisienne, en 2020

LA ROTATION DES MANDATS S’IMPOSE D’ELLE-MÊME

Ces difficultés sont bien évidemment les mêmes pour SUD lycéen qui ne bénéficie bien sûr d’aucun salarié∙e. Cependant, une première rencontre nationale a lieu en novembre 2006 et pose les bases d’une structuration nationale : un site internet, un forum et une liste mail d’échange sont créés comme outils de lien d’une fédération, qui reste alors à l’état de simple réseau. Les groupes locaux échangent entre eux (par mail ou sur…MSN Messenger!) et les expressions fédérales restent rares. Alors que de nouveaux syndicats se créent, une nouvelle rencontre est organisée en février 2008, avançant vers une structuration nationale de SUD lycéen et ouvrant la voie vers une adhésion à l’Union syndicale Solidaires.

Cette même année, un important mouvement lycéen conteste les 80 000 suppressions de postes imposées par le gouvernement Fillon (encore lui!). Dans une période d’enchainements rapides des mouvements sociaux de la jeunesse scolarisée (loi Fillon en 2005, CPE en 2006, loi LRU fin 2007…), le nombre de structures SUD Lycéen départementales est à son plus haut. Un nouveau congrès national est organisé dès 2008. Cependant, ces syndicats échoueront à passer le cap du renouvellement et ils disparaitront tous progressivement jusqu’à la réapparition de structures à Rennes, Montpellier ou en Île-de-France ces dernières années. Cette persistance de SUD lycées, SUD Lycéen ou Solidaires lycéen-ne-s selon les noms choisis démontre l’attrait persistant d’une frange des lycéens et lycéennes pour le syndicalisme de lutte incarné par l’Union syndicale Solidaires. Sans doute que cela mérite que l’on soit attentifs et attentives aux sollicitations qui peuvent parvenir sur le sujet pour tenter d’épauler le lancement de telles initiatives dans le respect de l’autonomie des lycéens et lycéennes.


[1] Union nationale lycéenne et Fédération indépendante et démocratique lycéenne. (retour au texte)
[2] Sur les CAL, voir « Les lycéens des années 68 », Robi Morder, Les utopiques n°6, Editions Syllepse, novembre 2017. (retour au texte)

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Aurélien Boudon

Aurélien Boudon est enseignant en Seine-Saint-Denis. Ancien de SUD Lycée, il est militant de Sud éducation 93.