Vu d’un syndicat du personnel pénitentiaire

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En prison, il y a aussi le personnel pénitentiaire. C’est ce que nous rappelle le syndicat Solidaires-Justice.

Stéphane Bouchet est co-secrétaire du syndicat national Solidaires-Justice[1].

[1] solidaires-justice.fr


L’amélioration des conditions de travail du personnel et de détention des personnes détenues sont liées. Notre champ de syndicalisation concerne l’ensemble des agents du ministère de la Justice, c’est à dire notamment la direction de l’Administration pénitentiaire et les agents qui y exercent leurs missions dont les surveillants qui sont en première ligne. L’administration pénitentiaire est un milieu encore plus hiérarchisé qu’ailleurs, où les salaires sont très faibles au regard des métiers et les difficultés d’embauches nombreuses.

Au sein de Solidaires-Justice, nous avons régulièrement des débats et notre positionnement est très clair par rapport au milieu fermé, tant pour le personnel que pour les personnes placées sous-main de justice. Il est clair que le syndicalisme, dans notre secteur d’activité, comporte des spécificités du fait des métiers et de la mission qui nous est confiée. La mobilisation initiée par Solidaires-Justice en 2014 au Centre pénitentiaire du Pontet est un très bon exemple pour illustrer le combat que nous menons, au quotidien, dans les lieux d’enfermement, en marchant « sur nos deux jambes », et qui reste toujours d’actualité. En ayant mobilisé plus d’une cinquantaine d’agents devant la prison du Pontet, nous avions dénoncé à la fois les conditions de travail des surveillants, mais aussi les conditions de détention et de vie des détenus. Avec plus de 900 détenus à l’époque pour 600 place et un taux d’occupation de 144%, l’Administration pénitentiaire continuait d’incarcérer sur place, en entassant dans une cellule de 9 mètres carrés plusieurs détenus. Cette situation qui conduit à l’exacerbation des tensions et de la souffrance des détenus ne date pas d’hier, et les gouvernements successifs ont continué cette même politique.

Recruter davantage de surveillants passera aussi par une meilleure reconnaissance, à la fois salariale, de qualification et de leur mission de service public. Les arrêts maladie sont fréquents dans notre profession, tout comme le nombre d’heures supplémentaires, alors que Solidaires-Justice défend un partage du temps de travail comme dans le reste du monde du travail.

Mais pour nous, l’enfermement est une question centrale dans la société que nous souhaitons construire ; passer par la case prison sans travailler à la réinsertion est un échec. Il est donc urgent de se pencher sur les lieux d’enfermement pour ceux et celles qui y travaillent pour qu’ils/elles puissent réaliser au mieux leur mission de service public. Ainsi, la suppression ou révision du statut spécial concernant le personnel exerçant en établissement pénitentiaire (ordonnance du 6 août 1958) est une première étape, notamment pour avoir un réel droit de grève dans nos professions. Comme nous le rappelons régulièrement, notre combat ne doit pas se limiter à une défense – essentielle mais pas unique – des agents, au risque de sombrer dans un syndicalisme corporatiste sans vue globale. Ainsi, nous nous battons pour la baisse du nombre de détenus et du nombre de places en détention, l’augmentation du personnel de surveillance mais aussi d’insertion et de probation, ou bien encore la réorientation de la politique pénale vers moins d’incarcération pour plus d’insertion et moins de probation. Ces combats syndicaux nous les portons non sans difficultés mais avec dynamisme dans notre secteur, convaincus qu’ils trouvent du sens dans une vision interprofessionnelle au sein de l’Union syndicale Solidaires.

Stéphane Bouchet


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