Trump, Musk et Vance : une nouvelle phase du capitalisme ?
Ce texte est un extrait d’un document de 32 pages, réalisé avec l’apport des échanges menés avec le Bureau national de Solidaires Finances publiques et le Conseil d’administration de l’UNIRS et les compléments apportés par des camarades du C.A. de l’UNIRS.
Gérard Gourguechon, ex-secrétaire général du Syndicat national unifié des impôts (SNUI, aujourd’hui Solidaires Finances publiques), a été porte-parole de l’Union syndicale Solidaires jusqu’à son départ en retraite, en 2001. Il est co-secrétaire de l’Union nationale interprofessionnelle des retraité∙es Solidaires (UNIRS).
![La couverture de Politique hebdo n°60, 4 janvier 1973. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/guerre-a-imperialisme-802x1024.webp)
Comment on en arrive là
Il faut certainement essayer de prendre du recul pour comprendre comment 30% de la population des États-Unis a pu voter Trump et permettre l’accession au pouvoir d’un tel gouvernement, et comment, en amont, un tel gouvernement a pu se constituer à partir du parti Républicain, l’un des deux « partis de gouvernement » depuis plus d’un siècle. C’est probablement le résultat de plein de batailles culturelles et idéologiques perdues, perdues peut-être même car elles n’ont pas été menées. C’est la marque de reculs successifs des solidarités et des outils mis en place par les sociétés démocratiques pour essayer de « vivre ensemble », et, parallèlement, d’avancées progressives du capitalisme et des possédants voulant sans cesse accroître leurs pouvoirs et leur domination.
Là où on en arrive, c’est à la domination illimitée de la finance. Désormais, aux USA, la finance n’a plus besoin d’être un groupe de pression, d’être le groupe de pression déterminant et dominateur sur l’appareil d’État et sur l’ensemble de la société. La finance est en train d’absorber l’appareil d’État et c’est elle qui fait société. Mais peut-être y contribuons-nous nous-mêmes en parlant de « la finance » comme d’une abstraction, ce qui finit par être compris comme un genre de phénomène naturel. Sans doute, faut-il faire attention à mieux incarner cette « finance », à travers quelques noms (Musk, Arnaud, etc.) mais pas seulement : « les capitalistes nous coûtent cher », plus que jamais, il faut mettre en avant, pas seulement le slogan mais tout ce qui permet de le démontrer, tout ce que notre classe sociale sait et perçoit du fait de ce qu’elle vit mais que les capitalistes tentent de travestir pour nous amadouer.
![Le bulletin n°42 d’avril-mai 1984, du bulletin du Centre rennais d’information pour le développement et la libération des peuples (CRIDEV). [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/la-nouvelle-division-internationale-du-travail-740x1024.webp)
Cette domination a été possible, essentiellement, par la libération de la circulation des capitaux sur la planète entière, libération sans limites et sans contrôles, et avec l’existence de multiples abris, ports francs, havres de tranquillité pour les capitaux anonymisés et exonérés de taxes, de cotisations, de juges, de tribunaux, etc. disséminés tour autour du monde comme autant de paradis fiscaux, judicaires, bancaires, sociaux, environnementaux et réglementaires. Ceci a prospéré sous le label blanchissant « concurrence libre et non faussée » porté par les experts en communication auprès du grand public. Les économistes nous ont dit qu’il fallait « laisser faire les lois du marché ». Et la vie nous a montré que, tout simplement, nous allions voir les « gros qui bouffent les petits ». Il faut que rien ne vienne entraver la possibilité d’extraire plus, de produire plus, de vendre plus, de profiter plus. Il ne faut pas de fiscalité qui viendrait dissuader de gagner plus, de gagner plus qu’avant et de gagner plus que les autres. Il faut donc tendre vers aucune fiscalité sur les revenus ou, au pire, seulement une fiscalité faible et proportionnelle (en français, la flat tax de Macron, par exemple). Il faut abandonner toute réglementation environnementale qui viendrait porter atteinte à la liberté d’entreprendre. Avec ce « cadre juridique », les affaires sont les affaires, le business domine le monde. Le monde devient un business. Nous avons vu, partout, dans tous les pays, dans tous les secteurs, les gros et les plus novateurs qui absorbent la concurrence, qui achètent, qui rachètent. Les plus gros et les plus novateurs, ce sont souvent les mêmes, car les plus gros ont souvent de très gros budgets « recherche et développement » et ont toujours les moyens de racheter les nouveaux brevets ou d’absorber les start-ups novatrices. Et les entreprises les plus importantes, celles qui dominent un marché, continuent de croître, car il n’y a aucune réglementation qui pourrait s’y opposer dès lors que tout a été fait pour permettre et faciliter cette croissance possiblement illimitée. Ces énormes multinationales deviennent un État dans l’État. Puis elles sont l’État. Et c’est normal que ce phénomène se passe aux États-Unis, qui sont là où est le moteur du capitalisme mondial depuis le début du XXe siècle avec l’arrivée des premiers trusts disposant de moyens financiers énormes (pétrole, sidérurgie, banques, chemins de fer, automobiles, etc.).
Le dépassement des lois antitrust. Les pouvoirs des trusts ont été un peu limités par les lois « antitrust » et diverses mesures prises par Roosevelt lors du New Deal. On se souvient que la crise mondiale de 1929/1930 a son origine dans le krach boursier du 24 octobre 1929 à Wall Street (le « jeudi noir »). C’est dire que, déjà, ce qui se passait aux Etats-Unis se répercutait sur toute la planète. Franklin Roosevelt se fait élire en 1932 alors que le pays était dirigé par le parti Républicain depuis 1921. Le président Républicain Hoover, de 1929 à 1933, s’est révélé incapable de sortir le pays de la crise. Dès les premiers jours de son arrivée en 1933, le démocrate Roosevelt a commencé à prendre des mesures annoncées dans son programme électoral, le New Deal (ou « Nouvel accord », « Nouvelle donne », « Nouveau contrat social » en français), notamment un contrôle des banques pour que les déposants aient de nouveau confiance dans le système bancaire. L’ensemble des mesures qui vont être prises vont sortir le pays de la Grande Dépression. Ceci va redynamiser le capitalisme américain qui va connaître une nouvelle croissance avec la Seconde guerre mondiale à l’issue de laquelle les États-Unis vont asseoir leur domination idéologique, culturelle, financière, économique, monétaire et militaire sur une grande partie de la planète. Progressivement, de nouveaux secteurs vont être dominés par des entreprises mondiales dont le cœur était aux États-Unis. En décembre 1972, Salvador Allende, à la tribune des Nations-Unies, montrait que des multinationales étaient devenues plus fortes que des États. Il pensait notamment à ITT (International Telephon and Telegraph) qui fut un moteur du coup d’État de Pinochet le 11 septembre 1973 au Chili. Avec la Guerre Froide, le monde se retrouve, pour l’essentiel, divisé en deux et les États-Unis vont devenir l’impérialisme dominant militairement, économiquement et politiquement. L’ensemble du continent américain se retrouve sous sa domination et il y contrôle pratiquement tous les gouvernements, souvent des régimes autoritaires, voire dictatoriaux. Avec l’OTAN, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, traité signé en avril 1949 et complété fin 1950 par une organisation militaire intégrée et permanente, les États-Unis ont des bases militaires sur une grande partie de l’hémisphère nord de la planète. Ce sont eux qui décident de nombreux conflits et qui gèrent, directement ou en sous-main, de nombreux pays sur les cinq continents. L’URSS faisant de même dans son champ d’intervention. La vassalisation se fait par la domination du dollar, par l’image offerte des États-Unis, pays de tous les possibles, de tous les rêves, par la domination culturelle d’Hollywood, par le Coca-Cola dont on trouve les publicités dans les lodges des cols de l’Himalaya ou les buvettes des petits ports du Groenland, et aussi par l’imposition de régimes autoritaires ou de dictatures quand le soft power ne suffit pas. Les États-Unis qui représentent le « monde libre », voire le « monde qui libère », c’est peut-être une vision de l’Europe occidentale, mais ce n’est pas, par exemple, la vision des peuples d’Amérique du sud. L’impérialisme de l’État américain est un outil pour la domination des multinationales basées aux États-Unis. Les deux impérialismes, celui de l’État US et celui de la finance US, se nourrissent mutuellement.
La libéralisation de la finance avec Reagan. Une progression décisive va être réalisée pour les idées conservatrices et réactionnaires avec la présidence de Ronald Reagan, de 1981 à 1989. Il se met au service des idéologues de la Société du Mont Pèlerin (Hayek et Friedman notamment) qui voulaient « libérer les entreprises » et donner les pouvoirs aux chefs d’entreprises et aux détenteurs des capitaux. Pour eux, ceci impliquait la libération des capitaux. Tout ceci a été vendu aux opinions publiques comme une étape vers plus de liberté. Souvent, dans ses discours, Reagan répétait que « l’État n’est pas la solution, c’est le problème ». Bien sûr il parlait en tant que « chef de l’État » ! Il faut donc moins de bureaucratie, et ce sera la suppression d’emplois publics, la disparition de missions de services publics, éventuellement la reprise par le secteur privé des parties « rentables » de ces missions. Il faut moins de paperasserie, et ce sera la disparition progressive des régulations et des contrôles destinés à protéger la sécurité et la santé de la population, la régularité des activités économiques, financières, bancaires, etc. En réalité, toutes les réglementations et les lois qui venaient contrecarrer la « liberté d’entreprendre » et réduire un peu les marges et les profits, tout ceci était banni. Ce fut une étape décisive dans la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Ces reculs des contrôles vont accroître l’importance des fraudes, des corruptions, des conflits d’intérêts. De temps en temps, des scandales vont pouvoir tout de même éclater au grand jour, avec les marchés publics truqués, les conflits d’intérêts et les « dégâts collatéraux » (services publics défectueux conduisant à des drames humains, à des catastrophes, etc.). Cette évolution ne se constatera pas seulement aux États-Unis mais, progressivement, dans la plupart des pays du monde.
![Dessin paru dans le bulletin du CRIDEV n°42. NPI : Nouveaux pays industrialisés, selon l’appellation de l’époque ; essentiellement des pays d’Asie et d’Amérique du Sud. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/stabilite-politique.webp)
De plus en plus souvent, les « gagnants » seront aussi les moins vertueux, et ceci conduira à un rapprochement entre les oligarchies au pouvoir, la finance, quelle que soit son origine, et les trafics et les mafias détentrices de masses financières (« argent sale ») énormes qui vont se mêler aux profits gigantesques gagnés « légalement » (du fait de législations nationales et d’accords internationaux sur mesure). Moins de pouvoir aux États et plus de pouvoir aux marchés, c’est aussi moins de démocratie, moins de prise en considération des votes des personnes (un homme, une femme, une voix) et la prééminence du droit de propriété et des « lois du marché » (une action, une voix). Nous avons vu cette prééminence s’installer partout avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et le sacre de la loi d’airain de « la concurrence libre et non faussée ». Le droit de propriété est le droit suprême dans la « hiérarchie des valeurs » de ce nouveau monde.
Les règles du financement des partis politiques. Aux États-Unis, la confusion entre le pouvoir économique et le pouvoir politique est consacrée par plusieurs dispositions et pratiques qui installent le pouvoir financier au cœur du monde politique. Les règles du financement des partis politiques autorisent désormais les financeurs privés à verser des sommes énormes pour aider leurs favoris à parvenir aux rênes du pouvoir, bien entendu en sachant qu’il y aura un « retour sur investissement ». Les États-Unis ont pourtant été un des premiers pays à penser à mettre en place une législation en faveur du financement public des campagnes électorales. Une loi Tillman de 1907 stipule que les élections doivent faire l’objet d’un financement public. La loi interdit aux entreprises toute contribution directe aux élections. Et deux réglementations, en 1910 et en 1925, ont également fixé des montants maximaux de recettes et de dépenses par candidat. Malgré cette législation, de fait, les financeurs privés vont toujours avoir un poids important dans le financement des campagnes électorales. Le coût des campagnes électorales ne cesse d’augmenter (140 millions de dollars en 1952, 425 millions en 1972), du fait du coût des sondages, de rédacteurs de discours, de publicitaires, de temps d’antenne achetés aux radios et aux télévisions, etc. C’est ainsi qu’éclate, de 1972 à 1974, l’affaire du Watergate qui va notamment révéler l’existence de pratiques illégales quant au financement de la campagne électorale de Richard Nixon. Ont notamment contribué illégalement au Comité pour la réélection de Nixon plusieurs très grandes entreprises comme American Airline, Gulf Oil, Goodyear, etc. Il devient nécessaire, pour calmer l’opinion publique, de mettre fin à ces dérives par un renforcement des règles en matière de financement électoral. Des textes adoptés en 1971 sont complétés et améliorés en 1974, 1976 et 1979 : les contributions financières sont plafonnées, elles doivent être déclarées, le financement sur fonds publics est restauré et une commission de contrôle est mise en place. En 1974, la Federal Election Commission (FEC) est créée. Les candidats doivent désormais présenter le montant de leurs dépenses, maintenant plafonnées, ainsi que les différentes sources de revenus pour financer ces dépenses. L’idée d’un financement public semble admise, mais la question d’un plafond de dépenses fait débat. En 1976, un arrêt de la Cour suprême, au nom de la liberté d’expression, déclare anticonstitutionnel le plafond de dépenses imposé par la loi. Le débat se poursuit dans le pays et, finalement, la Cour suprême maintiendra les plafonds. Pendant quelques décennies, tous les candidats aux présidentielles ont accepté les fonds publics pour financer leur campagne et restaient donc soumis aux plafonds. Mais, en 2008, Barack Obama décide de financer sa campagne via des fonds privés ; il contourne ainsi le fardeau du plafond tout en mobilisant beaucoup plus de fonds privés. En 2010, un nouvel arrêt de la Cour suprême fait de nouveau entrer les entreprises dans la vie politique en les assimilant à des personnes morales. Ceci leur permettra de faire des dons aux candidats d’un montant illimité ! Ceci entraîne forcément des conséquences sur le fonctionnement démocratique des États-Unis. C’est ce que nous montre Julia Cagé dans son ouvrage « Le prix de la démocratie » (Fayard, 2018). Elle constate que plus l’argent entre dans les élections, plus le résultat en est influencé, plus on finance un candidat, plus on a de chances de le voir élu. Le jeu démocratique est donc biaisé puisque les intérêts des gros financeurs de la campagne vont orienter les débats. Julia Cagé a pu observer que, depuis 2004, c’est le candidat qui a dépensé la plus grande part de ses dépenses électorales dans les réseaux sociaux qui a toujours gagné les élections. Aux États-Unis, pour la campagne de 2016, 0,01% des Américains ont financé à eux seuls 40% de la campagne dans son ensemble, ce sont les « méga-donateurs ». Ce mode de financement a largement été utilisé par Hillary Clinton cependant que Donald Trump pouvait financer personnellement sa campagne à hauteur de 20%. Dans ces conditions, se pose la question de savoir comment rendre possible une campagne présidentielle tournée vers l’intérêt public. Le ratio « un citoyen = une voix » n’est plus respectée et la démocratie s’éloigne au profit de la ploutocratie. Plus largement, les responsables politiques de tous bords vont avoir tendance à se focaliser sur les intérêts des plus favorisés pour attirer leurs « méga-dons ». Ils vont laisser tomber les préoccupations des plus pauvres. Ceci conduit, de fait, à une non-représentativité politique de la majorité des citoyens. Cette évolution est très nette aux États-Unis, mais elle est en cours dans d’autres pays. En France, même si le système de financement des partis politiques permet d’éviter jusqu’à présent de tels excès, le seul examen de la situation financière et patrimoniale des ministres de tous les gouvernements depuis 2017 et l’élection de Macron à la présidence de la République nous montre largement que ce n’est pas la classe ouvrière qui est au pouvoir !
![« L’Europe au-delà des blocs », au sommaire du n°22-23, en 1985, du bulletin de liaison du CEDETIM, alors nommé Centre d’études anti-impérialiste. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/europe-au-dela-des-blocs-712x1024.webp)
Il y a ensuite des conséquences sur les choix politiques qui vont être retenus par les candidats ainsi élus : il existe un lien direct entre les dons de campagne et l’orientation de la dépense publique américaine. Certaines études montrent même que des mécanismes financiers peuvent permettre aux dirigeants politiques américains d’interférer dans la passation des marchés fédéraux en faveur des donateurs importants. Très clairement, une entreprise américaine augmente ses chances d’obtenir plus de contrats fédéraux en faisant un don important à un parti politique, et plus particulièrement à la majorité au pouvoir. Tout ceci peut se faire par différents moyens : candidature unique à l’appel d’offres, absence de publication officielle, type de procédure non concurrentielle, négociation directe avec un fournisseur, modification du contrat, fournisseur enregistré dans un paradis fiscal, etc. Les donations augmentent le risque de favoritisme, ce qui n’est pas une grande découverte, mais ce qui montre encore combien la démocratie recule face à l’argent et comment on passe progressivement à une ploutocratie.
Le système de financement de la politique américaine est donc devenu de plus en plus marchand. Cette course aux finances désormais illimitées se fait au détriment de la qualité du débat démocratique. Les règles du jeu sont limpides : le candidat qui mobilise le plus de fonds est celui qui sera le plus vu et qui aura le plus de chance d’être élu. Ensuite, par l’usage du favoritisme, il pourra rétribuer les dons de campagne. Cette confusion entre intérêts financiers et élections politiques porte directement atteinte à la démocratie, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif étant, de fait, achetés par les plus riches.
Les pouvoirs des fondations. Le « non-profit sector » est une caractéristique du système politique et économique des États-Unis. Ce « tiers secteur » a produit notamment les plus grands musées, les hôpitaux les plus performants, les universités les plus prestigieuses. Tout ceci est financé par la philanthropie et le mécénat. Les fondations couvrent tous les pans de la vie publique, de l’environnement à l’éducation, en passant par la santé, les arts et la culture, l’action humanitaire, l’aide sociale, etc. Plus d’un million d’organisations à vocation d’utilité publique opèrent, en 2025, aux États-Unis. Cette vocation « d’utilité publique » est sanctionnée par un statut d’exemption fiscale favorable, connu sous l’appellation de « 501 (c) (3) », par référence à l’article du Code des Impôts qui définit leurs droits.
Le statut d’exemption fiscale est très favorable. Non seulement les organisations qui en bénéficient échappent à l’impôt indirect pour leurs opérations, mais les dons et legs qui leur sont faits ouvrent droit à des avantages fiscaux fortement incitatifs. Ainsi, les particuliers peuvent déduire les dons monétaires aux « public charities » à hauteur de 50% de leur revenu imposable et les dons aux fondations privées à hauteur de 30% de leur revenu imposable. Les entreprises sont autorisées à déduire jusqu’à 10% de leur résultat avant impôt. Quant aux donations en nature (œuvres d’art notamment), elles sont admises en déduction du revenu, avec des plafonds plus réduits, mais à leur valeur de marché et en exonération de l’impôt sur les plus-values. Les legs échappent, quand ils bénéficient à une organisation charitable, à la lourde imposition sur les successions. Ces dispositions visent la fiscalité fédérale, mais la quasi-totalité des États fédérés a mis en place des régimes spécifiques qui tendent à s’aligner sur ces mêmes exemptions.
![L’impérialisme, un sujet syndical. La couverture du n°1158 de novembre 1967 de CFDT Magazine. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/amerique-latine-chasse-gardee-usa-725x1024.webp)
Tout ceci a conduit à une intégration du don dans la gestion des patrimoines. Les notaires, les avocats d’affaires, les gestionnaires de fortunes tiennent compte de cette législation pour conseiller leurs riches clients. Tout un arsenal d’instruments financiers a été mis au point pour « optimiser » ces dispositions fiscales (polices d’assurance-vie bénéficiant à des « charities », donations différées d’actifs avec un élément de rente viagère, etc.).
C’est donc une culture différente de ce qui domine en France où, très majoritairement, la population estime qu’il appartient à la puissance publique d’assurer certaines missions d’intérêt général. Aux États-Unis, le système fiscal est allégé, particulièrement pour les très grandes entreprises. Il y a même un État fédéré, le Delaware, qui est un paradis fiscal au cœur des États-Unis. Environ 50% des entreprises états-uniennes cotées en bourse à New York ont leur siège au Delaware. Les banques du Delaware travaillent beaucoup avec les paradis fiscaux des Caraïbes (Bahamas, Îles Caïmans, Îles Vierges, Panama, etc.). Les philanthropes sont donc des personnes très riches, qui n’ont pas payé beaucoup de taxes, et qui, via leurs fondations, vont disposer de moyens d’actions importants sur l’environnement économique, social, sanitaire, culturel, éducatif, écologique, etc. De nombreuses missions qui sont d’intérêt général sont, de fait, gérées par des riches particuliers, selon leur bon vouloir. Tout ceci, bien entendu, échappe au débat démocratique. De fait, ce sont celles et ceux qui disposent d’énormes moyens financiers qui vont pouvoir être de riches philanthropes et qui vont pouvoir offrir ou pas des services et des prestations à l’autre partie de la population « car tel est leur bon plaisir ». C’est un des aspects de l’impact de la finance dans la société aux États-Unis.
L’extrême-droitisation progressive. C’est au cours du mandat de Reagan qu’est fondée en 1982 la Federalist Society for Law and Public Policy Studies qui se fixe pour objectif de réaliser une interprétation rigoriste et réactionnaire de la Constitution des États-Unis. En mars 2025, sur les 9 membres de la Cour Suprême, 6 sont membres de cette organisation, par ailleurs financée par de riches donateurs. C’est un travail de longue haleine qui permet en 2025 de réduire la démocratie en réduisant la séparation des pouvoirs. Plus récemment, le parti Républicain a connu une phase d’extrême-droitisation sous l’impulsion de Newt Gingrich, un idéologue catholique intégriste qui a pesé dès les années 1990, et encore entre 2000 et 2010, en prônant la diminution des dépenses fédérales et des dépenses de recherche et de développement. Très climatosceptique, il a largement participé à la « révolution républicaine » que Trump a pu tout à la fois accompagner et piloter.
La bataille culturelle de cette droite extrême a aussi été gagnée grâce à l’apport de Fox News, chaîne de télévision cablée créée en 1996 par le magnat des médias Rupert Murdoch ciblant un public conservateur. Ce sera le début d’un fort développement de la manipulation des opinions publiques et d’un recours systématique aux propos mensongers et aux fausses informations. Une autre impulsion extrême-droitière a été donnée par les membres du Tea Party (Taxed Enough Already – Déjà assez imposés), souvent libertariens, qui s’organisent au début de la présidence Obama, après la crise financière de 2008. Ils manifestent contre l’accroissement des dépenses gouvernementales liées au soutien donné par l’administration Obama au système financier responsable de la crise et aux dépenses résultant de la fondation d’une protection sociale au niveau fédéral. Le Tea Party, sous l’impulsion notamment de Sarah Palin (elle aussi membre du parti Républicain), soutient Donald Trump dès sa campagne électorale de 2016.
![Février 1991, au moment de la guerre du Golfe, un appel de syndicalistes « pour une paix juste et durable au Moyen-Orient ». Parmi les premiers signataires, quelques ex-responsables confédéraux CGT, beaucoup d’animateurs et animatrices de la « gauche CFDT » (Cheminots, Transports et Equipement, Val-de-Marne, Basse-Normandie, Collectivités territoriales, HACUITEX…), mais aussi du SNPIT (futur SUD Aérien), ou encore Daniel Gentot du Syndicat national des journalistes (SNJ), Gérard Gourguechon du Syndicat national unifié des impôts), Annick Coupé de SUD PTT… [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/pour-une-paix-juste-et-durable.webp)
Cette extrême-droitisation a connu une accélération récente par l’intervention de plusieurs idéologues, souvent diplômés d’universités prestigieuses, qui entourent directement Trump ou sont très proches de son premier cercle. Les analystes du « cas Trump » citent notamment Curtis Yarvin. Ce philosophe blogueur se définit comme néo-réactionnaire et il prône une idéologie politique qu’il désigne « Les Lumières obscures ». Il estime que la démocratie américaine a fait son temps et montré ses impasses. Il faut la remplacer par un système autocratique, voire impérialiste, inspiré d’une start-up technologique de la Silicon Valley. Il a des liens avec des milliardaires libertariens et d’autres idéologues d’extrême-droite (Peter Thiel, J.D. Vance, etc.). Il a joué un rôle important dans le rapprochement entre les néo-réactionnaires et les nationaux populistes comme Trump et nombre de ses partisans. Nous voyons que l’arrivée de Trump et des autres, ce n’est pas un tsunami qui n’aurait été précédé d’aucune alerte. Plein de reculs ont permis, facilité, accéléré, cette ascension fulgurante des extrêmes-droites. Et nous sommes face à un programme qui a été pensé par une armée d’idéologues, de chercheurs et de milliardaires.
En France aussi. Et nous constatons aussi que ces glissements progressifs se produisent sous nos yeux depuis pas mal d’années dans nombre de pays, dont en France. Milei en Argentine et Musk aux Etats-Unis y vont « à la tronçonneuse ». En France, Claude Allègre voulait « dégraisser le mammouth », Fillon annonçait des suppressions de centaines de milliers d’emplois dans la Fonction Publique, Valérie Pécresse voulait y aller « à la hache ». Et, en 2024/2025, les « décideurs » attaquent allègrement les agences sanitaires et environnementales comme l’Anses ou l’Office français de la biodiversité. Pour complaire aux productivistes, sous prétexte de statu quo en matière d’emplois et au niveau des productions, il faut alléger les bureaucraties et les paperasseries, c’est-à-dire, supprimer des emplois publics, supprimer les contrôles des entreprises en matière fiscale, sanitaire, sociale, environnementale, il faut leur faire confiance, et il faut supprimer les normes qui protègent la sécurité et la santé des gens. En France aussi, les riches et les très riches ont la main sur les « partis de gouvernement » : si des partis veulent un jour gouverner, il vaut mieux être en bons termes avec les possédants. Il est bien passé le temps de De Gaulle, celui où « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille », quand il voulait dénoncer l’influence, voire l’ingérence, du milieu financier dans la politique de l’État (toutefois, sans prendre de mesures pour la contrarier). Désormais, au maximum, il est dit, comme Hollande en 2012, « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », mais ça ne reste que des mots : soit c’est un mensonge quand ils sont prononcés, soit la finance a le pouvoir de rappeler aux gouvernants par ses pressions multiples (notation par les agences de notation, fuite des capitaux et des « investisseurs », perturbations sur les marchés financiers, délocalisations, développement du chômage, etc.) qu’il faut compter avec elle. C’est ce qui s’est passé en 1982, quand le gouvernement PS/PC Mitterrand – Mauroy – Delors a reculé devant la finance représentée par la Deutsche Bundesbank et a opéré le « tournant de la rigueur », tournant dans lequel est toujours la France depuis plus de 40 ans. Aux États-Unis, une étape est franchie : les très riches n’ont plus besoin d’intermédiaires à leur service pour faire des lois qui perpétuent leurs avantages et privilèges, ils s’installent directement dans les lieux du pouvoir politique. En France, déjà, Bernard Arnault, le premier milliardaire « français », félicite Trump et déclare que tout ce qui se passe aux États-Unis est très intéressant en disant le 29 janvier 2025 : « il faudrait faire comme aux États-Unis ». « Nos » milliardaires sont partant pour la prochaine étape, celle qui s’ouvre aux Etats-Unis.
L’incapacité des gauches à faire vivre une alternative politique
Les gauches ont participé à « la libéralisation de la finance », donc à la nouvelle phase du capitalisme lui permettant de se renouveler Depuis très longtemps, nous savons qu’« ils » sont forts parce que « nous » sommes faibles. Sur le plan politique, « les gauches », que ce soit le « modèle communiste », la social-démocratie, voire l’écologie politique, se révèlent incapables de faire vivre une alternative politique au « libéralisme » économique et financier qui a été implanté sur l’ensemble de la planète. Cette implantation s’est faite avec la « libéralisation » progressive de la finance a qui a été attribuée une totale liberté de circulation sur l’ensemble de la planète. Avec un tel privilège, les détenteurs de capitaux ont un avantage énorme par rapport aux apporteurs de travail ; cela renforce l’inégalité du rapport capital/travail, capitalistes/travailleurs⸳es qui est la base même du capitalisme. Chaque travailleur, chaque travailleuse a sa langue, sa formation, sa qualification, sa profession, ses habitudes, sa famille, etc., plein d’éléments qui le rattachent à un endroit ou à quelques endroits de la planète. Mais quand la situation sociale amène à vouloir changer de pays (guerres, misère, oppressions, etc.), les États à l’origine de cette situation dans les pays qu’ils soumettent refusent que les populations migrent librement. Les capitaux peuvent, eux, circuler à travers la planète entière, désormais à la vitesse de la lumière ou presque, parfois sans laisser de traces par le recours à certains circuits financiers, aux comptes anonymes et aux territoires offshores. Les capitaux peuvent mettre les États en concurrence entre eux, choisir tel ou tel en fonction de sa législation. Et c’est ainsi que sont mises en concurrence les politiques fiscales, budgétaires, sanitaires, sociales, environnementales, etc., selon les seuls critères retenus par la finance et les financiers. C’est ainsi qu’ils règnent sur le monde.
C’est très net en France : depuis le « tournant de la rigueur » de juin/juillet 1982 qui a vu le gouvernement « socialo-communiste » se plier face aux injonctions de la Bundesbank d’Allemagne et de la finance déjà internationalisée et les directions syndicales suivre le plus souvent les glissements progressifs des reculs idéologiques, le « monde ouvrier » s’est progressivement retrouvé seul face à un environnement de plus en plus agressif. La libre circulation des capitaux a accentué l’avantage des détenteurs de capitaux sur les apporteurs de travail. Cette liberté accordée n’est pas tombée du ciel. Elle a été imaginée par les idéologues libéraux regroupés notamment autour de la Société du Mont Pèlerin (Friedrich Hayek, Milton Friedman), expérimentée au départ en Grande-Bretagne (Margaret Thatcher) et aux USA (Ronald Reagan), puis généralisée progressivement à toute la planète. Tous les partis politiques se sont soumis à cet avantage donné aux capitaux de pouvoir circuler librement sur l’ensemble de la planète. En France et au sein de l’Union européenne, c’est dans la fin des années 1980. C’est essentiellement au moment du gouvernement Mitterrand – Rocard – Bérégovoy que sont pris les choix politiques de s’inscrire dans un monde où la finance va dominer. C’est avec cette concurrence organisée entre les pays pour attirer les capitaux (qui vont permettre d’investir, de créer des emplois, etc.) que les attaques contre les salarié.es se développent dans tous les pays depuis quatre décennies. Certes, nous avons toujours en objectif possible le slogan qui, pour dater de 1848, n’en reste pas moins actuel : « prolétaires de tous les pays, unissez-vous », mais dont nous en voyons au quotidien les difficultés pour lui donner vie. Il apparait bien que, dans la plupart des pays, presque tous les partis politiques ont, plus ou moins, soit mis en place, soit accompagné cette domination progressive de la finance.
Les gauches n’ont ensuite plus de prises pour présenter et porter une politique alternative. La tempête étant désormais venue, ils sont fort dépourvus pour dire quelque chose. Aux États-Unis, depuis le 22 janvier 2025 et l’installation effective de Donald Trump à la Maison Blanche, il ne semble pas que les principaux leaders de ce qu’il reste du Parti Démocrate ne se soient exprimé, et ce malgré l’énormité des décisions prises par la nouvelle administration américaine. Effectivement, minoritaires dans les deux chambres, divisés et sonnés par leur défaite à la présidentielle, les démocrates peinent à trouver une voie pour contre-attaquer face à Donald Trump. Les propos cinglants du sénateur français Claude Malhuret contre l’administration Trump ont rendu encore plus criante la faiblesse des voix de l’opposition démocrate sur place. Au mieux, les démocrates utilisent les tribunaux pour contester les décrets de Trump. Certains démocrates prônent même une « retraite politique stratégique » et de « faire le mort » en attendant que le système Trump s’effondre de lui-même et que son impopularité le renverse. Depuis l’investiture de Trump, Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden, les trois derniers présidents démocrates toujours en vie, sont très silencieux et s’abstiennent de critiquer frontalement l’administration actuelle, alors qu’il y a cent raisons de critiquer les décisions prises par Trump quand on se dit progressiste. La candidate battue, Kamala Harris, est également d’une réserve extrême. Des sondages établissent que le parti démocrate est au plus bas depuis 35 ans, avec à peine 27% d’opinions favorables auprès de la population.
LE SOMMAIRE DES 32 PAGES
I – Un bouleversement mondial et un désarroi de chacune et de chacun.
1 – La soudaineté et la brutalité de ce bouleversement déstabilisent nombre d’États.
2 – Le renversement des alliances provoque de grands désarrois dans toutes les têtes.
II – Le syndicalisme doit débattre de cette nouvelle situation.
1 – Ceci va entraîner des conséquences sur notre environnement économique et budgétaire notamment.
2 – On va nous faire croire que cela percute nos revendications.
3 – Ceci interroge notre hiérarchie des valeurs.
4 – Mettre des mots sur les choses.
III – Donald Trump, ou la peur du déclassement.
1 – Les États-Unis spoliés par le reste du monde.
2 – Le retour affiché de l’impérialisme territorial américain.
IV – Un électorat Trumpiste majoritairement réactionnaire.
V – La liberté d’expression en exergue, en fait, la liberté des plus forts qui doit tout dominer.
VI – Des « libertariens » au pouvoir.
VII – La convergence des intérêts de la pétrochimie et des nouvelles technologies.
VIII – Un gouvernement contre les sciences.
IX – La loi du plus riche et du plus fort contre la démocratie et contre les démocraties.
1 – La prééminence du droit de propriété sur tous les autres droits dans les régimes capitalistes aboutit logiquement à la domination, in fine, des plus riches.
2 – Quand le plus riche devient le plus fort.
3 – Le pouvoir personnel met aussi en cause les systèmes démocratiques.
4 – La loi des plus forts contre les démocraties.
X – Comment on en arrive là.
1 – Là où on en arrive, c’est à la domination illimitée de la finance.
2- Le dépassement des lois antitrust.
3 – La libéralisation de la finance avec Reagan.
4 – Les règles du financement des partis politiques.
5 – Les pouvoirs des fondations.
6 – L’extrême-droitisation progressive.
7 – En France aussi.
XI – L’incapacité des gauches à faire vivre une alternative.
1 – Les gauches ont participé à la libéralisation de la finance.
2 – Les gauches n’ont ensuite plus de prises pour présenter et porter une politique alternative.
XII – Quels après possibles ?
1 – Aux États-Unis, une résistance contre Trump anesthésiée.
2 – Des lendemains imprévisibles où tout est possible.
XIII – Et nous là-dedans ?
1 – La lutte de classe continue.
2 – La Charte d’Amiens aussi.
Cette situation ressemble un peu à l’absence de réflexion de la gauche en France pour essayer d’expliquer ses échecs, ce qui aurait dû conduire à une critique et à une mise en cause, pour commencer, des « années Mitterrand ». Les uns et les autres se sentent « mouillés » et ont des difficultés pour faire un retour sur eux-mêmes, pour voir là où ils ont dévié. Ce serait remettre en cause ce qu’ils ont fait. Et ce serait les obliger à faire autrement la prochaine fois. C’est peut-être ce qui explique leur silence. L’alignement au service de la finance, l’abandon, de fait, de la défense de la classe ouvrière, le repli sur d’autres combats, certes également très importants (inégalités, femmes, minorités, écologie et environnement, laïcité et religions, etc.), a conduit à négliger les luttes contre l’exploitation capitaliste, contre l’aliénation et pour l’émancipation. C’est probablement là qu’il faut chercher l’incapacité dans laquelle se trouve cette génération qui a participé à ces reculs idéologiques à refaire surface. C’est peut-être aussi ce qui explique que Bernie Sanders soit l’un des seuls à encore s’exprimer et à encore être audible, car il peut dénoncer la politique de Trump tout en continuant de dire ce qu’il disait il y a quelques années dans ses critiques du système économique et financier en voulant combattre l’oligarchie, sans pour autant remettre en cause ni le capitalisme ni l’impérialisme américain. Logiquement, le parti démocrate est appelé à connaître de fortes tensions internes entre celles et ceux qui refusent d’affronter Trump sur les questions de fond et baissent les bras et celles et ceux qui veulent mener une confrontation politique et idéologique. Mais il semble qu’aucun courant ne prendra le risque d’une scission, dans un pays dont la politique est dominée par deux mouvements puissants et compte tenu du mode de scrutin (uninominal majoritaire à un tour au Congrès). Les modérés pensent qu’il ne faut pas être dans l’opposition permanente, au risque de s’aliéner la part de l’opinion publique qui soutient Donald Trump. Les radicaux estiment qu’il n’est pas possible de rester passifs face au « coup d’État institutionnel » opéré par Trump et son équipe. Ce sont les militantes et les militants du parti qui trancheront et, à la fin, l’ensemble des électeurs et des électrices.
Plus largement, la nouvelle situation dans laquelle nous entrons va rendre les résistances encore plus difficiles. Progressivement, le pouvoir ne réside plus dans le contrôle des corps et des esprits, mais dans sa capacité à moduler les états de conscience de populations entières. Les plateformes numériques se révèlent être, non seulement des outils de communication, mais aussi des technologies hypnotiques qui modifient la façon dont nous percevons et interprétons la réalité. Les évolutions semblent aller maintenant au-delà des « fake news » et de la « post-vérité ». Le contrôle s’exerce aussi en multipliant les récits au point que tout point fixe devient impossible. Il est probable que le développement de l’Intelligence artificielle va accentuer l’accaparement des cerveaux et des intelligences par les propriétaires des plateformes. L’autoritarisme technologique oblige certainement à penser d’autres formes de résistance.
Dans une telle situation, les résistances sont totalement désemparées. À quoi bon continuer d’opposer des arguments rationnels, des données et un raisonnement logique, alors que l’adversaire agit sur les états de conscience et s’est mis en mesure de contrôler les imaginaires. La rationalité fondée sur la responsabilité est devenue un enfermement qui rend incapable de générer d’autres imaginaires collectifs capables de mobiliser désir, croyance, espoir et engagement.
⬛ Gérard Gourguechon
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