Dix syndicats nationaux appellent à la résistance anti-Trump
Cette déclaration commune intitulée « Le mouvement syndical exige la fin des attaques contre le droit de s’organiser et de manifester » a été publié, début avril 2025, par dix syndicats nationaux et des dizaines de sections locales qui représentent 3 millions de syndiqué·es. Les organisations syndicales nationales signataires : American Association of University Professors (AAUP) • Association of Flight Attendants (AFA-CWA) • American Postal Workers Union (APWU) • Inlandboatmen’s Union (IBU) • International Union of Painters and Allied Trades (IUPAT) • National Nurses United (NNU) • National Writers Union (NWU) • Service Employees International Union (SEIU) • United Auto Workers (UAW) • United Electrical, Radio and Machine Workers of America (UE).
Natascha Elena Uhlmann, est rédactrice pour Labor Notes. Elle suit particulièrement les activités du syndicat Unite here, les travailleurs et travailleuses agricoles, les travailleurs et travailleuses immigré·es et le mouvement ouvrier mexicain. Elle est aussi active en matière d’membre d’organizing.
![Banderole du Service Employees International Union. [SEIU]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/Banderole-du-Service-Employees-International-Union.webp)
L’appel
Le mouvement ouvrier a une valeur plus forte que toute autre : la solidarité. Le mouvement syndical exige la fin des attaques de l’administration Trump contre les travailleurs et travailleuses immigré·es, la liberté d’expression, le droit de s’organiser et de négocier, ainsi contre que les travailleurs et travailleuses du gouvernement fédéral, leurs syndicats et les services qu’ils et elles fournissent.
Nous ne resterons pas les bras croisés alors que le président Donald Trump terrorise les travailleurs et travailleuses immigré·es par des enlèvements, des détentions et des confinements sans procédure régulière dans des installations clandestines, des centres de détention éloignés et une prison tristement célèbre au Salvador.
Les attaques s’intensifient et nous devons agir rapidement. Dans l’État de Washington, des agents de l’Immigration and Customs Enforcement ont brisé la vitre d’une voiture et arrêté un ouvrier agricole Alfredo « Lelo » Juarez, un des dirigeants du syndicat Familias Unidas por la Justicia, alors qu’il se rendait au travail. Ils ont enfermé Lewelyn Dixon, membre de la section locale 925 du Service Employees International Union (SEIU), technicienne de laboratoire à l’Université de Washington, alors qu’elle revenait d’un voyage en famille. Ils ont fait une descente dans une entreprise de toiture où les travailleurs avaient récemment fait grève pour la sécurité, et ont arrêté 37 personnes. Dans le Massachusetts, des agents fédéraux de l’immigration ont enlevé Rumeysa Ozturk, une étudiante diplômée de l’Université Tufts avec un visa d’étudiant et membre de la section locale 509 du SEIU, alors qu’elle allait rompre son jeûne du ramadan. Elle avait écrit un éditorial dans le journal étudiant en soutien à la Palestine. À Baltimore, ils ont arrêté le métallurgiste Kilmar Armando Abrego Garcia, de la section locale 100 de l’Association of Sheet Metal, Air, Rail and Transportation Workers (SMART), père d’un enfant handicapé, et l’ont envoyé à la prison cauchemardesque du Salvador – puis ils ont qualifié cela d’« erreur administrative » et ont dit qu’ils ne pouvaient pas le récupérer. À New York, ils ont enlevé Mahmoud Khalil, récemment diplômé de l’Université Columbia et membre de la section locale 2710 de l’United Auto Workers (UAW), pour avoir protesté contre l’agression d’Israël contre Gaza. Ils en ont également pris beaucoup d’autres dont les noms ne sont pas encore publics.
![Une des manifestations contre les coupes budgétaires dans l’éducation, la recherche et la santé. [UAW]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/UAW.webp)
Cette administration a attaqué ces membres de nos communautés sur le chemin du travail, sur le chemin du culte, sur le chemin du retour vers la maison. Ils les ont enfermés parce qu’ils et elles ont dit ce qu’ils et elles pensaient. Et ils ont agi ainsi délibérément.
Ils ont également menacé et intimidé les administrations universitaires dans le but de les enrôler dans la répression de la dissidence. Malheureusement, beaucoup ont acquiescé à ces exigences, tournant en dérision le concept de « liberté académique » et le libre échange d’idées. Des étudiant·es ont été suspendu·es et expulsé·es. Des membres du corps professoral ont été sanctionné·es et renvoyé·es.
De plus, les licenciements massifs de travailleurs et travailleuses fédéraux et la tentative d’abolir leurs droits de négociation collective sont également des attaques contre les services qu’ils et elles fournissent et la fonction même de notre gouvernement. Trump veut un gouvernement qui ne sert que les intérêts des entreprises et des oligarques. Plutôt qu’un gouvernement de, par et pour le peuple, il en veut mettre en place un gouvernement par et pour les riches privilégiés. Il veut créer une culture de la peur.
Nous ne devons pas nous soumettre à tout cela.
➔ Nous appelons l’administration Trump à libérer immédiatement nos collègues et à mettre fin à cette campagne de terreur.
➔ Nous appelons tous les employeurs et les gouvernements des États et des collectivités locales à refuser de collaborer à ces attaques et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour résister.
➔ Nous appelons les administrations universitaires à résister aux menaces et à la coercition, et à refuser toute coopération avec les autorités fédérales de l’immigration et de l’application de la loi qui cherchent à persécuter illégalement les étudiant·es et les professeur·es étranger·es, ainsi que les étudiant·es dissident·es.
➔ Nous appelons tous les élu·es à faire preuve de courage et à défendre ces travailleurs travailleuses.
➔ Nous appelons tous les syndicats à organiser des rassemblements, des manifestations et d’autres actions pour exiger que l’administration cesse ces attaques et libère nos collègues travailleurs et travailleuses. Le mouvement syndical doit agir pour arrêter la machine d’expulsion, de censure et d’intimidation de Trump. Si nécessaire, nous devons perturber les activités habituelles.
➔ Nous ne devons pas rester passifs ou silencieux face à cet assaut autoritaire contre nos droits, la Constitution et la démocratie elle-même. Une attaque contre l’un·e de nous est une attaque envers tous et toutes !
![Manifestant⸳es de l’American Association of University Professors. [AAUP]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/AAUP-842x1024.webp)
[…] Trump reprend des tactiques d’autres moments de l’histoire des États-Unis, lorsque « le gouvernement réprimait activement les protestations et la dissidence », a déclaré Carl Rosen, président de l’United Electrical Workers (UE). Lors des Palmer Raids [1] de 1919-1920, des immigrant·es de gauche et des militant·es syndicaux ont été arrêté·es et déporté·es, principalement vers l’Italie et l’Europe de l’Est. À l’époque de McCarthy, à la fin des années 1940 et dans les années 1950, des travailleurs et travailleuses fédéraux, des travailleurs et travailleuses d’Hollywood, des universitaires et des dirigeants syndicaux présumé·es communistes ont été licencié·es, mis·es sur liste noire, traîné·es devant le Congrès et parfois emprisonné·es. « Lorsqu’une catégorie de la population est ciblé·e pour la première fois, cela ne va pas s’arrêter là », a déclaré Rosen. « Ensuite, cela va être utilisé contre le mouvement ouvrier et toustes les Américain·es qui veulent se lever pour la justice. Nous sommes donc heureux de nous joindre à d’autres syndicats pour dire : “Nous allons résister à cela”. »
Prélude à l’action ?
Face à l’éventail vertigineux d’attaques de Trump contre les travailleurs et les travailleuses, les travailleurs et travailleuses immigré·es, les travailleurs et travailleuses des campus et contre la liberté d’expression, jusqu’à présent, la classe ouvrière organisée, qui représente 14 millions de syndiqué·es, est restée largement silencieuse ou concentrée sur les luttes spécifiques de chaque syndicat. Cette déclaration commune pourrait être un prélude à une action plus coordonnée et plus directe pour résister aux attaques.
![Des manifestant⸳es du National Nurses United réclament des moyens pour le secteur de la santé et pas pour les millionnaires. [NNU]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/National-Nurses-United.webp)
« J’espère que c’est un signe que, même s’il y avait antérieurement des problèmes entre des syndicats ou des organisations qui avaient peut-être des différends, cela pourrait être le sujet qui rassemble tout le monde, qui unit pour une seule cause », a déclaré Edgar Franks, responsable politique du syndicat indépendant des travailleurs agricoles Familias Unidas por la Justicia, dont Lelo Juarez est un dirigeant. « Des relations vont s’établir ou se modifier, et à partir de là, nous pourrons avoir un front syndical uni et combatif. »
« À l’heure actuelle, il y a beaucoup de gens qui font beaucoup du bon travail pour essayer de s’organiser », a déclaré Faye Guenther, présidente de la section locale 3000 de Food and Commercial Workers, à Washington, l’une des organisations initiatrices de la lettre unitaire. « Je pense que nous serons plus efficaces si nous pouvons mettre de côté nos différences et nous rassembler dans un front aussi large que possible. »
Trouver des entreprises cibles
Pour que les travailleurs et travailleuses puissent faire face à ces attaques, ces mouvements devront être prêts à perturber le statu quo. « De toute évidence, Tesla a touché une corde sensible », a déclaré Rosen, faisant référence aux manifestations régulières chez les concessionnaires à travers le pays, qui ont contribué à faire chuter l’action de l’entreprise ; le PDG méga-milliardaire de Tesla, Elon Musk, est le fer de lance des attaques contre les travailleurs et travailleuses fédéraux. « Je pense que nous devons trouver des cibles supplémentaires parmi les entreprises », a déclaré Rosen. « Il y a beaucoup de grandes entreprises qui profitent de leur association avec Donald Trump et de leur volonté de l’aider à mener à bien son programme. »
On se souvient de la réaction explosive du public en 2008 lorsque les membres de la section locale 1110 de l’UE à Chicago ont pris une décision courageuse : ils ont occupé leur usine. Republic Windows and Doors fermait ses portes, mais le dernier jour de service, les travailleurs et travailleuses ont refusé de partir. Ils et elles ont mené une grève d’occupation jusqu’à ce qu’à parvenir à un accord de 1,75 million de dollars pour les indemnités de licenciement et autres avantages dus, et finalement ils/elles ont rouvert l’usine en tant que coopérative gérée par les travailleurs et travailleuses. « Cela a attiré l’attention des gens à travers le pays qui étaient tellement en colère contre les banques qui recevaient tout cet argent alors que les travailleurs et travailleuses étaient licencié·es », a déclaré Rosen. Des militant·es ont organisé des piquets de grève dans les bureaux de Bank of America et ont même mené une action de désobéissance civile en organisant des sit-in à l’intérieur des succursales des banques. « La pression exercée sur la banque a certainement été très importante pour s’assurer que les travailleurs et travailleuses obtiennent le règlement qu’ils ont obtenu. »
![Manifestation de l’American Postal Workers Union. [APWU]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/APWU.webp)
« La prochaine étape de cette riposte exige que nous parlions à nos collègues et voisin·es de la façon dont les employeurs et les milliardaires profitent lorsque les travailleurs et travailleuses sont divisé·es et effrayé·es », a déclaré Stephanie Luce, professeure d’études du travail et de sociologie à la City University de New York et membre de l’American Federation of Teachers (AFT). « Nous devrions chercher des espaces pour avoir plus de discussions et préparer les travailleurs et travailleuses à prendre des mesures plus importantes », a-t-elle déclaré, « parce que les attaques vont se poursuivre ». […]
À moins que les syndiqué·es ne s’en mêlent, une résolution n’est qu’un morceau de papier. « La pétition est un outil que nous devons utiliser pour unifier les gens, mais elle ne nous servira à rien si les seules personnes qui la signent sont des organisations », a déclaré M. Guenther. « Les travailleurs et travailleuses doivent participer à ces débats de fond sur le type de monde qu’ils et elles veulent avoir et le genre de pays dans lequel ils et elles veulent vivre. »
Mais les attaques de Trump ont également démontré publiquement pourquoi les travailleurs et travailleuses ont besoin d’une organisation qui défend leurs droits : « Beaucoup de gens, pas seulement du secteur agricole, nous ont contactés pour savoir comment se syndiquer », a déclaré Franks. Il en est de même parmi les travailleurs et travailleuses fédéraux : l’AFGE signale un nombre record d’adhésions. « Les hommes forts et les dictateurs se nourrissent de la peur des gens et du chaos », a déclaré Guenther. « Nous devons prendre des mesures qui nous permettent de montrer que nous pouvons gagner et qui aident à surmonter la peur. »
⬛ Natascha Elena Uhlmann
[1] Du nom du Procureur général des Etats-Unis, Alexander Mitchell Palmer, alors en charge des raids, arrestations et expulsions de communistes et anarchistes.
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