Charles Piaget, à propos de la CFDT, il y a 20 ans
Militant infatigable, Charles Piaget a laissé de nombreuses notes et textes inédits, qui figurent dans les archives d’AC ! Lesquelles archives sont en cours de transfert aux Archives départementales du Doubs. Le texte ci-dessous, en est extrait. Il s’agit d’une « Lettre d’un [ami du] PS me demandant ce que je pense de la CFDT ». Charles était d’une génération où l’ordinateur n’existait pas. Par conséquent, il écrivait beaucoup. Il s’agit donc d’un document manuscrit qui a été saisi par Georges Ubbiali, en consultant les documents d’AC !
Charles Piaget achève sa scolarité à 14 ans. Il entre chez Lip en août 1946 et se syndique immédiatement à la CFTC. Il devient délégué du personnel en 1953. Participant activement à l’animation de la section syndicale (CFTC, puis CFDT à compter de 1964), il est de ceux qui impulsent un fonctionnement novateur, privilégiant le rapport aux salarié⸳es, leur implication la plus complète possible en termes de décisions et d’actions, leur affirmation au sein de l’entreprise. La vie syndicale fut riche. Charles Piaget a également consacré 25 ans de sa vie à l’animation de AC ! et à la lutte contre le chômage. Décédé en novembre 2024, il a marqué de son empreinte l’activité d’AC ! Besançon.
Georges Ubbiali est maître de conférences au département de sociologie de l’Université de Bourgogne ; il a écrit plusieurs textes à propos des Lip.
![Première page du manuscrit de Charles Piaget. [DR]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/manuscrit-Charles-Piaget-725x1024.webp)
Datant de 2003, et faisant référence à des évènements déjà anciens, il a été nécessaire de joindre des notes à ce texte pour le rendre accessible aux plus jeunes (seule la première note figure comme telle dans le manuscrit). Ce travail a été réalisé par Georges Ubbiali. Si le texte est intégralement repris, la présentation ici faite est inévitablement différente du courrier manuscrit ; quelques illustrations en attestent.
Besançon le 24 novembre 2003,
Cher Ami,
Tu me demandes ce que je pense de la CFDT, celle de 1970 autogestionnaire et celle de Nicole Notat, de François Chérèque ? J’ai adhéré à la CFTC en 1946, puis à la CFDT à sa création en 1964 et cela jusqu’en 1983. Ensuite, je me suis retiré de l’action militante, très fatigué nerveusement par les 10 années de conflit à Lip. Enfin, j’ai repris une activité militante avec les chômeurs depuis 10 ans, de 1993 à aujourd’hui.

Je ne veux pas faire une longue analyse sur les positions successives de la CFDT. Tout cela existe à travers des articles, des livres parus sur ce sujet. Pour ou contre, louanges ou critiques. Je préfère aborder concrètement à ce que je vis depuis 10 ans, avec mon expérience de militant syndicaliste, les confrontations que j’ai eu avec la CFDT.
I – Un article récent illustre une attitude ambigüe
Octobre 2023, François Chérèque proteste et déclare « Ce gouvernement veut faire passer 130 000 allocataires de l’ASS [1] au RMI [2]».
- Curieuse protestation. Nous verrons pourquoi un peu plus loin.
Tout d’abord, quelques précisions. 130 000 personnes éjectées de l’ASS en 2004. Oui, toutes ne rejoindront pas le RMI, loin s’en faut. Beaucoup n’y auront pas droit et se retrouveront sans allocation et toujours sans emploi. D’autres passeront de 406 euros/mois (ASS) à 362 euros/mois (RMI). D’autres, enfin, continueront de percevoir l’ASS, mais celle-ci sera réduite de 40% (les plus de 55 ans).
- Pourquoi ce gouvernement prend il ces mesures ?
Pour deux raisons principales. Premièrement, le MEDEF et ses partenaires de l’UNEDIC, dont le principal est la CFDT, ont décidé le 20/12/2022 d’éjecter 614 000 allocataires Assedic, dont 250 000 dès janvier 2004, les autres suivront au cours de l’année. Pourtant ces personnes ont encore des droits L’Assedic avait pourtant pris un engagement écrit avec elles au moment de leur inscription, après la perte de leur emploi. Engagement réciproque. L’Assedic versant une allocation de tant d’euros par jour pendant tant de jours. Le demandeur d’emploi signant le PARE [3] et le PAP [4] de recherche d’emploi sous contrôle. La nouvelle convention a rompu cet engagement unilatéralement au 1et janvier 2004.
De plus, un grand nombre de personnes perdant leur emploi après le 1/1/2003, ne peuvent plus accéder à l’allocation chômage. Jamais l’ASSEDIC n’avait été aussi exigeante. Il faut 6 mois de travail effectué au cours des 22 derniers mois. Cette mesure a été calculée précisément pour éliminer des milliers de personnes parmi les plus en précarité, les plus en difficultés. L’engrenage est en place pour le gouvernement.
Le nombre d’ASS (450 000), de RMI (1 million) va exploser avec toutes ces exclusions de l’ASSEDIC. Or ce sont deux baromètres sociaux. Les laisser monter très fortement ferait mauvais effet et couterait cher.
- C’est le moment choisi pour faire passer leurs idées concernant les chômeurs. D’abord les dénoncer comme profiteurs, comme fainéants et justifier ainsi les deux mesures prises :
- Limiter le temps d’indemnisation de l’ASS
- Présenter aux employeurs du privé un nouveau contrat, le RMA [5], très attractif.
Donc, faire baisser les deux baromètres en danger d’explosion, faire des économies, faire baisser le coût du travail grâce au nouveau sous-contrat introduit dans le privé. Ce contrat ne permet au mieux de valider que 2 trimestres par an au lieu de 4. Ce contrat ne permet pas de constituer de nouveaux droits à l’allocation chômage.
Le gouvernement sait qu’il ne peut pas encore présenter un SMIC plus bas, il invente donc un nouveau contrat qui ne coûtera que 220 euros (183 + charges) pour 86 heures de travail par mois. Soit 2,5 euros de l’heure au lieu de 7,19. Le salarié percevant 545 euros (un demi-SMIC). François Chérèque [6] a donc protesté très mollement contre ces mesures. Il n’ira pas au-delà de cette protestation de pure forme. Ayant éjecté lui-même des centaines de milliers de personnes pour l’équilibre financier de l’UNEDIC, il ne peut reprocher au gouvernement d’en faire autant.
II – L’Unedic, une gestion en yoyo
En 1999, le Medef a ouvert les chantiers de la « Refondation sociale » [7]. La CFDT s’est empressée de la juger nécessaire, alors que tous les salariés se doutent bien que le but de cette refondation sociale est de définir de nouvelles règles plus avantageuses pour le Medef.
Premier chantier : l’UNEDIC, l’assurance chômage. Cette négociation s’est faite d’emblée sous le signe de la suspicion envers les chômeurs. Comment mieux les surveiller ? Les contrôler ? Les sanctionner ? Les contraindre à prendre des emplois moins payés ? Tout cela a débouché sur le PARE et le PAP ainsi que sur de nombreuses restrictions sur la formation. De plus, cette convention a provoqué une envolée de radiations.
Un curieux comportement : La CFDT acceptait d’entrée de jeu un contrat pour les chômeurs, le CARE [8], avec sanctions nouvelles, le MEDEF s’arrangeant de nouveaux pouvoirs, de nouveaux droits, se substituant à l’ANPE et au Code du travail. Il a fallu que la CFTC et la CGC rappellent la CFDT a plus de dignité, à plus de circonspection sur tout que qu’impliquait le CARE.
Un vrai syndicaliste… aurait dû solennellement déclarer : « On ne peut pas parler de refondation sociale sous le signe de la suspicion, mais au contraire cela soit se faire sous le signe de la repentance. Demander pardon. Pardon pour les vies brisées depuis plus de 20 ans, pardon pour les années de galère que des centaines de milliers de personnes ont vécues, pardon pour les angoisses, la perte de confiance, en eux-mêmes, dans la société. Peur, repli sur soi, la perte de vie civique. Le patronat a une part importante de responsabilité et nous, organisations syndicales, nous avons la nôtre. Toutes ces personnes, nous les avons abandonnées sur le bas-côté de la route ».
Au lieu de ce message fort, cela s’est terminé piteusement en sablant le champagne avec le MEDEF. La CFDT après cette triste prestation a distribué un tract intitulé « Victoire pour les chômeurs ». Je ne sais pas si la CFDT se rend bien compte de l’évolution de la situation des chômeurs ? De « victoire » en « victoire », nous en sommes où ?
Voilà :
- La couverture assurance chômage des salariés perdant leur emploi. Elle était de 98% en 1959 au départ, 53% en 1993, 41 à 42% actuellement. L’UNEDIC est investi d’une mission de service public, et ce service ne couvre plus qu’une personne sur deux privée d’emploi.
- L’indemnisation. Elle a reculé, sans cesse. L’UNEDIC a même inventé en 1992 la dégressivité. L’allocation chômage donnée à taux plein pour une courte durée, puis 17% en moins tous les 4 mois.
- Le partage de la cotisation chômage. Au départ, et pendant longtemps, c’était 80% pour l’employeur et 20% pour le salarié. Aujourd’hui, c’est 62% pour l’employeur et 38% pour le salarié. Les responsabilités du chômage se sont déplacées du côté des salariés.
- Un système à plusieurs classes. D’abord, en 1959, une seule classe, l’allocation ASSEDIC, puis, sur demande du patronat, tri des chômeurs. Une seconde classe est née en 1984 : l’ASS. Puis une troisième classe en 1988, le RMI. Enfin, il existe actuellement un projet pour une quatrième classe, ceux qui ne pourraient atteindre le RMA. Ce serait le Revenu minimum d’existence [9], les « non-employables », évalué à 300-330 euros/mois.
- Aujourd’hui, sait-on que des milliers de personnes perçoivent des allocations ASSEDIC inférieures à l’ASS et au RMI ? Tout simplement parce qu’elles ont fini par accepter des emplois à temps partiel, faute de mieux. Lorsqu’elles perdent leur emploi, c’est souvent des allocations de 10-12 euros par jour.
Une imprévoyance désastreuse. En 2000, le MEDEF s’appuyant sur la baisse du chômage a proposé un calendrier de baisse des cotisations chômage (patronales et salariales) si optimiste que le gouvernement Jospin a dû freiner la cupidité du MEDEF sur cette question. Freiner, mais pas refuser. Nicole Notat [10], interrogée, déclarait « Je ne suis pas choquée par les baisses de cotisation que propose le Medef ». Des propos irresponsables comme on va le voir.

Tout syndicaliste sait que, depuis 30 ans, la France n’a connu que deux courtes périodes de baisse du chômage, de 1987 à 1990 et de 1997 à 2000. Le principe de précaution devrait s’appliquer, la prudence de ne pas couper les vivres financiers à l’Unedic trop tôt et trop vite. Au cours des dernières embellies, 900 000 emplois ont été créés. Cela signifiait des droits potentiels en plus grand nombre. Droits à l’ASSEDIC en cas de retournement de situation. Allocations nombreuses plus longues, et moins de cotisations donc moins de rentrées.
La CFDT n’a pas daigné écouter les voix criant casse-cou. 2001, c’est le reflux de l’emploi, 2002, la situation est telle que l’UNEDIC est « contrainte » de prendre de de nouvelles mesures. Alors, c’est de nouveau le cri habituel de la CFDT : « Il faut sauver l’Unedic ». Cela se traduit chaque fois par « Haro sur les chômeurs, haro sur les plus précaires ». Le 20/12/2002, nouvelle convention. Le MEDEF est gêné. D’une part il dénonce le PARE pour son coût trop élevé compte tenu des résultats obtenus. Il est rentable lorsqu’il faut ajuster au plus vite les offres d’emploi locales aux chômeurs « employables ». Il l’est beaucoup moins lorsqu’il y a abondance de demandeurs d’emploi et peu d’offres (360 000 chômeurs de plus en 2 ans et demi) aujourd’hui.
Le Medef voudrait revenir à la dégressivité et réduire le coût du PARE. D’autres part, son partenaire privilégié, la CFDT, a sa « réputation » en jeu. Alors, pour sauver le soldat CFDT, le MEDEF s’est rabattu sur les mesures empêchant l’accès à l’indemnisation, réduisant celle-ci en durée et concédé une augmentation des cotisations chômage.
Un peu de cynisme. Les signataires ont fait remarquer que les sacrifices étaient également répartis entre, d’une part, les chômeurs et, de l’autre part, les salariés et les patrons (les cotisations). D’un côté, la même somme supportée par quelques 2 millions de chômeurs, de l’autre par 15 millions de salariés et de patrons. Un cheval = une alouette, le compte y est. La gestion en yo-yo continue. Cependant nous avons entendu pour la première que l’Unedic allait mettre en place un fonds de régulation.
III – La CFDT dans la pratique, attitudes et orientations loin de l’idée que je me fais du syndicalisme, de ses valeurs développées au cours de deux siècles de luttes
Des exemples vécus. 1994 : Voulant contacter directement des militants CFDT de la commission paritaire ASSEDIC, je constate avec stupeur qu’ils sont soit sur liste rouge (téléphone), soit ils ne répondent pas aux questions. Réponse : « Adressez-vous à l’Union locale qui transmettra ». Seul l’ancien CFDT Lip, et un ancien Lip CGC agiront normalement. Pendant tout le conflit Lip, j’ai toujours été dans l’annuaire, malgré les insultes, les menaces et coups de téléphone de nuit. N’importe qui pouvait m’appeler et recevoir une réponse directe. La CFDT n’en est plus là.

1994-95 : j’ai assisté aux dernières participations de l’UL CFDT de Besançon à des manifestations de chômeurs. Dès le milieu 95, nous ne verrons plus que des militants CFDT à titre individuel.
Décembre 1995. La grande lutte de la fonction publique. Les réactions publiques de Nicole Notat démontraient que le bureau confédéral CFDT n’avait pas compris la colère profonde de la base. Colère rentrée depuis longtemps avec le dénigrement continuel des fonctionnaires de la fonction publique, plus le plan Juppé [11]. Le sommet de la CFDT considérait cette grève comme inappropriées et gênant, le plan Juppé étant très marqué par la CFDT. La CFDT n’était plus à l’écoute de la base.
1997 : Juppé réduit la participation de l’Etat à la formation des chômeurs. L’AFR (Allocation de Formation-Reclassement) versée par l’ASSEDIC était alimentée par l’UNEDIC et l’Etat. Nicole Notat, présidente de l’UNEDIC, sans informer les principaux intéressés, les stagiaires, réduit de près de la moitié les allocations AFR de beaucoup de stagiaires. Les stagiaires, souvent loin de chez eux, ne pouvaient plus assurer leurs dépenses personnelles. Pourtant, chacun d’eux avait un engagement écrit sur une somme AFR qu’il percevait pendant sa formation. Il y eut des mouvements de protestations, stagiaires et formateurs. Finalement l’UNEDIC a institué un nouveau minimum AFR, un peu plus convenable, bien qu’inférieur à l’ancien. Comment expliquer cette désinvolture envers les chômeurs ? On est si loin du syndicalisme. Que dire ? Il fallait commencer par une explication complète de ce qui se passait, situer les responsabilités, mettre le gouvernement en demeure de respecter, au moins, les engagements pour les stagiaires en cours, etc. Et par-dessus tout enterrer le dialogue avec les stagiaires. Être présidente de l’UNEDIC ne signifie pas renier ses convictions syndicales, ne signifie pas s’affranchir du respect que l’on doit aux chômeurs, aux stagiaires.
1997. La fin du « coté social » des Assedic. Les fonds sociaux sont supprimés. Ces fonds, gérés par les commissions paritaires, venaient en aide aux chômeurs allocataires, lors des aléas de la vie. L’UNEDIC (dont la CFDT et bien sûr le patronat) voulait se débarrasser de ces fonds en les confiant aux comités spécialisés dans l’aide d’urgence. Pourquoi pas ? Sauf que la raison profonde, inavouable, était tout autre. Patronat et CFDT veulent faire de l’UNEDIC une assurance et pas une œuvre de bienfaisance. D’autant que, gérer la misère, ce n’est pas facile, beaucoup d’incidents en découlent. Alors, se dégager de tous ces importuns qui venaient parler de leur mal-vivre ; gérer une assurance et rien que cela a été la raison profonde de la suppression des fonds sociaux. Ce sera d’ailleurs l’origine de la grande lutte des chômeurs de 98.
Hiver 97-98. Le grand mouvement des chômeurs. Quelle amertume d’entendre Nicole Notat parler de manipulation : « Les chômeurs sont manipulés ». Parce qu’ils s’en prennent aux ASSEDIC. Parce qu’ils osent bouger ? Revendiquer ? Se regrouper ? Être debout ? Tout militant syndical sait qu’il n’existe pas de lutte spontanée. Il y a toujours quelqu’un, quelques-uns, femmes, hommes, qui réagissent, dénoncent, informent, débattent avec les autres, parviennent à rassembler les énergies, et, à un moment favorable, proposer la lutte pour changer les choses. « Manipulation ». C’est le mot du patronat de combat. « Mes ouvriers ont été manipulés ». « Avant la présence syndicale, nous formions une grande famille ».
La CFDT aurait dû se réjouir. Des chômeurs humiliés depuis si longtemps étaient rassemblés, debouts, rappelant qu’ils existaient autrement que dans les statistiques ou comme objet de débat à la télévision. A Lip aussi, Messmer [12] parlait de manipulation, de quelques personnes voulant faire de Lip un nouveau Viet Nam ! Le délire va loin.
![Extrait du manuscrit de Charles Piaget. [DR]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/extrait-du-manuscrit-de-Charles-Piaget-725x1024.webp)
Je constaterai cet état d’esprit (tout est manipulé) à la CFDT tout au long des années suivantes. Envers tout ce qui bouge comme le DAL (Droit au Logement), AC ! et les autres associations qui luttent contre le chômage, les luttes des sans-papiers, ATTAC, les altermondialistes, les forums, Porto-Alègre, le Forum social européen. Le Bureau confédéral a toujours une critique acérée en parlant de ces mouvements. Alors que tout syndicaliste devrait être content, chaque mouvement qui combat une des nuisances de cette société est un espace de plus pour la transformer. Après, fraternellement, rien n’empêche de donner son point de vue à ces camarades en lutte, sur une erreur de jugement ou d’orientation qu’il serait utile de corriger. Mais avant tout, il faut saluer ces mouvements. La CFDT n’y voit que des manipulateurs, des gêneurs, des gens qui se trompent, de nouveaux repaires de gauchistes, etc. Il y aurait encore tant d’exemples à citer, qui ne feraient que confirmer ce qui précède.
En conclusion
Vu de l’extérieur (je ne suis plus à la CFDT), la CFDT apparaît toujours plus à l’aise avec le MEDEF, qu’avec ses partenaires syndicaux. Toujours plus à l’aise avec un gouvernement de droite. La CFDT monter infiniment plus de patience, de respect envers le MEDEF qu’envers tout autre mouvement de lutte contre les injustices. Concernant les 35 heures, la CFDT était pionnière pour cette revendication, mais en précisant que ce serait obligatoirement avec baisse de salaire correspondante. La CFDT considère les taux de profit patronaux comme intangibles. Toutes améliorations, c’est donnant donnant, les 35 h contre plus de productivité et baisse de salaires. Alors que tout syndicaliste devrait savoir que des luttes majoritaires ouvrent chaque fois des perspectives plus larges que ce que les patrons veulent bien nous faire croire. Tout syndicaliste sait qu’il est dangereux de fermer, nous même, et d’avance toutes les portes.
La CFDT a bien change de ce côté-là. Elle n’est plus ouverte ni aux idées ni à la lutte, mais fermée sur sa conception d’un monde où il n’y aurait plus que des petits changements possibles, à la marge. Ce qu’il fait qu’elle craint tout ce qui bouge. Elle n’est plus un moteur de changement. C’est dommage.

PS. Encore une bourde de Nicole Notat.
A une question : « Pourquoi n’y a-t-il pas de comités de chômeurs à la CFDT ? », réponse « Ce n’est pas nécessaire, nous connaissons bien les problèmes des chômeurs, nous rencontrons régulièrement les associations caritatives et les services d’aide aux chômeurs ».
On peut paraphraser Nicole Notat. Un patron peut déclarer ainsi : « Une organisation syndicale dans mon entreprise, ce n’est pas nécessaire. Je connais bien les problèmes de mes salariés, je rencontre fréquemment l’assistante sociale ».
Ceci dit, il y aurait aussi à des choses à dire sur d’autres syndicats, mais tu m’as parlé de la CFDT. Je t’ai répondu.
⬛ Charles Piaget
[1] Allocation spécifique de solidarité : allocation de fin de droits attribuée par l’Etat sous certaines conditions, aux chômeurs en fin de droit Assedic.
[2] Revenu minimum d’insertion, dispositif précédant l’actuel RSA (Revenu de solidarité active)
[3] Plan d’aide au retour à l’emploi : un des dispositifs « d’activation » des chômeurs qui été en vigueur de 2001 à 2006. Rappelons que toutes les mesures « d‘activation » partent du présupposé que les chômeurs demeurent « passifs » face à leur situation et qu’il est donc nécessaire de consacrer des ressources pour les « activer » dans la recherche d’un emploi. De telles ressources sont privlégiées à celle de l’indemnisation.
[4] Plan d’accompagnement personnalisé.
[5] Revenu minimum d’activité. Le principe est de corréler la perception du RSA à un temps d’activité. La réforme du RSA avec un temps de travail de 15 h par semaine relève de ce principe.
[6] Secrétaire général de la CFDT de 2002 à 2012.
[7] Ensemble de propositions politiques soumises au débat par le MEDEF, en réaction aux 35 heures accordées par Martine Aubry en 1998. Cette refondation visait à « libéraliser » le marché du travail.
[8] Contrat d’aide au retour à l’emploi.
[9] Charles fait ici allusion à ce qu’on appelle le basic income, c’est-à-dire, toutes les variantes d’un reveu universel, de subsistance, base ou encore de citoyenneté, dont le principe est d’être déconnecté du travail.
[10] Secrétaire générale de la CFDT de 1992 à 2002. Actuellement directrice d’une agence de notation.
[11] Alain Juppé, premier ministre, lance un plan de transformation de la Sécurité sociale, en particulier des retraites, qui suscitera une grève générale de la fonction publique et du secteur public durant l’hiver 1995.
[12] Premier ministre RPR en 1973, lors du conflit de l’usine Lip.
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