Invoquer l’unité, oui… la faire c’est mieux !

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L’unité syndicale, que ce soit sous la forme de l’unité d’action syndicale ou de l’unification organisationnelle, est une question récurrente au sein du mouvement syndical. Elle concerne potentiellement bien d’autres mouvements sociaux aujourd’hui formés en associations mais dont le rôle dans la lutte des classes est au moins aussi, important, voir plus, que certaines organisations syndicales. La question internationale ne peut être évacuée d’une réflexion qui porte sur l’efficacité de nos outils pour une transformation sociale radicale. Tout ceci est à traiter à l’aune des expériences historiques que nous connaissons, qu’il faut se réapproprier tout en les renouvelant, en inventant ce qui correspond aux besoins de notre temps. En tout cela, nous devons garder une priorité, qui d’ailleurs doit être une constante en matière de pratique syndicale : partir de la réalité, même quand elle ne nous plait pas, ne pas nous contenter d’incantations mais rechercher quels sont les meilleurs moyens de créer le rapport de forces qui permettra les transformations voulues. Aligner les textes se désolant de la division et appelant à l’unité est une chose ; ouvrir les perspectives et créer les conditions pour que ça change en est une autre. Puissent, sans aucun doute très modestement, les quelques réflexions qui suivent y contribuer…

Pourquoi être unitaire ?

L’aspiration à l’unité syndicale est forte parmi les travailleurs et les travailleuses. Quiconque ayant une petite expérience de la vie dans les entreprises et services le sait… plus encore, celles et ceux qui ont organisé, animé, ou ne serait-ce que tenté d’impulser, des mouvements collectifs revendicatifs dans ce cadre. On pourrait régler la question promptement : « celles et ceux qui réclament l’unité syndicale sont les mêmes qui, en réalité, pourraient l’imposer s’ils et elles le décidaient ». Car qui d’autres que les salarié-es décident qu’il y a plusieurs organisations syndicales, qu’il y a des syndicats qui s’affrontent, qu’il y a des polémiques intersyndicales, dès lors qu’on considère que le syndicat est l’outil légitime dont se dotent les travailleurs et les travailleuses ?

Bien sûr, la réalité est plus complexe. La logique interne propre à chaque organisation, la bureaucratie plus ou moins développée1 en leur sein ou encore la captation de certains outils syndicaux par des groupes politiques, fussent-ils pro-unité2, sont parmi les éléments à prendre en compte. Les positionnements des organisations syndicales, et plus largement des courants syndicaux parfois transverses à celles-ci, fluctuent selon les périodes. C’est en partie le fruit de choix tactiques ; mais c’est surtout la conséquence normale d’orientations politiques du syndicat définies en fonction de réalités qui, elles-mêmes, varient.

Au plan national, sur la durée, on constate une alternance entre les périodes où l’unité dominait et celle où elle ne fut le souci que d’une minorité3. Cela se retrouve bien entendu dans les entreprises, services et localités, mais de manière atténuée ; très souvent, à la base, l’unité s’impose plus facilement. Elle est d’autant plus évidente quand elle s’inscrit dans un processus de construction d’un mouvement revendicatif collectif démocratique. Théoriser le refus de l’unité d’action syndicale est facile dans une salle où ne se trouvent que quelques responsables syndicaux ; c’est moins aisé devant des salarié-es réuni-es dans des Assemblées Générales où chacun et chacune dispose de tous les éléments d’information à égalité et peut s’exprimer de la même manière. La recherche de l’unité ne peut être détachée de la pratique syndicale. Imposer l’unité au mouvement syndical, de l’extérieur, est voué à l’échec. La solution passe par une pratique démocratique, sur le terrain, au plus près des collectifs de travail et de vie. La création des syndicats SUD s’est réalisée sur la base de ces items : démocratie syndicale et ouvrière d’une part, unité syndicale et ouvrière d’autre part. Ceci tant en 1988 aux PTT après les grèves des « camions jaunes » et en 1989 dans la Santé après celle des infirmières et infirmiers4, que pour la vague qui suivit la grève interprofessionnelle de fin 1995. Les syndicats SUD ne sont pas les seuls à se situer sur ce champ, loin s’en faut, mais cette double exigence, unitaire et démocratique, explique en partie pourquoi ces équipes n’ont pas alors rejoint des syndicats préexistants.

Manifestation à Paris contre le plan Juppé en décembre 1995, cortège cheminot.
© Nicolas TAVERNIER/REA

Pratiquer un syndicalisme unitaire, s’en revendiquer et défendre cette orientation au sein des collectifs syndicaux n’est ni une posture, ni un effet de style. C’est d’abord une réponse à une demande de la masse des salarié-es. C’est également un moyen de faire grandir le rapport de forces en leur faveur. Et c’est aussi l’affirmation de notre volonté de défendre une classe sociale en tant que telle ; ce qui n’exclue pas des alliances ponctuelles mais ne conduit pas à se dissoudre dans une démarche faussement appelée citoyenne qui passe sous silence les questions essentielles de propriété des moyens de production, d’échanges et de communication, et de pouvoir dans les entreprises, les services et les localités.

Être unitaire, oui, mais comment ?

Il ne suffit pas de dire, il faut faire. Un des premiers écueils est alors d’articuler l’unité, voire l’unification, et le respect d’orientations divergentes. Avouons-le : ce n’est pas une évidence ! Combien de fois, tout en nous réclamant de l’unité syndicale, ne qualifions-nous pas « les autres » de qualificatifs peu amènes ? Bien sur, l’âpreté des débats, des choix qui nous paraissent parfois inacceptables, expliquent ces réactions. Mais, ne trouve-t-on pas matière à de tels commentaires au sein de chacune de nos organisations ? Incontestablement, nous gagnerions en efficacité en nous attelant à améliorer le fonctionnement de chacune de nos organisations, plutôt qu’à commenter ce qui se passe, ou pas, ailleurs.

Nous ne voulons pas « l’unité pour l’unité ». Elle doit servir les intérêts de notre classe sociale, et donc en premier lieu permette d’agir plus efficacement et fortement. La recherche de l’unité syndicale sans exclusive est la première étape. Mais lorsqu’apparait un constat de désaccords importants et qu’une partie des organisations syndicales refuse l’action, voire s’allie à celles et ceux contre qui nous luttons, pourquoi se mettre à leur remorque ? L’exemple de la grève des cheminots et des cheminotes du printemps 2016 est éclairant de ce point de vue ; la volonté de la fédération CGT de privilégier durant des mois une alliance, jamais concrétisée, avec l’UNSA et la CFDT, a considérablement affaibli le mouvement que CGT, SUD-Rail [Solidaires] et FO soutenaient5. Autre exemple dans l’Éducation nationale lors de la lutte en 2013 contre la réforme des rythmes scolaires (réforme qui, rappelons-le, a conduit à plus d’inégalités entre écoles et des conditions de travail dégradées), c’est bien un appel à la grève intersyndical restreint CGT, SUD éducation [Solidaires] et FO qui a permis d’engager l’action… et obligé le principal syndicat du premier degré, le SNUipp-FSU, à appeler lui aussi à la grève (même sur ses propres bases).

Il ne s’agit pas forcément d’attendre d’être d’accord sur tout pour créer un cadre unitaire. Car celui-ci, par l’accueil que les salarié-es lui réservent, porte en lui-même une dynamique qui le dépasse. L’appel intersyndical initial contre le projet de loi Travail, le 23 février 2016, était peu enthousiasmant, pour dire les choses aimablement ; il n’appelait d’ailleurs à aucune action. Mais l’unité syndicale nationale ainsi affichée a facilité des appels communs bien plus offensifs dans les départements et certains secteurs professionnels. Ceux-ci, et leur traduction sur le terrain, ont très largement contribué à l’appel intersyndical CGT/FO/Solidaires/FSU à agir dès le 9 mars puis le 31 mars. Il y a bien des choses à dire sur ce mouvement, mais notre propos n’est pas ici de faire le bilan des six mois de luttes contre la loi Travail. Nous nous limiterons à ce qui se rapporte au sujet de cet article, l’unité, en affirmant que sans ce communiqué intersyndical de fin février, le mouvement n’eut pas démarré de même façon6notamment grâce aux débats, parfois vifs, qu’il a pu provoquer !

Une fois le lien intersyndical établi, il convient d’en avoir une conception dynamique. Par définition, une intersyndicale n’est pas l’unification des diverses organisations syndicales qui ne formeraient dès lors qu’une seule entité. On peur porter ce projet, y compris, pourquoi pas, au sein de l’intersyndicale, mais elle n’est pas cela. Cela signifie que chaque partie peut et doit continuer de construire sa politique. Certes, il s’agit bien de l’articuler avec le cadre unitaire, donc de ne pas prendre des positions ou mener des actions qui s’y opposent ou sont sources d’éclatement. Cette possibilité est parfois niée ; par exemple en menaçant d’exclusion de l’intersyndicale les organisations qui agissent ainsi. C’est défendre le principe selon lequel tout le monde doit s’aligner sur la position la moins avancée !

Un « patriotisme d’organisation » rédhibitoire ?

Aujourd’hui, ce que nous qualifions souvent de « syndicalisme de lutte » se retrouve au sein de plusieurs organisations syndicales. Nous ne concevons pas le syndicat comme un corps étranger qu’on utilise au gré de ses envies passagères ou en fonction d’intérêts définis en dehors de lui ; il est, ou doit être, ce qu’en font celles et ceux qui le composent. Des camarades y consacrent du temps, de l’énergie, de l’argent aussi, pour le faire vivre et se développer, pour qu’il soit plus utile pour nos luttes d’aujourd’hui et demain, tant vis-à-vis des revendications immédiates que pour une transformation radicale de la société. Un tel investissement, souvent durant des années, amène bien naturellement un attachement à son organisation. Et c’est une bonne chose ! Tout n’est pas égal et il est sain que les choix d’affiliation qui soient faits renvoient à une volonté de les défendre. Une de nos préoccupations doit être de ne pas tomber dans un « patriotisme d’organisation » qui, inévitablement, mène à la « guerre » intersyndicale.

Deux écueils sont identifiables. Le premier consiste à ignorer toutes nuances dans la caractérisation des autres organisations syndicales, à les considérer comme un tout et les croire totalement monolithique. On croule pourtant sous les exemples qui montrent qu’il n’en n’est rien. L’autogestion est sans aucun doute une valeur forte pour Solidaires, la CNT-SO ou la CNT ; mais ce sont des sections syndicales CGT qui ont repris Fralib7 ou Pilpa/La fabrique du sud, pour ne citer que ces deux exemples. La CGT s’affronte durement à celles et ceux qui nous dirigent et pourtant certaines de ses structures ont depuis des années une pratique ouverte de collaboration avec le patronat de leur secteur. La CFDT a depuis longtemps décidé d’accompagner les politiques des gouvernements en place ; on n’en trouvait pas moins quelques sections locales CFDT dans les manifestations contre la loi Travail. Regardons aussi de notre côté et soyons sincères : les équipes syndicales SUD et Solidaires sont-elles toujours à la pointe de la lutte ? Ne commet-on aucune erreur d’appréciation, jamais ? Le simplisme peut être séduisant car reposant ; rapidement, il s’avère peu payant car ne permettant pas d’analyser avec un minimum de lucidité les rapports de forces, les lignes qui bougent, les perspectives qui se dessinent, les opportunités à saisir, les coups à tenter…

Le second obstacle à éviter est de passer d’une confrontation intersyndicale normale à une volonté de nuire. Coups bas, calomnies, attaques juridiques pour interdire à un autre syndicat de fonctionner, de s’exprimer ou même d’exister… Nous connaissons tout cela. Ce n’est pas compatible avec une démarche unitaire sérieuse.

Si l’unité est source d’efficacité pour les travailleurs et les travailleurs, c’est sans surprise qu’on constatera que les classes dirigeantes tentent toujours de créer et entretenir la division. Issue de la démocratie bourgeoise, qui n’est pas faite pour prendre en compte les besoins de celles et ceux qui produisent les richesses de la communauté, la loi leur est un instrument très utile. Ainsi, la loi sur la représentativité syndicale d’août 2008, en faisant de chaque élection professionnelle un moment déterminant pour la continuité de l’existence d’un syndicat, fragilise les recherches unitaires. La constitution de listes communes pour les élections des délégué-es est maintenant perçue comme peu évidente par nombre d’équipes syndicales ; par la dynamique que cela créé à travers la plateforme commune adoptée, c’est pourtant un vecteur non négligeable d’unité syndicale. D’une manière générale, le détournement de la démocratie ouvrière et syndicale8 vers des processus électoraux calqués sur le système politique institutionnel ne favorise pas l’unité syndicale ; ni l’unité des travailleur et travailleuses. Là n’est pas la seule raison, mais l’empressement de nombre d’organisations à tourner la page de la mobilisation contre la loi Travail pour mieux se consacrer à la préparation des élections TPE en témoigne.

Unité « au sommet », unité « à la base »

Mais l’unité ce n’est pas non plus qu’une histoire « d’appareils ». Précisons que nous utilisons ce terme sans mépris aucun pour les exécutifs d’organisation syndicale, qui, pour l’essentiel, appliquent les décisions élaborées collectivement et selon les règles internes qui leur sont propres (et différentes d’une organisation à une autre). Mais trop souvent l’unité se conçoit et se construit « par en haut ». C’est ainsi que, dans chaque organisation, les débats vont avoir lieu en interne, avant de déboucher sur un mandat qui sera la base de la discussion avec une ou plusieurs autres organisations qui auront eu la même démarche. Encore une fois, c’est important de respecter les rythmes démocratiques de son organisation. Mais cela contribue aussi à créer un décalage frappant : pour faire l’unité dont on sait qu’elle est importante pour les salarié-es afin d’engager l’action sur les lieux de travail même… il faudrait donc d’abord l’élaborer séparément pour pouvoir, qui plus est, la faire « au sommet », c’est à dire l’endroit le plus éloigné desdits lieux de travail !

Ce qui nourrit aussi tous les fantasmes sur une « intersyndicale nationale coupée de la base », alors que précisément la manière de construire l’unité, particulièrement sur le plan interprofessionnel, est totalement tributaire de cette démarche centralisée. Une démarche que ne remettent pas souvent en cause les équipes de terrain. Combien de fois n’a-t-on pas pesté pourtant sur l’impossibilité de prendre une décision ou une initiative dans un cadre interpro local « parce qu’il faut d’abord attendre le national » ? Bien sûr il existe des cadres intersyndicaux locaux, lorsque la confiance existe entre organisations, qui ont pris l’habitude de décider de manière autonome de leur calendrier : ce sont bien souvent les plus dynamiques… mais il sont rares.

Autre écueil : les appels intersyndicaux sont pour l’essentiel conçus comme des plateformes revendicatives qui n’impliquent pas nécessairement de pratiques communes. Co-signer un texte suffirait ? On pourrait, au contraire, imaginer que ce modèle soit inversé – ou tout du moins repensé – et que la préoccupation des moyens à mettre en œuvre pour mobiliser dans l’unité soit un préalable : appels à organiser des AG communes de syndiqué-es, à se répartir des tournées et permanences syndicales pour débattre avec les collègues, voire à les organiser ensemble, même chose pour les heures d’informations, les tractages, les affichages… On pourra rétorquer que ce travail se fait dans les secteurs où existent plusieurs syndicats signataires d’un même appel : d’une part ce n’est pas toujours le cas, ou alors imparfaitement, d’autre part il existe aujourd’hui nombre de déserts syndicaux où il serait particulièrement utile de voir ainsi débarquer une équipe de syndicalistes, soudée autour d’un projet revendicatif commun, à la porte de leur entreprise ou de leur service. Sans même parler des équipes d’organisations différentes mais dans un même bassin d’emploi, ou une même activité sur une région, qui gagneraient à se coordonner.

Mais bien sûr, si l’on ne souhaite pas que l’unité se réduise à des tractations nationales, encore faut-il s’assurer que ce soit un objectif partagé à la base ! Faire naître ce sentiment unitaire, faire partager cette volonté de travailler ensemble à la mobilisation de notre classe sociale est parfois un véritable défi. Il faut profiter pour cela des rares moments de mobilisations collectives et unitaires pour tenter de proposer des initiatives unitaires qui engageraient des convergences : co-organisation de rencontres publiques, mise sur pied d’une campagne locale, etc.

Un autre moyen est de lancer, comme cela a été fait en 2010 lors du mouvement pour la défense des retraites et en 2016 contre la loi « travail », des appels de syndicalistes unitaires9. D’abord parce que cela peut donner une base concrète (un texte d’appel à signer) pour poser le débat au sein de sa structure syndicale, ensuite parce que cela peut permettre, dans certains endroits de faire se rencontrer des équipes militantes. C’est aussi une manière d’assumer le fait de débattre et d’échanger publiquement entre syndicalistes de lutte, par delà nos appartenances organisationnelles : une démarche qui peut être tout à fait complémentaire à celle de mener les débats dans son organisation. Les uns pouvant enrichir les autres et permettre une meilleure appréhension des diverses stratégies syndicales… comme de mettre l’accent sur ce qui nous rassemble et sur les « bonnes pratiques » qui pourraient être partagées.

Rassemblement pour la relaxe des 8 salariés de Goodyear à Amiens – Banderole On bloque tout

C’est un peu ce qu’ont essayé de porter les syndicalistes qui se sont reconnu-es dans l’appel « On bloque tout ! »10 en proposant à l’été 2016 de discuter d’un réseau pérenne qui prendrait le relai de l’appel, de manière à ce que les liens tissés pendant plusieurs mois de mobilisation ne se perdent pas. C’est une piste, modeste, mais qui pourrait jouer un rôle similaire, avec des coordonnées politiques et sociales différentes, à celui qu’ont put jouer les revues Résister puis Collectif11 dans les années 1980 et 1990. Une des propositions notamment est d’organiser des journées intersyndicales d’échanges sur des problématiques communes. Entre autres questions avancées : les moyens de mieux organiser les travailleuses et travailleurs précaires, la résistance à la répression syndicale (celle de l’État, mais aussi celle du patronat dans les boîtes), la popularisation et le soutien matériel aux grèves locales. Ce qui permettrait de mieux se connaître sur la base d’échanges de pratiques de terrain, loin des idées-reçues sur les un-es et les autres.

Et au plan international ?

L’internationalisme (comme l’interprofessionnel) est un des aspects essentiels de notre syndicalisme et non quelque chose qui viendrait « en plus »12. Il existe des modèles syndicaux ne se reconnaissant pas dans cette conception : ce sont ceux qui considèrent que le syndicalisme se limite, au mieux, à la défense des intérêts immédiats des salarié-es. Nous nous réclamons d’un syndicalisme agissant pour une profonde transformation sociale et une rupture avec le système capitaliste ; cela impose une pratique en phase avec cette ambition, donc un engagement internationaliste réel, que ce soit au plan des structures nationales ou des collectifs militant-es locaux. Il s’agit donc de définir quelles sont les tâches prioritaires pour le syndicalisme, au plan international, face aux violentes attaques du capitalisme qu’on peut résumer sous le titre générique de « politique d’austérité », tout en sachant qu’elle a de multiples facettes et conséquences : la question économique (bas salaires, chômage, précarité, flexibilité, misère…) en fait partie, mais cela touche aussi à des sujets tels que l’immigration et l’émigration, le colonialisme, le logement, l’égalité femmes/hommes, les droits syndicaux, etc. Comment se donner les moyens de la résistance, mais aussi de la contre-attaque et de l’offensive pour nos revendications et vers l’utopie à construire ?

Comme pour l’ensemble de notre stratégie, nous avons besoin pour cela d’une politique syndicale autonome, c’est-à-dire définie au sein de nos collectifs syndicaux et non à l’extérieur, définissant et mettant en œuvre les moyens nécessaires à sa réalisation, organisant l’action collective des travailleurs et des travailleuses (qui peut prendre de nombreuses formes). Le mouvement syndical européen incarné par la CES13 ne correspond pas à notre syndicalisme, il va même souvent à son encontre. C’est en partie inhérent à la construction même de la CES, directement intégrée à l’institution Union européenne ; mais ce qui est en cause, c’est aussi l’orientation et la pratique très majoritaires au sein des organisations syndicales qui composent la CES. Depuis 2008, malgré quelques petites inflexions (mais comment ne pas le faire au vu des conséquences de « la crise » !), jamais la CES n’a essayé d’organiser, à l’échelle nécessaire, une riposte aux politiques d’austérité et aux graves attaques antisociales des patrons, des gouvernements, de l’Union européenne et des institutions liées ; dans plusieurs pays, des organisations membres de la CES sont complices de tous les coups portés par le capitalisme ; pour rester dans une zone géographique proche, on peut citer les Commissions ouvrières et l’UGT qui ont signé plusieurs accords avec le patronat et le gouvernement espagnols allant bien au-delà de ce que la CFDT a fait de pire en France, ou encore les organisations italiennes CGIL, UIL et CISL qui ont aussi accepté de nombreux reculs et signé un accord avec le patronat pour ôter quasiment tout droit syndical aux « syndicats de base » qui refusent d’accepter les conventions collectives plus défavorables aux salarié-es qu’auparavant. L’Union syndicale Suisse, quant à elle, ne remet nullement en cause la « paix du travail », qui interdit quasiment les grèves et que combattent dans des conditions bien difficiles quelques collectifs syndicaux locaux. On peut aussi citer l’exemple de la Grèce en juillet dernier, où la CES a soutenu son affiliée GSEE dans la bataille pour le « oui » au référendum organisée à propos de l’accord signé par le gouvernement, tandis que l’organisation de la Fonction publique ADEDY ainsi que la très petite organisation anarcho-syndicaliste ROCINANTE défendaient le « non ».

À contrario de ces exemples, des organisations membres de la CES ont des lignes non capitulardes. Toujours pour rester dans l’ouest-européen, parce que c’est notre zone géographique, les syndicats belges en donnent l’illustration à travers les nombreuses actions nationales interprofessionnelles et professionnelles menées par la FGTB et la CSC ces dernières années ; il en est de même, dans un contexte légal où les conditions de luttes sont très difficiles, pour de nombreuses organisations anglais membres des TUC. Ce dernier exemple permet de pointer une autre spécificité : au sein des TUC ou encore de la CGTP au Portugal, toutes deux membres de la CES, des fédérations, parmi les plus combatives, sont membres de la FSM14, l’internationale syndicale historiquement liée au modèle soviétique et dont les positions sur plusieurs sujets aujourd’hui (soutien aux régimes syrien et iranien par exemple) sont aux antipodes des nôtres. En Italie, parmi les « syndicats de base », USB a aussi fait ce choix ; au Pays basque, LAB est également membre de la FSM.

Cette description permet de comprendre pourquoi l’Union syndicale Solidaires a insisté pour que le Réseau syndical international de solidarité et de luttes15 créé en mars 2013 soit ouvert à toutes les organisations qui le souhaitent, quelque soit leur affiliation ou leur non-affiliation internationale. La participation au Réseau se fait sur la base d’un appel dont le contenu anticapitaliste, autogestionnaire, anticolonialiste, féministe, antiraciste, écologiste, antisexiste, est très clair. À côté des organisations non affiliées à la CES, la FSM ou la CSI16 (comme Solidaires et d’autres syndicats « alternatifs » en Europe) il y a des collectifs syndicaux proches dans leurs pratiques et leurs orientations membre de ces organisations internationales préexistantes ; nous avons l’ambition de construire ensemble. Nous considérons que c’est une condition essentielle au développement d’un syndicalisme alternatif à l’échelle internationale, et donc européenne.

L’unification syndicale est-elle possible ?

On ne peut pas évacuer l’objectif de l’unification syndicale. Nombreuses et nombreux sont les salarié.e.s a bien souvent nous le répéter : « pourquoi y a-t-il autant de syndicats ? ». Nous avons expliqué plus haut en quoi cette situation est tributaire à la fois d’histoires, de stratégies, de pratiques différentes… et même de la volonté de beaucoup de salarié.e.s (ce qui peut apparaître contradictoire) à ce qu’un « choix » syndical existe ! Mais étudions tout de même cette hypothèse, celle de l’unification organisationnelle, et essayons, sans tabous, de dessiner une perspective en ce sens.

Tout d’abord, l’unification ne peut se limiter à une question de forme (rassembler plusieurs organisations), sans aborder le fond (la pratique et les orientations). S’il n’est pas question d’attendre une identité complète de vues pour envisager de se rassembler, il est tout aussi clair que cela ne doit pas se faire en gommant les divergences fondamentales qui existent entre certains types de syndicalisme : évidemment, nous ne saurions envisager une unification avec le « syndicalisme jaune », pro-patronal, continuateur des CFT et autre CSL17, car ce n’est pas du syndicalisme ! mais nous refusons aussi la fable d’une centrale unique qui irait de la CFTC et la CFDT à Solidaires et la CNT. Défendre cela, revient à se satisfaire d’une organisation syndicale fonctionnant sur le plus petit dénominateur commun, dans lequel les syndicalistes de lutte se contentent, le cas échéant avec des découpages en tendances18, de se compter. Il y a une ligne de partage inévitable : d’un côté, des syndicats qui défendent les droits acquis et en revendiquent de nouveaux, de l’autre des syndicats qui se satisfont de négocier les reculs imposés par le patronat ; d’un côté des syndicats qui s’inscrivent dans un processus de transformation sociale, de l’autre des syndicats qui acceptent le capitalisme comme un système indépassable.

Manifestation du 1er mai 2017 à Foix

Pour prendre une référence historique, disons que notre propos sur l’unification concerne les courants syndicaux qui se retrouvent dans la « double besogne19 » de la Charte d’Amiens ; et ils sont nombreux. Si on préfère une image actuelle, les collectifs syndicaux dont nous parlons sont ceux qui ont lutté contre la loi « travail » ; ils sont également nombreux et d’affiliations diverses : CGT, Solidaires, CNT-SO, CNT, FO, FSU, LAB, STC, quelques structures UNSA et CFDT, une poignée de syndicats d’entreprise comme le SDEM20. A partir de cette définition, nous avançons trois propositions qui peuvent apparaître ambitieuses et incertaines mais sont, selon nous, possibles et nécessaires :

– Un processus d’unification/réunification du mouvement syndical ne se décrètera pas au plan national pour être appliqué ensuite localement. À l’inverse, ça ne fonctionnera pas sans coordination et impulsion nationale. Une fois de plus, c’est d’un mouvement dialectique dont il s’agira : le processus d’unification portera en lui-même des dynamiques qui le transformeront et le feront avancer. Le rôle des collectifs syndicaux soucieux de le voir aboutir sera d’être attentifs à ces évolutions et de les favoriser.

– Se proclamer pour l’unité, voire une unification, est une chose ; mais ensuite, concrètement ? Dans quelle organisation ? Il y a là un problème qui est loin d’être négligeable. Beaucoup l’éludent et se contentent de réclamer l’unité. Ce peut être satisfaisant s’il s’agit seulement de construire dans le mouvement syndical un courant, une fraction, une tendance, un groupe, se réclamant de l’unité ; ça ne l’est pas pour qui veut la réaliser. On n’avancera pas, tant qu’on fera semblant de croire que pour les syndiqués CGT l’unité pourra se faire en rejoignant Solidaires ou que pour les militants et militantes Solidaires ça pourra se faire en rejoignant la CNT ou la CGT, ainsi de suite, et réciproquement… Décréter la création d’une nouvelle organisation que chacun et chacune doit rejoindre en sabordant la sienne n’est pas plus crédible.

Alors que faire ? Citons, Benoit Frachon21 parlant de l’unité chez les cheminots après le congrès de la fédération CGT‑U en 1934 : « Dans les exemples qui nous sont fournis, les formes de front unique et d’unité sont très variées. Ici, c’est un comité d’unité d’action qui a été constitué, là ce sont le bureaux [des syndicats] qui se réunissent en commun, ailleurs c’est un bureau unique qui a été élu dans une assemblée commune des syndiqués. Les camarades de l’atelier de Vitry, eux, ont constitué leur syndicat unique de la façon suivante : les syndiqués unitaires et confédérés22 conservent leurs cartes à leur fédération respective ; ils ont décidé que les non syndiqués qui voudraient adhérer au syndicat unique pourrit le faire s’ils le désiraient, sans adhérer à une [des deux] fédérations. Ils ont ainsi fait plus de cent adhésion dès la création de leur syndicat unique. Dans ce domaine, les camarades doivent faire preuve de la plus large initiative ». Certes, il y a un problème de taille avec ce texte d’un secrétaire confédéral de la CGT‑U : il a été publié dans « Les cahiers de communisme » de juin 1934, organe du Parti Communiste Français. Cela rejoint ce que nous expliquons précédemment à propos du rôle du PCF dans cette période23. Mais l’idée mise en avant est intéressante : créer le syndicat unitaire, sans dissoudre d’emblée les organisations préexistantes ; apprendre d’abord à travailler ensemble ; n’imposer à personne de rejoindre « l’autre » mais créer ensemble ; et provoquer l’adhésion de nouveaux syndiqué-es, conquis par l’élan novateur et le dynamisme d’une telle construction. N’y a-t-il pas là matière à réfléchir pour aujourd’hui, si nous voulons sortir des incantations et avancer dans la voie de l’unification ? Caractéristique importante : une telle démarche met ce qui se passe à la base au cœur du processus.

La troisième proposition viserait au dépassement de chacune des organisations existantes à ce jour. Ceci, à travers le processus décrit ci-dessus, mais aussi dans les périmètres mêmes de nos organisations. Depuis des dizaines d’années, un grand nombre d’associations jouent un rôle considérable dans le mouvement social. Quasiment toutes se sont construites parce que le syndicalisme a abandonné certains secteurs : associations de chômeurs et chômeuses, pour le droit au logement, de défense des sans-papiers, coordination de travailleurs et travailleuses précaires, etc. D’autres interviennent sur des sujets qui sont pleinement dans le champ syndical : elles sont féministes, antiracistes, écologistes, antifascistes, antisexistes, etc. Se pose aussi la question du lien avec les travailleurs et travailleuses de la terre, la mouvance que représente partiellement la Confédération paysanne. Il y a aussi les mouvements anticolonialistes, revendiquant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, antimilitaristes, pacifistes, etc. Tout cela concerne les intérêts et l’avenir de notre classe sociale et c’est de ce point de vue qu’il faut les traiter. Là non plus, il ne s’agit pas de décret : un « LKP » imposé à tous, une « centrale syndicale et populaire » aux fondements non partagés, une quelconque nouvelle organisation conçue comme une fin en soi, ça ne marchera pas. Mais s’orienter résolument sur la voie d’un dépassement de ce type , qui pourrait être organisationnel comme tenir du « pacte », du « front », de la « plateforme », s’en donner les moyens, prendre le temps nécessaire à le construire, il y a là un projet qui vaut la peine d’être réfléchi… et pourquoi pas tenté ?

Il est certain qu’une telle démarche nécessiterait un aggiornamento stratégique dans un grand nombre de structures syndicales et du mouvement social. Il est tout aussi certain que nous en sommes encore éloigné, même si, de plus en plus, on peut voir des équipes syndicales d’une organisation trouver des points communs avec des équipes d’autres organisations, s’inspirer de pratiques revendicatives, de campagnes, etc. Il ne faut pas sous-estimer du coup ce qu’un tel projet d’unification, mis en débat largement, créerait comme émulation parmi des centaines, des milliers de collectifs militants. Et ce que cela pourrait dire en termes de regain de combativité, d’inventivité dans la lutte, d’imagination de nouvelles formes et moyens de contestation.

On l’aura compris : l’incantation unitaire ne nous intéresse pas ; la recherche effective des moyens d’unifier le mouvement syndical dont nous nous réclamons est complexe. Nous mettons en débat des idées pour y travailler à la base et au plan national24, pour traiter les questions organisationnelles et les champs d’action, avec l’idée qu’il faut, certes s’appuyer sur les enseignements de l’histoire du mouvement ouvrier, mais pour inventer ce qui correspond aux besoins d’aujourd’hui. Il en va aussi de notre capacité collective à proposer aux exploité-es et aux opprimé-es des formes organisationnelles qui donne confiance dans la possibilité de changer le monde. Ce qui n’est pas rien face aux barbaries qui obscurcissent de plus en plus notre horizon. À suivre donc… avec détermination.

Christian Mahieux, Théo Roumier

1 La bureaucratie syndicale ne saurait se limiter à la question des permanents et permanentes. La prise en compte des spécificités liées à ce type de militantisme est indispensable ; des réponses existent : limitation du temps (mais cela n’est pas adapté à la situation rencontrée dans une multitude d’entreprises), dégagements à temps partiel, contrôle des mandats… Mais les pratiques bureaucratiques ne sont pas l’apanage de permanents et permanentes ; loin de là !

2 On oublie souvent de dire que la réunification syndicale de 1936 est permise par la décision de l’Internationale Communiste, appliquée par le Parti Communiste en France qui décide de rompre avec la dénonciation de tous les autres courants pratiquée depuis plus de 10 ans, pour passer provisoirement au « Front unique à la base ». Du jour au lendemain, les syndicalistes de la CGT dument vilipendé-es depuis des années, (re)devenaient des frères de classes [et sœurs, mais bien peu…] avec qui l’unité devait se faire. Cette conception d’une unification syndicale décidée à l’extérieur du mouvement syndical porte en elle-même les germes de son échec. La création de la très petite CGT-SR, puis après la guerre celle de la CNT puis de FO, ainsi que le maintien ou le retour dans l’autonomie de nombre de structures (aux impôts, chez les journalistes, dans l’éducation nationale, à la SNCF, etc.) illustrent l’illusion de cette unité imposée de l’extérieur.

3 Nous ne développons pas plus cet aspect historique ici, car diverses contributions publiées dans ce numéro 4 des Cahiers Les utopiques donnent de nombreux exemples.

4 A propos de ces deux grèves et de la création de ces deux organisations syndicales, on peut lire un résumé dans le chapitre « brève histoire de l’Union syndicale Solidaires », qu’on retrouve dans le livre « Solidaires, un autre syndicalisme… », aux éditions Prospero, disponible au siège national et dans les structures membres de l’Union. Egalement, sur Sud Ptt : « Sud, syndicalement incorrect ; Sud Ptt, une aventure collective », coordonné par Annick Coupé et Anne Marchand aux éditions Syllepse.

5 Voir dans le numéro 3 des Cahiers Les utopiques : « la grève de 2016 dans le secteur ferroviaire ».

6 Ce qui ne signifie pas qu’il faille passer sous silence les autres initiatives, comme la pétition Internet « Loi Travail : non, merci ! » ou ce qui s’est passé dans les universités.

7 En fait, du début à la fin, l’aventure des Fralib, qui autogèrent aujourd’hui SCOP-TI, a été soutenue par une section CGT et une section CGC.

8 Nous parlons de démocratie ouvrière et syndicale lorsque les travailleurs et travailleuses choisissent, selon les modalités qu’ils et elles décident, leurs délégué-es ; ce terme étant là utilisé dans un sens très large : délégué-es du personnel, représentant-es du personnel, secrétaire de syndicat ou section syndicale, etc.

9 Les appels de 2010 et 2016 sont consultables sur le site www.onbloquetout.org.

10 www.onbloquetout.org et page Facebook : On Bloque Tout.

11 Voir l’article de Michel Desmars dans ce numéro.

12 Une grande partie de ce chapitre reprend le projet de résolution internationale écrite pour le prochain congrès de l’Union syndicale Solidaires qui aura lieu en juin 2017. Plutôt que de faire semblant, de réécrire différemment quelques phrases, il nous paraît plus juste de reprendre un extrait des contributions que nous avions fournies dans ce cadre.

13 Confédération Européenne des Syndicats.

14 Fédération Syndicale Mondiale.

16 Confédération Syndicale Internationale ; c’est la principale confédération internationale.

17 La Confédération Française du Travail, a pris le nom de Confédération des Syndicats Libres en 1977, après l’assassinat d’un militant CGT par un de ses commandos. La CSL se dissout en 2002, certaines de ses sections entrent à FO ou à l’UNSA, d’autre s deviennent non affiliées, comme le SIA chez PSA). Il s’agit d’organismes chargés de faire régner l’ordre patronal, pas de syndicats.

18 Qui peuvent conduire à une parlementarisation de la démocratie syndicale… entraînant trop souvent l’inertie.

19 Le syndicalisme a une double besogne : d’une part, il agit pour « la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires », d’autre part « il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ».

20 Syndicat Démocratique des Employés Mécontents, présent dans le groupe d’assurances Allianz.

21 Secrétaire, puis président, de la CGT de 1936 à sa mort en 1975.

22 Unitaires : CGT‑U. Confédérés : CGT.

23 Voir la note 2.

24 Dans un cadre internationaliste.

Christian Mahieux

Christian Mahieux

Christian Mahieux, cheminot à la Gare de Lyon de 1976 à 2003, a été notamment secrétaire de la fédération SUD-Rail de 1999 à 2009, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires de 2008 à 2014. Il est aujourd’hui membre de SUD-Rail et de l’Union interprofessionnelle Solidaires Val-de-Marne.
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Christian Mahieux, cheminot à la Gare de Lyon de 1976 à 2003, a été notamment secrétaire de la fédération SUD-Rail de 1999 à 2009, secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires de 2008 à 2014. Il est aujourd’hui membre de SUD-Rail et de l’Union interprofessionnelle Solidaires Val-de-Marne.