Face à la déstabilisation du monde : opposer le visage de la solidarité

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Ce texte est écrit à partir du texte voté en Conseil délibératif fédéral national (CDFN) de la FSU,  le 26 mars 2025.


Professeure de philosophie, Caroline Chevé est secrétaire générale de la Fédération des syndicats unitaires (FSU).


[S.Bontoux FSU]
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Renforcé par l’arrivée au pouvoir de D. Trump, marquée par sa convergence de vue avec Poutine, le développement de pouvoirs autoritaires et nationalistes, impérialistes et expansionnistes, pratiquant un capitalisme extractiviste sans limite, et cherchant à instaurer non pas un monde de paix régi par le droit, mais des rapports de force permanents au détriment des peuples, rend la situation géopolitique internationale instable. Des opérations de désinformation et d’ingérence visant à déstabiliser les démocraties sont menées, particulièrement en Europe, avec le soutien de médias détenus par des milliardaires propageant notamment les idées de l’extrême droite.
La FSU rappelle son exigence de paix, dans le respect du principe d’autodétermination des peuples, du droit international et de l’intégrité territoriale des pays. Elle réaffirme sa solidarité avec tous les peuples victimes de guerres et d’agressions impérialistes. Face aux menaces pour les peuples que font peser les extrêmes droites s’organisant au niveau international, le combat pour faire reculer leurs idées et empêcher leur accession au pouvoir est indissociable aujourd’hui du combat pour la paix.
Le Président de la République instrumentalise le contexte international et annonce le passage à une « économie de guerre », sans augmentation d’impôts, pour redoubler les attaques sur les droits sociaux et les services publics, synonyme de remise en cause frontale et brutale du modèle social hérité de la Libération. Il entend faire porter l’effort sur les salarié.es, alors même qu’ils font déjà les frais de la politique de l’offre : doublement du budget militaire qui passerait de 50 à 100 milliards au détriment d’autres budgets, poursuite du gel de la valeur du point d’indice, gel de 9,1 milliards d’euros de crédits prévus pour les politiques publiques de l’État et la sécurité sociale, réduction des budgets de la culture, abandon des politiques écologiques, augmentation du temps de travail… Les retraité.es sont aussi ciblés, par une rhétorique suggérant qu’ils et elles seraient des privilégié.es. Le gouvernement utilise l’inquiétude légitime de la population, voire sa sidération, pour tenter d’imposer une nouvelle étape de reculs sociaux.
Il en va ainsi pour les retraites quand, reniant ses engagements, le Premier ministre entend vider la « délégation paritaire permanente » de toute possibilité de revenir sur la réforme de 2023. Il rejoint ainsi officiellement la position du patronat et aggrave la crise sociale et démocratique en méprisant la volonté populaire toujours très majoritaire d’un retour aux 62 ans.


[S.Bontoux FSU]
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Pour la FSU, c’est l’opposé de ce qu’il faut faire. L’extrême droite se nourrit du sentiment de déclassement, d’abandon, de concurrence généralisée y compris pour accéder aux services publics. Elle est confortée par le racisme qui s’exprime de plus en plus ouvertement dans certains médias et dans le débat public. Il y a urgence de protéger notre modèle social hérité de la Libération, ainsi que la démocratie et l’État de droit. Pour cela, il est impératif d’engager une vaste réforme fiscale, en rupture avec les politiques menées jusqu’ici, afin de faire contribuer le capital en dégageant les ressources nécessaires pour préserver, conforter et développer les services publics. Il faut également redonner toute sa place à la cotisation sociale, dont il faut augmenter les parts employeurs et élargir les assiettes pour renforcer la protection sociale.
Des politiques de rupture écologique et sociale rendraient nos sociétés moins dépendantes des énergies fossiles et des ressources majoritairement contrôlées par des régimes autoritaires. Dans le contexte international actuel, la lutte écologique, qui vise à protéger la biodiversité et les écosystèmes, à atténuer le changement climatique, et à assurer un avenir viable aux populations, est un enjeu aussi social et démocratique que géostratégique.
Il faut encore se donner les moyens de développer la vigilance de la population à l’égard de la désinformation, ce qui passe aussi par l’éducation.
Le contexte international pèse aujourd’hui sur les capacités de mobilisation, il est de la responsabilité des organisations syndicales de construire avec les personnels, les modalités d’action qui permettront de redonner de l’espoir et d’obtenir des avancées. Les ressorts existent : la réussite du 8 mars comme celle du 22 mars ont montré de fortes capacités de mobilisation. Le lancement de la campagne des 8 organisations syndicales contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie sur les lieux de travail montre la volonté d’opposer un front uni. En Serbie, en Turquie, en Israël, les manifestations massives montrent aussi que les sociétés sont capables de réagir pour défendre les démocraties et l’État de droit.
Ainsi, face aux conflits qui se multiplient, et aux rapprochements des pouvoirs autoritaires et nationalistes, à la convergence de vue entre Trump et Poutine et aux menaces des extrêmes droites qui s’organisent au niveau international, la FSU participe à la construction de mobilisations internationalistes et œuvre à la construction de cadres de solidarité larges. La FSU maintiendra, dans le cadre de sa coopération syndicale internationale, les échanges avec les organisations syndicales des pays en guerre et soumis à des régimes autoritaires.
La FSU rappelle sa solidarité avec la population ukrainienne face à l’agression russe. Elle rappelle son attachement à une paix juste et durable, qui implique un retrait des troupes russes du territoire ukrainien. Elle participe aux initiatives intersyndicales de solidarité et a appelé, sur ces bases, à se mobiliser pour exprimer ce soutien lors de la manifestation du 5 avril à Paris.


[S.Bontoux FSU]
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Face à la reprise de la guerre génocidaire à Gaza, aux menaces de nettoyage ethnique et d’effacement du peuple palestinien par le gouvernement suprémaciste israélien de Netanyahu, la FSU rappelle son exigence d’un cessez-le feu permanent et de la libération des otages et prisonnière⋅es. Elle participe aux mobilisations impulsées par le collectif national pour une paix juste et durable notamment (initiatives du 30 mars et du 6 avril et autour de la journée des prisonniers le 17 avril). Elle participe aux initiatives intersyndicales pour peser sur le gouvernement français afin d’exiger des sanctions contre Israël tant que cet Etat ne se conforme pas au droit international et pour défendre les droits du peuple palestinien à l’autodétermination.
La FSU exprime son plein soutien aux étudiant⋅es et aux enseignant⋅es du supérieur en grève et actuellement réprimé·es par le gouvernement d’Erdogan. Elle apporte son soutien aux manifestant⋅es qui, en Turquie, défendent la démocratie et participera aux initiatives de solidarité en France.
En Serbie, depuis quatre mois, des centaines de milliers de manifestants s’opposent à un régime autoritaire. Les enseignant.es, très engagé.es dans ce mouvement, font face à une situation alarmante, le gouvernement serbe ayant annulé ou réduit illégalement les salaires des travailleurs en grève. La FSU rappelle son attachement au droit de grève et aux libertés syndicales. Elle apporte son soutien aux manifestant.es, aux enseignant.es et étudiant.es en Serbie dans leur lutte pour la justice, la dignité et la démocratie.
La FSU exprime sa solidarité avec les populations victimes des exactions commises tant par le mouvement du 23 mars (M23), les forces rwandaises que les forces armées de la RDC et leurs soutiens, les « wazalendos », sorte de groupes d’autodéfense armés. Elle appelle la diplomatie française à prendre les mesures nécessaires vis-à-vis du Rwanda pour que les combats cessent dans l’Est du pays.
L’administration Trump inflige un choc inédit à la société états-unienne. Les attaques massives contre l’État fédéral (licenciements massifs…), la déréglementation environnementale, la répression des étudiant·es, les attaques contre la science et les universités, la remise en cause des droits civiques forment un projet cohérent, désormais imposé par une répression autoritaire. La FSU poursuit sa participation aux initiatives de solidarité avec les étudiant·es, fonctionnaires et manifestant⋅es qui résistent aux projets de Trump.

FSU


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