L’opposition au Service national universel : un terrain de luttes syndicales

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Le SNU, c’est un peu l’autre grande cause des quinquennats de Macron, la marotte du président. Mis en place en 2019, le dispositif a d’abord été confié à Gabriel Attal, alors secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation et de la jeunesse. Malgré les résistances qu’il suscite, le peu d’engouement qu’il rencontre, le SNU a fait l’objet d’une politique volontariste de la part de Macron qui a cherché à l’imposer et à le généraliser, sans succès cependant. Derrière le SNU, c’est tout un projet de militarisation de la jeunesse qui se déploie : le SNU s’intègre à une politique plus globale visant à placer l’école, et plus largement la culture, au service de la Défense. A Solidaires, si on combat le SNU, c’est surtout contre cette vision de l’école et de la culture que l’on se mobilise.


Professeure de lettres, Bérengère Basset coanime l’Union départementale Solidaires Tarn et représente la fédération SUD Éducation au sein de l’Union syndicale Solidaires.

Affiche de la fédération des syndicats SUD Éducation [SUD Éducation]
Affiche de la fédération des syndicats SUD Éducation [SUD Éducation]

La généralisation du SNU, obsession du gouvernement Macron

Dès le départ, le SNU a été imposé à marche forcée. Et ce ne sont pas seulement nos tracts et communiqués qui le disent, mais aussi le rapport que la Cour des comptes a consacré à ce dispositif et qu’elle a publié en septembre 2024 [1] : il pointe ainsi l’absence de débat parlementaire, l’absence de consultation de la jeunesse comme des parties prenantes, et ce au rebours des recommandations émises par le groupe de travail mis en place en 2018.
L’objectif affiché du gouvernement, poursuivi sans relâche, c’est d’obtenir la généralisation du SNU à toute une classe d’âge. C’est d’emblée sous cette forme obligatoire qu’est conçu le SNU. En 2017, candidat en campagne pour les élections présidentielles, Emmanuel Macron promettait ainsi l’instauration d’« un service national de durée courte, obligatoire et universel ».  En juin 2018, lors d’un conseil des ministres, Édouard Philippe, alors chef du gouvernement, annonce la mise en place du SNU dont « la première phase […], dans le prolongement de l’obligation scolaire, constituera l’aboutissement du parcours citoyen débuté à l’école primaire et poursuivi au collège [2] ». Une expérimentation est lancée en 2019, sur la base de volontariat : il manque, en effet, une base légale pour rendre obligatoire le SNU. Les chiffres que s’étaient fixés le gouvernement ne vont jamais être atteints : le SNU ne trouve pas de volontaires en nombre suffisant et la montée en puissance que vise le gouvernement ne se fait pas [3].
Face à cette désaffection du SNU, le gouvernement ne désarme pas et déploie tous les moyens possibles pour enrôler la jeunesse. Le projet de généralisation est resté dans les tuyaux, mais il faut prouver son bien-fondé en faisant croître les chiffres de la participation. Pour ce faire, le gouvernement multiplie les appâts : les volontaires reçoivent une bonification sur Parcoursup, bénéficient d’un accès gratuit à la formation et à l’examen du code de la route. Et puis, au printemps et à l’été 2023, le gouvernement lance la caravane du SNU, grande opération de promotion.
Mais tout cela ne suffit pas. Le gouvernement va dès lors mettre en place le déploiement du SNU sur temps scolaire. À la rentrée 2023 est ainsi introduit le label « classes et lycées engagés », véritable cheval de Troie pour faire pénétrer le SNU dans les lycées et œuvrer à sa généralisation. Ce label concerne les classes de seconde et de première année de CAP, il consiste à monter un projet pédagogique comprenant la participation des élèves à un séjour de cohésion du SNU [4] sur temps scolaire. En théorie, il faut qu’un personnel enseignant soit volontaire pour répondre à la candidature. Dans les faits, comme les volontaires se font rares, il arrive que des équipes de direction prennent l’initiative de faire labelliser leur établissement, enrôlant dans le dispositif des projets déjà en place, parfois contre l’avis des enseignant·es qui les portent. Le label « classes et lycées engagés » fonctionne comme une vitrine pour mettre en avant un lycée, dans une logique de concurrence entre les établissements. Dans les chiffres de l’INJEP, sur l’année scolaire 2023-2024, 530 établissements se seraient inscrits dans ce label et 12 000 jeunes auraient participé à un séjour de cohésion SNU dans ce cadre [5]. Comme pour un voyage scolaire, la participation au séjour reste facultative : ainsi, toujours d’après l’INJEP, seulement 55 % des jeunes inscrit·es en classes et lycées engagées auraient rejoint le séjour proposé. Si la base reste celle du volontariat, des pressions s’exercent cependant sur les élèves pour les inciter à participer au séjour [6]. L’ensemble des élèves ne participant pas à ce séjour, lequel s’étend tout de même sur deux semaines, il en résulte une grande désorganisation des cours et du fonctionnement de la classe.


Banderole du collectif « NON au SNU ». [Coll. CM]
Banderole du collectif « NON au SNU ». [Coll. CM]

Bref, les classes et lycées engagés, c’est aussi un fiasco. Devant ces échecs répétés, le gouvernement renonce progressivement à la généralisation du SNU. Plus encore, c’est le dispositif lui-même qui est remis en cause. Car le SNU est un fiasco qui coûte cher. C’est ce que pointe le rapport de la cour des comptes. C’est aussi ce qui va motiver un vote du Sénat, en janvier 2025, pour la suppression des crédits au SNU. Pour Solidaires, cet abandon du SNU est certes une satisfaction. Mais ça ne saurait suffire. Le SNU est mis sous le boisseau pour des raisons économiques. Or, pour Solidaires, ce sont les fondements idéologiques et politiques sur lesquels il repose qui doivent être remis en cause. Et de ce point de vue, la bataille est encore à mener.

Une entreprise de militarisation de la jeunesse et de l’école

La militarisation de la jeunesse à laquelle répond le SNU est claire d’entrée de jeu. Dès sa création, le dispositif est placé sous la double tutelle du ministère de l’Éducation et de celui des Armées. Il participe à un tout réseau qui, de longue date déjà, tisse des liens entre l’école et la défense nationale. Un rapport du SNU, publié en juin, 2022, énonce clairement que l’un des objectifs visés par le SNU est « dans une logique de contribution à l’esprit de défense, d’informer les jeunes des perspectives de carrière dans les armées et la gendarmerie, et des besoins des forces de réserves, la professionnalisation imposant un effort particulier pour susciter des vocations [7] ».
Les séjours de cohésion, première phase du SNU, marquent cette volonté d’embrigadement de la jeunesse. Les jeunes sont soumis à une discipline qu’on peut aisément qualifier de militaire : port de l’uniforme, lever à 6h 30 et coucher à 22h 30, salut quotidien au drapeau, « Marseillaise ». Dans plusieurs cas, les séjours ont été encadrés par des militaires à le retraite, sans compétence pour accompagner des jeunes, ce qui donne lieu à des dérives. En 2019, dans le Val d’Oise, les volontaires d’un séjour de cohésion sont ainsi réveillé·es en pleine nuit par une simulation de fusillade et des fumigènes, l’opération va provoquer des malaises et des crises de panique. A l’été 2022, à Strasbourg, des volontaires sont soumis une punition collective et doivent effectuer des pompes en pleine nuit. Les exemples de ce type ne sont pas isolés. Sous couvert de l’engagement que le SNU est censé promouvoir, le dispositif a toutes les apparences d’une mise au pas de la jeunesse. C’est précisément parce que la jeunesse s’engage et se mobilise que le gouvernement entend l’enrôler et la contrôler. La discipline à laquelle le SNU soumet les jeunes rappelle l’expérience humiliante infligée à Mantes-la-Jolie en décembre 2018 aux lycéen·nes mobilisé·es contre les réformes Blanquer.
Par le SNU, il s’agit non seulement de tenir la bride à la jeunesse, mais encore de la placer au service de l’effort de guerre et de la défense nationale. Le SNU donne occasion à l’État de déverser sa propagande militaire à un public captif. Quant au label « classes et lycées engagés », non seulement il intègre le séjour de cohésion du SNU au temps scolaire mais encore il incite à placer programmes et projets pédagogiques au service des valeurs de l’Armée en même temps qu’il conduit à faire pénétrer les institutions militaires dans les parcours scolaires. De ce point de vue, le SNU n’est pas un dispositif isolé. Il s’inscrit dans la lignée d’autres programmes qui organisent une liaison entre École et Armée. Le projet n’est pas neuf et date au moins de la 3e République [8]. En 1982, sous le premier gouvernement PS/PCF de Mitterrand, les ministres Charles Hernu et Alain Savary signent le premier protocole d’accord interministériel entre la Défense et l’Éducation nationale. Les, nombreux, textes qui suivront au fil des ans s’inscrivent dans la suite de ce document fondateur. Lors de l’abandon du service militaire obligatoire en 1997, se sont développés des dispositifs visant à faire pénétrer l’Armée dans les écoles, à resserrer les liens entre les deux ministères et à trouver ainsi des recrues dans les établissements scolaires. Le SNU entre ainsi en réseau avec les « classes de défense et de sécurité globale » mises en place en 2005 autour d’un triple objectif : contribuer à la cohésion nationale, promouvoir l’esprit de défense, garantir l’attractivité de l’armée. Ces classes se déploient en collège et en lycée, elles sont menées à l’initiative d’une équipe enseignante et consistent à organiser, sur temps scolaire, des rencontres et des activités régulières avec une unité militaire qui la parraine. Dans le même état d’esprit, se développe, en 2008, le projet des « cadets de la défense ». Là encore, il s’agit d’un partenariat entre une unité militaire et un établissement scolaire, collège ou lycée, pour proposer aux élèves, hors temps scolaire cette fois, des animations assurées par des militaires, les accueillir plusieurs demi-journées par mois au sein d’une formation militaire.
Au-delà des ces dispositifs, depuis 1997 et la suspension du service militaire, les principes et l’organisation de la défense nationale et européenne font l’objet d’un enseignement obligatoire, « avec entre autres objectifs, de renforcer le lien Armée-Nation [9] ». Dans les académies, cette éducation à la défense est portée par les « trinômes académiques ». Placés sous l’autorité des recteurs, ces « trinômes académiques » organisent une collaboration entre l’armée, l’éducation nationale et l’institut des hautes études de défense nationale. A l’échelle nationale et locale, tout un maillage se déploie pour renforcer les partenariats entre école et armée. Le travail en ce sens se poursuit avec un certain volontarisme. En décembre 2023 était constituée au sein de l’Assemblée nationale une mission d’information sur le rôle de l’éducation et de la culture dans la défense nationale. Menée par les député·es Christophe Blanchet (MODEM) et Martine Étienne (LFI), cette mission a remis son rapport en juin 2024 [10]. Ce dernier détaille l’ampleur des dispositifs en place et des financements en jeu pour placer l’éducation et la culture au service de la défense du pays. Des propositions, notamment portées par Christophe Blanchet, émergent pour aller encore plus loin. Le député MODEM encourage la militarisation des programmes et des activités scolaires en demandant la création de délégation de porte-drapeaux dans chaque collège et lycée, l’instauration d’un module obligatoire sur la défense globale à destination de toutes les classes de seconde ou encore la possibilité pour les élèves de seconde volontaires d’effectuer un camp militaire en fin d’année scolaire.


Affiche du SGEN-CFDT contre le protocole Hernu-Savary de 1982. [FICEDL]
Affiche du SGEN-CFDT contre le protocole Hernu-Savary de 1982. [FICEDL]

Le député – qui ne manque pas d’idées – propose également le rétablissement du service militaire sous la forme d’une conscription citoyenne obligatoire de neuf mois inspirée du modèle suédois. Le rapport dresse un bilan assez inquiétant de la militarisation des différentes branches de la culture. Plus inquiétantes encore sont les propositions des rapporteur·es pour promouvoir, dans le domaine du jeu vidéo, le wargaming (jeux de guerre) défini comme un « outil immersif et stimulant qui combine stratégie et tactique pour recréer des scénarii, passés ou fictifs, tactiques ou opérationnels, sur des théâtres d’opération » ou encore leur vœu de moyens nécessaires dans la production cinématographique pour « un jour réaliser un Top gun à la française » !
Ce rapport souligne que le SNU n’est que la pointe émergée de l’iceberg. La volonté politique affichée d’œuvrer à la militarisation de la société, de développer une culture de la guerre ne saurait prendre fin avec le SNU. Si le SNU est abandonné, il laissera place à d’autres dispositifs, d’autres projets d’embrigadement de la jeunesse. C’est du reste ce qui s’annonce. Lors de ses vœux aux armées, le 20 janvier 2025, en pleine débâcle du SNU, Macron martelait un discours belliciste, annonçant sa demande expresse au ministre des Armées et à l’état major de faire des propositions d’ici le mois de mai, « pour permettre à une jeunesse volontaire d’apprendre avec les armées et d’en renforcer les rangs ». Cette ambition d’enrôlement de la jeunesse sera réitérée quelques semaines plus tard dans un contexte international toujours plus tendu. Si ce n’est le SNU, ce sera donc un autre dispositif, mais l’intention restera… Contre le SNU et son monde, la résistance se déploie.

« Pas d’armée dans nos écoles » : résistances au SNU et à son monde

Évoquer l’opposition au le SNU, c’est rendre compte d’une multiplicité d’actions, d’angles d’attaque, de luttes menées. Une fois mis en place, le dispositif a été entaché de graves dysfonctionnements dénoncés par les organisations syndicales. Sans lister les problèmes par ordre de priorité ou de chronologie, on peut relever, entre autres exemples, les graves atteintes au droit du travail, dénoncés par Solidaires Jeunesse & Sport et ASSO-Solidaires, en ce qui concerne les encadrant·es des séjours de cohésion : en sus du retard dans la signature des contrats, le versement différé des rémunérations a créé des difficultés financières pour les personnels recrutés, déjà précaires. Cela est venu s’ajouter à des conditions de travail dégradées avec des plages horaire de grande amplitude et du travail de nuit improvisé.
Par ailleurs, les organisations syndicales, Solidaires Jeunesse & Sport et SUD éducation en tête, ont pointé le manque de formation des encadrant·es, lourd de conséquences dans la mesure où il s’agit d’accompagner de jeunes personnes. Ces conditions d’organisation défaillantes ont fait des séjours de cohésion du SNU un espace de mise en danger des jeunes. Le rapport de l’INJEP publié en décembre 2024 donne des chiffres qui traduisent des manquements importants dans la prise en charge des volontaires : 16% pour des jeunes qui ont participé aux séjours de cohésion hors temps scolaire et 20 % de jeunes qui y ont participé sur temps scolaire déclarent ainsi que leur problème de santé n’a pas été pris en compte. Ces pourcentages signalent un problème qui est loin d’être marginal. En outre, Politis et Mediapart ont révélé plusieurs affaires d’agressions sexuelles commises par des encadrants sur des volontaires au cours de séjours de cohésion ou encore des propos racistes et LGBTIphobes [11]. Les affaires sont trop nombreuses et répétées pour qu’on puisse parler de dérives. Elles tiennent à un encadrement inadapté, à un manque de préparation, à de graves défaillances en termes de prévention, au cadre fermé et isolé des séjours de cohésion, terrain de prédilection pour les agresseurs. Ces situations intolérables n’ont pas été traitées à la hauteur du scandale qu’elles constituent. C’est qu’un problème se pose, dénoncé par Solidaires Jeunesse & Sport et SUD éducation : la source d’explications sur le fait que de telles agressions puissent avoir lieu ; contrairement aux dispositifs de colonies de vacances, dans le cas du SNU, l’État est à la fois l’instance qui organise les séjours et celle qui les contrôle. Si le problème est posé par le rapport de la cour des comptes, ce dernier n’en tire pas les conséquences qui s’imposent. Nos organisations syndicales le font. Ce mode de fonctionnement favorise la mise sous le boisseau des révélations d’agressions, de harcèlement, de violence. Elle protège les agresseurs et entretient le silence des victimes. Les séjours de cohésion du SNU créent les conditions pour répéter le scandale de Notre Dame de Bétharam. Le SNU est dès lors devenu un autre terrain sur lequel nos organisations, SUD éducation et Solidaires Jeunesse & Sport, mènent la bataille contre les violences faites aux jeunes, pour une véritable politique de prévention de ces violences.


Affiche de la fédération des syndicats SUD Éducation [SUD Éducation]
Affiche de la fédération des syndicats SUD Éducation [SUD Éducation]

Par ailleurs, avant sa mise en place effective, l’opposition s’est unie pour attaquer les fondements mêmes du SNU, la militarisation de la société et l’embrigadement de le jeunesse. Le mérite, s’il faut lui en trouver un, de cette grande réforme voulue par Macron, c’est d’avoir fédéré contre elle associations, syndicats, fédérations de parents d’élèves. C’est aussi d’avoir réactivé la lutte antimilitariste et notamment l’opposition à toute pénétration de l’armée dans les écoles. Dès octobre 2019, alors que le SNU balbutie encore, un collectif national « NON au SNU » se constitue, sur l’initiative de l’Union pacifiste, de l’Union syndicale Solidaires et de la Fédération nationale de la Libre Pensée. Il lance une campagne unitaire d’opposition, dénonçant l’opération de soumission de la jeunesse en quoi consiste le SNU et le renforcement de la militarisation qu’il promeut. L’Union syndicale Solidaires, des fédérations et syndicats de l’Union (ASSO-Solidaires, Solidaires Jeunesse & Sport, SUD éducation, le SUNDEP-Solidaires) participent activement au collectif qui essaime sous forme de collectifs locaux dans plusieurs villes et départements. Au printemps et à l’été 2023, sur les lieux de passage de « la caravane du SNU », ces collectifs organisent des actions de résistance. Malgré la présence des forces de l’ordre et de compagnies de sécurité privées recrutées pour « protéger » la caravane, les collectifs d’opposition vont parvenir à perturber l’opération de propagande mise en place par le gouvernement. Ainsi, à Nantes, le collectif local a réussi à faire plier bagage à la caravane venue promouvoir le SNU : l’opération de tractage menée par les opposant·es autour du camp a eu l’effet dissuasif recherché et a fait déguerpir la caravane en à peine une heure et demie de temps. Si les actions de résistance n’ont pas toujours eu cette remarquable efficacité, elles se sont néanmoins répétées dans la plupart des villes où la caravane est passée, faisant entendre les voix dissidentes de celleux qui refusent la main mise de l’armée sur la société. Le collectif « NON au SNU » reprend la voie, pacifiste et anticolonialiste, tracée par les objecteurs de conscience au temps du service militaire. Au-delà du SNU, il s’agit de s’opposer à tout le monde belliciste que le SNU charrie avec lui et dont il n’est qu’un emblème. La résistance est d’autant plus nécessaire que ces dernières années ont été marquées par la montée en puissance des discours bellicistes. Dans un contexte international marqué par l’intensification des conflits et des guerres, « l’obsession du réarmement [12] », manifestée notamment par Emmanuel Macron, vise à créer les conditions pour faire accepter la guerre et justifier, en son nom, le sacrifice de droits sociaux. C’est à cette économie et à cette logique de guerre que prépare le SNU depuis sa mise en place. S’opposer au SNU, c’est plus largement participer à la construction de solidarités internationales, défendre une éducation et une culture émancipatrices, revendiquer le droit à l’autodétermination des peuples.

Bérengère Basset


[1] www.ccomptes.fr/fr/publications/le-service-national-universel-snu

[2] www.vie-publique.fr/discours/206124-conseil-des-ministres-du-27-juin-2018-les-grands-principes-du-service-n

[3] Voir sur ce point le rapport de la Cour des comptes publié en septembre 2024.

[4] Le SNU comporte trois phases. Le séjour de cohésion, d’une durée de 2 semaines, dans un département autre que celui où vit le jeune qui participe, correspond la première phase. La deuxième phase consiste en une mission d’intérêt général obligatoire dans une association ou une institution publique pendant 12 jours consécutifs ou 84h réparties sur l’année. Enfin, la dernière phase, facultative, est une période d’engagement de 3 mois à 1 an. Dans les faits, le SNU se résume souvent à la première phase.

[5] www.injep.fr/wp-content/uploads/2024/12/IAS80_classes-lycees-engages.pdf

[6] C’est ce qui ressort de l’enquête menée par l’INJEP : « 17 % des participants CLE [classes et lycées engagés] déclarent avoir été obligés de participer au séjour, pour neuf sur dix par un enseignant ou un membre de l’établissement. »

[7] www.senat.fr/rap/r21-648/r21-64811.html 

[8] Voir, par exemple, Léo Armagnac, « L’enseignement militaire à l’école », Revue pédagogique, tome 1, juillet-décembre 1882, pp. 111-127.

[9] www.education.gouv.fr/l-education-la-defense-8276

[10] www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion_def/l16b2693_rapport-information

[11] www.mediapart.fr/journal/france/271123/service-national-universel-un-encadrant-suspecte-de-harcelement-sexuel-sur-une-jeune-de-16-ans et www.politis.fr/articles/2023/04/harcelement-sexuel-agression-racisme-la-face-cachee-du-snu/

[12] Voir le tract du collectif « Non au SNU » du 10 janvier 2024 : « Que signifie cette obsession du réarmement ? ».


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