La radio, lieu du syndicalisme Lorraine Cœur d’Acier
Comment une radio peut-elle être un lieu du syndicalisme ? C’est ce que raconte l’histoire de Radio Lorraine Cœur d’Acier. Le texte que nous reprenons ici est issu du livret figurant dans le coffret comprenant cinq CD et un DVD, Un morceau de chiffon rouge. Mars 1979 – Juin 1980, Lorraine Cœur d’Acier, l’aventure inédite d’une radio. Outre le livret, il contient cinq heures d’un documentaire radiophonique (CD) réalisé par Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouzies, ainsi que le film (DVD) Lorraine Cœur d’Acier, une radio dans la ville, d’Alban Poirier et Jean Serres. Il s’agit d’une œuvre importante, en matière de témoignages ouvriers et populaires, de transmission de la mémoire, de culture. A écouter, regarder et lire ! Le coffret est toujours disponible, aux éditions La Vie Ouvrière (2012). Les textes ont été rédigés en 2011/2012 et narrent une aventure des années 1970 : nous les avons repris tels quels, seules les quelques notes sont de la rédaction des Cahiers Les utopiques.
Ouvrier à Usinor, Michel Olmi a été secrétaire de l’Union locale CGT de Longwy, de 1974 à 1980. Marcel Trillat (1940-2020) était journaliste et documentariste, militant communiste et syndicaliste CGT.
![Le livret contenu dans le coffret Un morceau de chiffon rouge. Mars 1979 – Juin 1980, Lorraine Cœur d’Acier, l’aventure inédite d’une radio, édité par La Vie Ouvrière. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/un-morceau-de-chiffon-rouge-561x1024.webp)
Une radio CGT de luttes et de liberté
Décembre 1978, le pouvoir giscardien et les barons de l’acier appliquent le plan Davignon [1] décidé à Bruxelles en annonçant brutalement la suppression de 22 000 emplois dans la sidérurgie lorraine et nordique, dont 6 500 pour le seul bassin de Longwy. Un coup de massue sur la tête des sidérurgistes et la population de Longwy, qui entraînera un soulèvement populaire et solidaire contre ces décisions iniques et dramatiques pour la cité du fer. Le 19 décembre 1978, sous l’égide de l’intersyndicale CGT, CFDT, FO, CGC, 25 000 manifestants défilent et se rassemblent à Longwy-Bas pour damer haut et fort leur volonté et leur détermination de vivre, étudier et travailler au pays. Le point de départ de plus de six mois de colère, de révolte et de résistance par des opérations coups de poing décidées par chaque syndicat : occupation de la Banque de France, hôtel des impôts, Agence nationale pour l’emploi, relais de télévision, attaques contre le commissariat, saccage de la chambre patronale de la métallurgie et de la sous-préfecture de Briey, séquestration du directeur de la Chiers aux grands bureaux d’Usinor Mont-Saint-Martin, déversement de minerais sur les voies, vol de la Coupe de France à Nantes [2], « kidnapping » de Johnny Hallyday, etc., l’intersyndicale mobilise la population avec des grandes manifestations de masse à Metz (80 000), Nancy (« les flammes de l’espoir ») (12 000), la grande marche sur Paris le 23 mars 1979 (150 000), le 1ᵉʳ mai, etc.
![L’affiche du film LCA, une des illustrations du coffret. [Coll. CM]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/affiche-du-film-LCA-734x1024.webp)
Rien ne pouvant empêcher ce désastre économique, la messe était dite (que pouvait-on faire de plus ?), Longwy serait rasée sur l’autel de la rentabilité financière. La bataille de l’acier sera perdue mais les sidérurgistes ont obtenu grâce à une mobilisation exceptionnelle des avancées sociales importantes telles que la préretraite à 50 ans. La CGT, contrairement aux autres organisations syndicales, refusera de signer en juillet 1979 la convention sociale pour ne pas entériner la fermeture des usines du bassin de Longwy et de Lorraine. Fort du résultat acquis, l’espoir « des Longwy » se reportera sur la victoire d’un gouvernement de gauche à l’élection présidentielle de 1981.
1981 : les promesses non tenues d’une sidérurgie forte
En octobre 1981, François Mitterrand vient à Longwy saluer les pionniers du changement et rassurer par un discours optimiste les angoisses des sidérurgistes. Les promesses de maintien d’une sidérurgie forte déjà amputée ne seront pas tenues. Le gouvernement de gauche PS-PCF poursuivra, en 1983, la liquidation des installations avec l’arrêt du train feuillard, et de l’usine Cockerill à Réhon (3 600 salariés). Les travailleurs de Réhon avec leur syndicat CGT et le groupe autonome 79/84, regroupant des syndicalistes de tous bords du bassin de Longwy, en désaccord avec leurs centrales syndicales, se révoltent avec un sentiment de trahison envers ceux qu’ils avaient portés au pouvoir.
La reconversion industrielle avec le PED (Pôle européen de développement), mis en place en 1985 par Jacques Delors, le gouvernement de gauche et Jacques Chérèque, sera un échec industriel avec les fermetures d’entreprises implantées à coup de subventions publiques (JVC, Panasonic, Daewoo), d’argent injecté par l’État et l’Europe. Leur implantation, plus pour garantir une certaine paix sociale que pour créer de réels emplois (5 500 prévus, dans la réalité 1 500 créés), évitera le pire mais pas le problème de l’emploi qui aurait été plus grave encore sans la proximité du Luxembourg pourvoyeur d’emplois avec des salaires supérieurs de 30 %. Les radios SOS Emplois (CFDT) et Lorraine Cœur d’Acier (CGT) auront un rôle primordial dans la mobilisation des « Longwy 78/79 ». La première en décembre 1979, une radio pirate et clandestine qui émet dans les bois avec un faible émetteur et peu de moyens. Pour ne pas être en reste, à la demande de l’Union locale CGT de Longwy, les instances nationale et départementale avec l’aide matérielle du PCF et des municipalités communistes du bassin de Longwy, installent la radio Lorraine Cœur d’Acier.
Le 17 mars 1979 à 16 h 30 a lieu la première émission avec un émetteur audible dans un rayon de 60 km … Le studio, surnommé « l’aquarium », est dans la mairie de Longwy-Haut, l’antenne, avec l’accord du curé, sur le toit de l’église. La CGT affirme clairement la non-clandestinité de sa radio illégale en émettant à visage découvert et en la plaçant sous la protection des sidérurgistes et de la population de Longwy. Deux journalistes professionnels, Marcel Trillat et Jacques Dupont, sont chargés par le secteur propagande de la CGT d’animer la radio et de préparer la grande marche des sidérurgistes du 23 mars 1979 à Paris.
Une radio de lutte ET de libre parole
LCA devient, sous l’impulsion des journalistes, une radio de lutte, ouverte, pluraliste, de libre parole et contradictoire. Beaucoup de militants CGT locaux adhèrent à ce concept avec enthousiasme. Certains plus timidement, avec des réticences compréhensibles. D’autres s’y opposent d’abord, comme Marcel Donati, premier lamineur à Cockerill-Réhon, élu CGT, une figure ouvrière à Longwy. Il deviendra un défenseur acharné de LCA : « Elle a été mon école, le plus grand événement de ma vie. Une chose que j’ai détestée et que je me suis mis à aimer, à adorer deux mois après. » (revue Que faire aujourd’hui ?, 1981). C’est à travers LCA que Le Chiffon rouge de Michel Fugain – « Toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas … » – passant quotidiennement à l’antenne à la demande des auditrices et des auditeurs, deviendra l’hymne de lutte « des Longwy 78/79 », repris dans d’autres luttes nationalement. Les débats sont organisés autour des luttes, pas d’ampoule rouge, le studio est ouvert, les interventions en direct sans censure, le droit de réponse est de règle.
DES RADIOS REBELLES
Dans un entretien publié dans le même livret, Marcel Trillat rappelle la situation en France, en 1979, où les « radios libres » sont interdites, combattues et démantelées par le pouvoir : « [Il y a] d’une part, les radios de service public, du monopole d’Etat, qui seules ont le droit d’émettre depuis le territoire français, et, d’autre part, les radios périphériques … [qui] appartiennent à des sociétés capitalistes. […] Alors que les radios de l’Etat censurent les opinions qui ne conviennent pas au pouvoir et empêchent le peuple de s’exprimer, les radios périphériques, lorsqu’elles y ont intérêt, sont parfois plus libérales du point de vue des mœurs. Par exemple lorsque Brassens […] est interdit sur les chaînes nationales, ou autorisé uniquement la nuit quand les enfants dorment, les radios périphériques, par souci d’audimat et pour plaire au public de Brassens, lui ouvrent l’antenne. Ferrat a également été interdit de service public pendant des années. […] Les radios pirates ont eu du succès tout de suite. Elles sont contre les radios du monopole qui censurent et qui sont dans les mains d’un Etat autoritaire et elles sont en opposition avec les valeurs des radios périphériques qui sont porteuses du libéralisme économique.
[…] La CGT est officiellement pour le monopole. Mais ce monopole est en train de battre de l’aile. En l’état, il n’est pas défendable. Or, ces radios libres entrent en lutte frontale contre le monopole. Sur le fond elles ont raison, ce n’est donc pas facile de les disqualifier. Ces radios libres deviennent des radios de lutte quand elles s’inscrivent dans des combats sociaux, économiques ou politiques, comme la défense d’un secteur économique. La sidérurgie par exemple. Ca justifie que l’on transgresse certaines lois, que l’on s’émancipe du monopole. Dans ces conditions, la CGT est d’accord. […] Sur le papier, tout le monde est pour la liberté d’expression, mais quand il faut passer aux actes, c’est plus compliqué. Et donc, après LCA qui a un succès tout de suite, ça donne des envies à d’autres de faire des radios comme celle-là. Mais la CGT dit : ce n’est pas notre boulot de faire des radios qui compensent les manques des radios du service public ou des radios périphériques. »
![Dans le studio de Lorraine Cœur d’Acier, en 1979. [A. Jordan]](https://www.lesutopiques.org/wp-content/uploads/2026/01/studio-de-Lorraine-Coeur-d-Acier.webp)
Par leur présence à LCA, des responsables politiques et syndicaux – Krasucki, Fiterman, Cohn-Bendit, Krivine, Giroud, Servan-Schreiber -, des artistes – Bedos, Renaud – et des personnalités de la société civile apportent leur soutien. Le généticien Albert Jacquart, invité à LCA, exprimera dans une lettre son enthousiasme (texte refusé par le journal Le Monde) : « Un mot caractérise cette extraordinaire réussite, qui va bien au-delà des objectifs initiaux : la ferveur. Ce n’est plus seulement un syndicat qui diffuse ses mots d’ordre, plus seulement une corporation qui se défend contre le chômage, c’est toute une population qui s’est emparée de ce pouvoir essentiel, s’exprimer, et qui l’exerce. Faisons un rêve : les responsables des chaînes de télévision venant voir et écouter ce qui se passe à LCA, ils y verraient ce qu’est vraiment la communication. »
Paroles de femmes
Pour le collectif de LCA, le plus important était de donner la parole à ceux qui en étaient privés, les ouvriers, les jeunes, les immigrés, les chômeurs, les femmes travailleuses ou sans emploi ; de favoriser la rencontre entre sidérurgistes, syndicalistes et toutes les couches sociales de la population, de créer des liens de fraternité. Pour beaucoup, prendre la parole est une véritable victoire sur la timidité et les spécialistes du discours qui monopolisent le micro. Les femmes militantes n’hésitent plus à partir à l’assaut des micros pour exprimer leur vie et leurs combats à l’entreprise, les femmes de sidérurgistes leurs envies d’exister et de sortir de l’ombre. Témoignage d’une femme de sidérurgiste : « LCA m’a appris à parler librement ; grâce à cette radio, je n’étais plus seulement Madame Casserole. » « Aucune de nous ne sera plus jamais comme avant LCA. Elle agit comme un formidable révélateur, impossible de tricher, de mentir en direct, fini la langue de bois. » (CD Jocelyne Casavecchia, Radio Aria 2007. Amie de LCA et animatrice des mini-cœurs d’acier.)

Nuit d’émeute
Le pouvoir État-patrons ne tolère pas LCA et tente de la réduire au silence par des provocations, le brouillage, l’assignation du président des Amis de LCA au tribunal, relaxé grâce à une forte mobilisation « des Longwy ». Le brouillage rend inaudibles les émissions. Le 17 mai 1979, en fin de journée, les journalistes annoncent l’arrêt des émissions. De bouche à oreille, la riposte est immédiate. En une heure, sans être organisés, deux mille manifestants convergent pacifiquement au relais de télévision du Bois de Châ, pour exiger la fin du brouillage. Ils seront accueillis sans sommations par les grenades lacrymogènes des « majorettes » (les CRS). Cette nuit sera la plus violente des événements de Longwy : saccages des banques, du Républicain Lorrain avec plus de vingt-cinq blessés dont deux journalistes. La radio se mobilisera aussi pour exiger la libération d’un chômeur de Longwy, Roger Marin, arrêté à la manifestation du 23 mars à Paris, condamné à six mois de prison, libéré au bout de trois mois en juin 1979.

En septembre 1979, la confédération, qui souhaite créer d’autres radios, cesse de prendre en charge les salaires et charges sociales des journalistes. Pour s’autofinancer, l’Union locale de Longwy a créé l’Association des amis de LCA (2 400 adhérents) qui récoltera de septembre 1979 à juin 1980 la somme exceptionnelle de 40 millions d’anciens francs grâce à la contribution des syndicats d’entreprises, au dévouement des amis de LCA. Afin de ne pas perdre leur carte de presse, Jacques Dupont et Marcel Trillat seront dorénavant salariés officiellement par La Vie Ouvrière, mais les sommes engagées seront chaque mois remboursé intégralement par le trésorier des Amis de LCA. Cependant, certains dirigeants et militants de la CGT et du PCF éprouvent de plus en plus de difficultés à admettre la libre parole qui est la règle sur les ondes de la radio. Début 1980, une campagne insidieuse et souterraine tente de déstabiliser le collectif de LCA et de diviser les militants de Longwy.

En coulisse, les reproches et accusations pleuvent : les idées de la CGT ne seraient p.as assez défendues, les amis de LCA occupent une place prépondérante, la radio n’est plus sous le contrôle de la CGT, elle vit au-dessus de ses moyens, les journalistes coûtent trop cher, les critiques sur l’absence de démocratie dans les pays de l’Est ne passent plus, la présence à un débat d’Alain Krivine en avril 1979, une bombe à retardement, soulève un tollé du PCF local. Imperméable à ces griefs, une assemblée générale de 300 amis de LCA le 17 avril 1980, malgré toutes les critiques et les problèmes financiers, réels mais pas insurmontables, se prononce clairement pour la poursuite de l’expérience en choisissant l’offensive, l’audace face à la frilosité des instances supérieures. Cette décision courageuse, combative, déplaît au secteur propagande.

Grâce à une mobilisation extraordinaire de toutes les forces de la radio, le pari sera gagné. Les salaires et charges sociales d’avril-mai-juin 1980 seront réglés au service comptable de la CGT. Pendant les vacances d’été 1980, le secteur propagande déclenche ouvertement le conflit interne au sein de la CGT en cessant de verser les salaires de juillet et août 1980 sans que les intéressés et l’Union locale ne soient prévenus.
Jusqu’au bout du rêve
Vingt-huit ans plus tard, dans son livre Résister (éditions Archipel 2008), Georges Séguy rend publique sa position personnelle de l’époque au paragraphe « Divergences et oppositions » : « L’arrêt des émissions de radio Lorraine Cœur d’Acier issue des idées du 40ème Congrès, provoque aussi le mécontentement. Fondée à l’époque des “radios libres”, cette station s’impose au moment où la sidérurgie traverse une crise profonde dans cette région. Malgré ma désapprobation et celle d’autres militants, décision est prise de mettre fin à son existence, sous le couvert de divergences d’opinion au sein de la radio ». Le dos au mur, conscient que les dés étaient pipés, je prenais la lourde décision en septembre 1980 de démissionner de mon emploi salarial, de mon mandat de secrétaire général de l’Union locale de Longwy et de président des Amis de LCA officiellement « pour raisons de santé », en réalité pour ne pas cautionner la liquidation de LCA, et par solidarité avec les journalistes injustement éjectés de leurs responsabilités d’animateurs de la radio. Le 17 novembre 1980, LCA reprend ses émissions dans une nouvelle formule strictement cégétiste. Ce conflit de plusieurs mois, les oppositions vives, parfois violentes, entre camarades et amis militants de Longwy laissent des traces, provoquent des ruptures, des déchirures douloureuses y compris au sein d’une même famille.
CHRONOLOGIE
➔ 25 novembre – 1er décembre 1978 : 40ème congrès de la CGT à Grenoble une politique « d’ouverture » s’amorce, sous l’impulsion de Georges Séguy.
➔ 12 décembre 1978 : la direction d’Usinor annonce la suppression de 12 500 emplois, dont l’essentiel à Longwy et Denain.
➔ 16 décembre 1978 : première émission pirate de radio SOS-Emploi, créée par la CFDT.
➔ 19 décembre 1978 : grève générale et manifestation de 30 000 personnes à Longwy, à l’appel de l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CGC, FEN).
➔ 24 janvier 1979 : manifestation « les flammes de l’espoir », organisée par le corps enseignant et l’intersyndicale qui réunit 12 000 jeunes et enseignants.
➔ 5 février 1979 : « saccage » de la sous-préfecture de Briey par la CFDT et la CGC. Déchargement de 47 wagons de coke allemand par la CGT. Ce type d’action « coup de poing » est fréquent dans ces mois-là.
➔ 17 mars 1979 : lancement de radio Lorraine Cœur d’Acier (LCA) et diffusion de la première émission à 16h15, avec une puissance de 600 W sur 96. 7 MHz.
➔ 23 mars 1979 : marche sur Paris des sidérurgistes (150 000 manifestants).
➔ avril 1979 : tentative de grève avec occupation à Usinor, faible succès.
➔ 8 avril 1979 : première émission « la parole aux immigrés », probablement la première émission en langue arabe de l’histoire de la radio française.
➔ 17 mai 1979 : manifestation contre le brouillage de LCA au bois de Châ (emplacement de l’émetteur TDF), répression par les CRS, émeutes.
➔ juin 1979 : LCA émet aussi en ondes moyennes sur 198 m.
➔ 24 juillet 1979 : signature de la convention sociale, ensemble des mesures de compensation et d’accompagnement des suppressions d’emplois. Elle marque la fin de la bataille pour l’emploi et le maintien de la sidérurgie dans le bassin de Longwy.
➔ septembre 1979 : la confédération cesse de prendre en charge les salaires des journalistes. Ces derniers seront désormais rémunérés via la Vie Ouvrière afin de conserver leur carte de presse, par des fonds locaux collectés au travers de l’association « Les amis de LCA », permettant ainsi l’autofinancement de la radio.
➔ 19 avril 1980 : la CGT lance la radio Couarail à Moyeuvre (ville de Moselle située dans le bassin de Briey).
➔ 24 avril 1980 : la CGT lance Lorraine Cœur d’Acier Nancy.
➔ septembre 1980 : éviction de l’équipe historique de LCA, les journalistes Marcel Trillat et Jacques Dupont ne sont plus payes par la Vie Ouvrière. Le secrétaire de l’union locale CGT Michel Olmi démissionne.
➔ 17 novembre 1980 : la station est relancée par une équipe CGT restructurée et encadrée par Jean-Claude Laroze, responsable national de la propagande du syndicat.
➔ 20 janvier 1981 : fermeture définitive de la radio LCA à la suite d’une intervention policière.
➔ 29 juillet 1982 : loi sur la communication audiovisuelle qui autorise les radios privées à émettre librement, c’est la fin du monopole d’Etat.
Résistance et libre parole
Le 21 janvier 1981, les CRS n’auront aucun mal à mettre fin à cette expérience unique dans la CGT de l’époque. Marcel Trillat (Feux volés de Guy Feller, édition Paroles de Lorrains, 2008) raconte : « En réalité LCA est morte en juillet 1980 ; ce ne sont pas les CRS qui l’ont tuée mais les partisans d’une radio archaïque, étriquée, refermée sur elle-même, condamnée par l’histoire. Lorraine Cœur d’Acier, la vraie, avait certes beaucoup de défauts mais elle était vivante, libre et fraternelle. » LCA était devenue symbole de lutte, de résistance, de libre parole dans le cœur d’acier des Longwy 78/79. Les sidérurgistes et la population de Longwy ont conquis la parole grâce à la CGT, ils l’ont perdue à cause de certains dirigeants arc-boutés sur leurs certitudes. Ceux-ci ont sacrifié LCA au nom de ce qu’ils croyaient être les intérêts supérieurs de la CGT.
Mon ami et camarade, le regretté Jean Soulignac : « Avec LCA nous avons été audacieux, novateurs, conquérants [3]. Personnellement je ne regrette rien, au contraire si c’était à refaire je prendrais le même chemin. Cette première expérience n’est pas inutile pour l’avenir, et il faut malgré tout garder l’espoir que LCA Longwy serve de réflexion au sein de la CGT et dans le mouvement ouvrier. » (revue Idées Ouvrières, mai 1981). Les radios illégales LCA Longwy et SOS Emploi CFDT resteront parmi les pionnières de la libération de la parole et de la légalisation des radios libres décrétée par François Mitterrand en 1981.
« La parole n’a pas été donnée à l’homme, il l’a prise. » (Louis Aragon)
⬛ Michel Olmi (avril 2011)
[1] Du nom du Commissaire européen à l’industrie de l’époque, sous la responsabilité duquel fut concocté un « plan de sauvetage » de la sidérurgie qui se concrétisa notamment par la liquidation de cette industrie en Lorraine.
[2] Voir Théo Georget, « Quand la CFDT-Longwy empruntait la Coupe de France de football », Les utopiques n°26, éditions Syllepse, été 2024.
[3] « Audacieux, novateur, conquérant » était le slogan du 40ème congrès de la CGT, tenu en 1978.
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