Football populaire VS Football business

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Le football est le sport populaire par excellence. En ce sens, en tant que phénomène social, il intègre des dimensions et des enjeux supérieurs au simple domaine sportif. Son histoire épouse l’évolution du capitalisme, il est également lié à l’histoire du monde ouvrier. Sa médiatisation accrue éclaire pour le grand public des phénomènes essentiellement liés à la mondialisation. Omniprésents dans le monde de l’entreprise, ils sont poussés ici à la caricature et battent en brèche les représentations associées au football en tant que vecteur de socialisation, de facteur d’appartenance sociale et identitaire, de loisirs et de convivialité. Les dérives actuelles (salaires faramineux, esprit anti-sportif, gentrification (embourgeoisement d’un espace) des stades, retransmissions réservées à un public d’abonnés, répression du mouvement ultra,..) aboutissent à une cassure entre le public, le football amateur et les acteurs du foot professionnel. Plusieurs facteurs et des évolutions successives expliquent ce désamour :

En 1995, l’arrêt Bosman révolutionne le football européen en établissant l’illégalité des quotas de sportifs communautaires. Cette décision de justice accélère le processus de libéralisation déjà à l’œuvre et assoit la suprématie des clubs les plus riches créant un déséquilibre entre les championnats européens. Dans le même temps, on assiste à une transformation profonde : les clubs professionnels, autrefois dirigés selon un modèle paternaliste, ancrés dans leur environnement social et géographique, se muent en entreprises régies par la loi du profit aux mains de capitaines d’industrie. Fonds d’investissements russes, qataris, industries du luxe, holdings financiers dévoient les clubs en les utilisant comme vitrines et supports publicitaires. La formation est délaissée par les grands clubs qui se livrent à des démonstrations de force sur le marché des transferts avec des acquisitions s’élevant artificiellement à plusieurs dizaines de millions d’euros. Le merchandising se substitue à l’iconographie et à l’identité portée par les tribunes. Des projets de stades privés de grande envergure incluant des centres commerciaux, ou proposant une diversification de l’activité comme l’organisation de spectacles voient le jour. L’exemple du club du Mans est particulièrement éloquent, bâti en partenariat public/privé et où le seuil de rentabilité est garanti par le contribuable – qui devra verser à Bouygues 45 millions d’euros suite à la faillite du club. Le naming (parrainage) accroit un peu plus l’omniprésence des sponsors en même temps qu’il contribue à la perte d’identité des clubs.

Le but non-avoué de ces dérives libérales successives est clairement de circonscrire les tribunes à des espaces de consommation. Le foot business entend exclure des stades les publics populaires et les supporters organisés. La hausse du prix des places telles qu’on peut la constater en France au Parc des Princes vise clairement à formater un nouveau modèle de public. On achète désormais une place comme un nouveau téléphone portable, elle est paradoxalement devenue signe extérieur de richesse quand il y a dix ans elle était encore un marqueur social des classes populaires. On donne à voir un spectacle dont les acteurs sont des icônes bling bling, qui changent d’équipes aussi souvent que de coupes de cheveux et pour qui l’amour du maillot n’a aucun sens. Ce nouveau modèle de réussite et d’identification participe à l’édification d’un idéal social opposé aux principes d’émancipation.

Face à ces dérives et à l’imminence d’une crise de l’économie du football équivalente à celle des subprimes, naît un discours politique favorable à des mesures d’encadrement : fair play financier, encouragement de l’actionnariat populaire, reconnaissances des supporters organisés… En parallèle à ces tentatives de régulations, d’autres ont fait le pari de valoriser la pratique authentique du football et/ou de recréer des clubs autogérés en rupture avec le football moderne.

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Militant de Sud Santé-Sociaux 93, Nicolas Guez fréquente les tribunes du Red Star.

Nicolas Guez

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