Quatre métallurgistes dans Mai 68 – 68, fusion de désirs de révolte

Partagez cet article

Avec ma femme, nous étions membres du comité exécutif du syndicat CGT qui regroupait les ouvrier.es et les mensuel.les. Il n’y avait pas encore de syndicat spécifique pour nos catégories. Nous étions en contact avec l’ensemble des militants qui, bien sûr, étaient essentiellement des militants du PC, mais i1 y avait aussi des Algériens, des membres du PSU et d’autres qui n’étaient pas au PC. On s’est trouvé dans une situation un peu particulière… Comme toujours, il y a la grève« presse-bouton », et il y a la grève spontanée.

 Première chose, la semaine qui précède le grand déclenchement de la grève : le comité exécutif de ma section syndicale organise une réunion, le jour de la manifestation des étudiant.es dans Paris. J’ai dit que je ne participerai pas à ce comité exécutif parce que je considérais comme prioritaire, l’action qui se déroulait au Quartier latin. Un comité exécutif extraordinaire a alors été organisé le samedi 11mai pour discuter de ces questions. C’était le règlement de compte avec ceux qui étaient solidaires du mouvement étudiant. Mais, dans la nuit du vendredi au samedi, la CGT appelle à la grève le 13 mai,avec rassemblement à République. Ce qui fait que le comité exécutif s’est transformé non pas en tribunal, mais en occasion de mettre en place le dispositif pour organiser la grève. Tout s’est trouvé balayé, il n’y avait plus de règlement de compte entre membres du PC et gauchistes.

Les 14 et 15 mai, il y avait une grande agitation dans l’usine. Le comité exécutif du syndicat se réunissait le 16 mai au soir. Dans la journée du 16 mai, des ateliers avaient déjà débrayé. Je rencontre un camarade du comité exécutif et je lui dis qu’il est annulé parce qu’il y a occupation de l’usine le soir même. I1 a pensé que c’était encore une provocation gauchiste, que je prenais mes désirs pour la réalité.Il ne me croyait pas. En réalité, le comité exécutif s’est tenu,mais à l’intérieur de l’usine occupée.

Contrairement à ce que l’on pense, il n’y a pas eu une occupation massive le premier jour. Ceux qui étaient favorables à la grève rentraient chez eux, il y avait les enfants, la femme, les transports. Il ne restait donc, dans l’usine, que la plupart des ouvriers algériens, qui étaient logés dans les foyers, ou ceux qui habitaient la localité et qui avaient eu le temps d’aller prévenir leur famille. J’étais également lié avec les Portugais. Ils étaient dans un mouvement semi-guevariste. Ils étaient du PC portugais, mais oppositionnels parce qu’ils étaient pour l’action armée. Il y avait aussi tous les déserteurs portugais qui travaillaient chez Renault. J’étais très lié avec le camarade qui dirigeait ce groupe de Portugais assez important. On a eu de longues discussions. On s’est trouvé tout de suite dans la grève.

On s’est donc retrouvé avec les Portugais et les Algériens pour participer à l’assemblée générale,qui a pris les dispositions pour l’occupation de l’usine. Avec mon syndicat, dont il ne restait que la direction – une douzaine de personnes – on a décidé de boucher toutes les entrées par lesquelles pouvaient se glisser des gens, y compris des cadres ou des non-grévistes. On partait dans les ateliers et l’on amassait des chariots pour éviter 1’accès à tel bureau, qui permettait d’arriver à ces grandes concentrations de travailleurs et travailleuses mensuels. I1 allait y avoir une grande assemblée du personnel. Tous ceux qui entraient dans l’usine devaient aller dans l’île Seguin. Dans le secteur où j’étais, on a fermé toutes les portes et, à tous ceux qui se présentaient, on disait qu’il n’y aurait pas de reprise du travail avant la décision qui serait prise dans l’île Seguin. A ce moment-là, tout le monde remontait la rampe qui menait à l’île Seguin. D’autres mensuels, répartis un peu partout – c’est une ville quand même Renault -, disaient qu’ils étaient d’accord pour faire grève à condition que je vienne faire débrayer les gens. C’est là l’importance d’un événement comme 68, il suffisait de se présenter en disant : « Camarades,il y a une décision qui vient d’être prise d’engager la grève avec occupation de l’usine et vous êtes invités à débrayer ». Les gens qui refusaient de se mouiller au départ étaient pour.C’est spontanément… Il leur suffisait d’une étincelle parce qu’il y avait quand même la paralysie, le patron, l’avenir, la profession, la promotion…

Il y a un moment où il faut savoir agir et saisir l’opportunité qui correspond à un inconscient, faire devenir conscient ce qui est un désir inconscient de la part des gens. C’est cela que je reconnais d’abord dans 68.Dans ma vie, je n’ai connu de telles situations qu’en 1945 à la fin de la guerre, peut-être en partie 1947, mais c’était tout à fait différent parce que c’était très à 1’arraché, et puis1953, la grève de la SNCF ; en 1955, la grève de la métallurgie,ça s’en rapprochait, pendant les vacances au mois d’août. Ils me paraissent être des mouvements, j’allais dire, authentiques, pas suscités par une agitation syndicale. Ce n’était pas : « On se fait une piqûre de ciment pour y aller »,comme disaient les copains.

68 venait après les déceptions de l’échec des grèves générales menées par les confédérations,en particulier CGT et CFDT. Deux grèves de 24 heures, très suivies,mais comme perspective, rien. Le courant grandissait chez les gens :« Cette fois, il faut y aller un bon coup, jusqu’au bout. Il ne suffît pas de faire des répétitions générales à perpétuité». C’est en cela que 68 représente pour moi la fusion d’un désir inconscient des gens, une volonté. Les étudiant.es, de ce point de vue, quoi qu’on dise de ce mouvement, c’était quand même un mouvement de révolte. Il faut se rappeler que la chute du gaullisme,son infléchissement a commencé en 1963, lors de la grève des mineurs où de Gaulle avait décidé la réquisition des grévistes et où les mineurs ont refusé. C’était le premier échec de de Gaulle, celui qui a amorcé sa chute.

Les OS immigrés prennent la parole

Le meeting se tenait dans l’île Seguin. C’était une assemblée journalière dans laquelle les syndicats prenaient la parole, à charge pour chacun, dans son atelier et dans sa formation spécifique, d’élaborer un cahier revendicatif. Dans les années précédentes, des consultations du personnel, j’en avais fait à foison. L’imagination était quand même limitée et il ressortait régulièrement les 40 heures, la retraite,les congés payés. Dès le départ, tout naturellement, on a retrouvé comme revendications motrices 40 heures, 60 ans et les congés. À partir de là, les syndicats sollicitaient, je pense sous l’influence de la CGT, un cahier revendicatif. Mais ne s’exprimaient que les membres du syndicat. Et puis, il y a eu des interventions particulières pour les ingénieurs et les cadres. Le centre technique de Rueil, où l’on concevait les véhicules,regroupait des cadres. Ils ont voté 1a grève pendant 24 heures seulement, après un long débat. À Billancourt, ils étaient complètement noyés, dans la mesure où la plupart étaient hostiles au mouvement. La hiérarchie doit sa promotion à ce que le président-directeur général décide pour eux. C’est classique.C’est la pression de classe.

Mais, la nuit, je circulais dans l’usine, dans les ateliers avec les copains algériens, portugais, et ils m’ont dit qu’ils avaient des revendications spécifiques :« C’est nous qui sommes l’élément moteur dans l’occupation de l’usine ».Le comité d’entreprise leur donnait à bouffer le soir. Les cantines étaient mobilisées pour cela. Et puis, qu’est-ce qu’on fait chez soi quand on n’a pas de chez soi et qu’on est immigré ?On se retrouve à l’usine avec les copains. Comme disent les immigrés : « ça passe ou ça casse ». Ils sont jusqu’au-boutistes. À partir du moment où l’on s’engage,on ne fait pas des analyses politiques complètes mais c’est le moment. Il y a un côté radical. Des délégués du personnel CGT me disaient: « Compte tenu de la part que nous avons dans le succès de la grève – c’est nous qui immobilisons la production -, on voudrait quand même faire peur à tous ces gens, ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise à qui l’on donne la parole. On leur permet de s’exprimer,mais, nous, on a des revendications spécifiques et l’on voudrait bien les voir admettre ».

Alors, ils ont élaboré une plate-forme sur l’alphabétisation, sur la possibilité d’accéder à des catégories supérieures, sur les voyages au pays pour les vacances, l’allongement de la période de congés compte tenu de la durée des voyages. Toute une série de trucs spécifiques. Quand ils ont voulu prendre la parole auprès de l’assemblée générale, on leur a dit : « C’est d’accord avec toutes ces revendications. Gardez-les. Elles sont dans les revendications générales ». Mais de là à prendre la parole : « Ça y est, on va donner la parole à des bougnoules et ça va créer des difficultés avec les autres catégories professionnelles.C’est un contenu syndical. Tout le monde est uni ». Et eux ont ressenti cela comme une discrimination ; les éléments les plus avancés, les délégués, pas la masse des ouvriers algériens, marocains. Ils ont ressenti cela comme une rebuffade.

Immigrés, leaders, dans la grève.

Dans le pays, 68 a provoqué un mouvement spontané dans les entreprises où il n’y avait pas de syndicats. Comment peut-on s’organiser quand on se met en grève ? On va tout de suite vers les militants et militantes qui décrivent la façon dont on constitue un syndicat. Cela a été un mouvement profond de syndicalisation dans des secteurs inorganisés. Par contre, le mouvement syndical était quand même un mouvement français. Il y avait des immigrés qui étaient désignés, qui étaient délégués. C’était des compromis qui se faisaient avec les organisations nationalistes. C’est une autre cuisine qui se mène.Mais la masse des gens… Je prends le cas du délégué algérien, il faisait des adhésions en masse. Tel délégué algérien a fait cinquante adhésions.

C’est pourquoi, par la suite, il y a eu des mouvements spécifiquement OS. Les grèves de 1971, les grèves dans tous les foyers de la région parisienne. Ça a fini par aboutir. Ils ont, pendant des années, alimenté un climat revendicatif à l’intérieur de l’usine, aboutissant même à des grèves dans des ateliers ou des départements où il n’y avait quasiment que des immigrés qui faisaient grève parce qu’ils en étaient la composante essentielle. Aux fonderies, il y avait 80%d’immigrés : il y avait, comme cela, des ensembles. Ce mouvement de 68 a donc drainé la naissance d’un mouvement syndical,mais pour la fraction, j’allais dire, avancée, politique, confrontée à une grève générale, il y a quand même de quoi s’interroger.

Ils disent neuf millions de grévistes. C’est la question du pouvoir qui est posée. I1 y avait une prolifération de tracts chez Renault et puis la naissance, chez les éléments les plus avancés, y compris ouvriers, d’une exigence plus grande. J’avais des copains qui avaient fait la révolution de1962, qui étaient repartis en Algérie et qui sont revenus à l’usine pour cause de désaccords en 1965.

Ça bouge. Toutes les fractions d’extrême gauche s’exprimaient à la porte de l’usine, chassées d’ailleurs par le service d’ordre CGT, à mon avis essentiellement du PC. Pas toujours approuvé. Les gens du PC ont un engagement. Ils n’ont peut-être pas une conviction politique très argumentée,mais il y a une combativité et si le Parti avait décidé qu’on faisait ça, ils le faisaient. Celui qui est convaincu dans une organisation, mais pas seulement au PC, à l’extrême gauche aussi,est volontariste. On pense que 1’exemple permettra d’entraîner les gens. C’est plus compliqué que cela. Il y avait une distribution de tracts différents, syndicaux, politiques, de tous les groupes, maos, trotskistes, anarcho-syndicalistes, libertaires. Il y a tout chez Renault. Il y a des Lutte Ouvrière, des Lutte Ouvrière minoritaires qui ont scissionné pour rejoindre d’anciens anarchistes pour former la Fédération communiste libertaire. I1 y a tout cela dans cette usine. Les maos se sont développés plus tard à partir de l’embauche d’établis1qui ont procédé à la constitution de comités de lutte.

La CGT laisse les étudiant.es à la porte

Toutes les portes de l’usine étaient obstruées pour éviter les circulations de véhicules. Il n’y avait qu’une petite porte, Place nationale, où il fallait montrer sa carte d’usine pour entrer le premier jour de la grève et il y avait tout un service d’ordre. Je me souviens d’un membre du comité exécutif qui a dit : « L’ordre du comité exécutif est : pas de sortie auprès des étudiant.es ». Ils étaient sur la Place nationale. Avec quelques copains, on a dit : « Enfin, quand même, pourquoi ? Il n’y a aucune raison ». « C’est l’ordre du comité exécutif ». Avec quelques-uns, on est sorti, on est allé dans un bistrot et là, j’ai eu une discussion avec Jacques Sauvageot2 et, comme par hasard, a été soulevée la question de l’autogestion. Ces discussions, je les ai eues avec les Yougoslaves en 1950 et avec les Algériens sur le domaine Borgeaud3. Je pensais que l’autogestion était un processus nécessaire, mais qui ne pouvait se faire qu’avec sa généralisation. Sans cela, on arrive à des formes de coopératives dites « ouvrières » dans un monde capitaliste. J’ai donc dit à Sauvageot que j’étais pour l’autogestion, mais que ce n’était pas exactement le mot d’ordre qui convenait à l’heure actuelle. La question du pouvoir, la question de la succession du gaullisme va se poser et, à ce moment-là, la nature du changement politique posera le problème de l’autogestion. C’est-à-dire la libre disposition pour les travailleurs et les travailleuses de leur outil de travail, dans le cadre d’un plan qui fait l’unité de tous et qui donne aux partis, aux syndicats, aux coopératives leurs rôles respectifs, mais qui laisse les travailleurs et travailleuses détenteurs de la décision sur leur lieu de travail.

Les syndicats verrouillent les usines pour que la rencontre avec les étudiant.es ne se fasse pas.

Là-dessus, je dirais qu’il faut être nuancé. Depuis 1936, l’occupation de l’usine nécessitait quand même l’entretien des machines pour éviter que tout se dégrade. C’était la responsabilité des travailleurs et travailleuses. Il y a cette tendance « naturelle » qui est acceptée : on ne fait pas le bordel, on ne va pas faire n’importe quoi. Le fait d’introduire des gens à l’intérieur de l’entreprise est une responsabilité : « Ils ont foutu des barricades dans Paris, il faut quand même maîtriser cela ». La fraction politique considère : « Attention,contact avec les étudiant.es = rupture totale», mais aux portes, à travers les grilles qui barraient la rue sur les quais de la Seine, tous les gens discutent avec les étudiant.es.Il y a cet aspect dont il faut tenir compte ce qui est peut-être un réflexe conservateur, mais qui n’est pas totalement absent du sens de la responsabilité. Je dis cela pour éviter toute interprétation: « Les staliniens sont en train de s’opposer… »Ce n’est quand même pas quelque chose d’aussi clair. Une majorité disait, en effet, qu’on pouvait agir en solidarité avec les étudiant.es mais qu’il n’était pas question de les faire entrer dans l’usine.

Convoqués par les dirigeants de la CGT Renault

Il y avait des drapeaux dans toute l’usine. En général, c’était le drapeau tricolore, le caractère national. Or il y a eu des réactions ouvrières à l’imposition de ce drapeau. Il y a un département, le 57, où il y avait des copains ouvriers gauchistes qui ont refusé le drapeau tricolore et ont voulu mettre le drapeau rouge. C’est une grève ouvrière. C’est une initiative. Les gens s’en foutent de la couleur.On n’en fait pas un objet polémique. Mais là où il y a des gens qui ont une pensée un petit peu différente, qui prennent une initiative…

De la même façon, la reprise du travail s’est faite avec une forte minorité de gens qui voulaient poursuivre la grève. Dans l’usine, il y avait juste les militant.es,pour les autres c’était les vacances. Mais quand il y a eu le vote pour la reprise du travail, tous ceux et toutes celles qui étaient en dehors de l’usine, qui étaient d’accord avec la grève mais étaient partis en vacances, sont venus voter. Il y a des copains qui disaient qu’on ne devait donner la parole qu’à ceux qui avaient mené la grève, les autres basculant d’un côté ou de l’autre,suivant le rapport de force. Il y a toutes sortes de discussions qui se mènent autour de ces problèmes-là. Il y a une résistance. Le comité exécutif de mon syndicat s’est réuni pour définir notre position par rapport à la grève. Il était déjà acquis que la grève se terminait. On était au mois de juin. Tout le monde avait repris un peu partout. On a dit : « C’est classé ». Notre syndicat a dit qu’on serait libre de discuter et de voter, mais j’ai posé la question à tous les membres du comité exécutif après la grève. À part les deux qui étaient du PC et qui ont voté pour la reprise du travail, tous les autres, bien que l’on ait sorti un tract pour la reprise du travail, avaient voté contre. Chez les militant.es, il y a toujours une résistance, une exigence plus grande que chez les gens en général.

Quand il y a eu 1es négociations,qui ne sont pas des négociations – le constat de Grenelle, comme il est dit, Benoît Frachon est venu s’exprimer à l’usine. Honnêtement,le constat de Grenelle n’apportait pas suffisamment de satisfactions aux personnels de Renault. Par exemple, alors que le SMIG était revalorisé de 30 ou 40 %, c’était un acquis sur un salaire, mais un salaire minimum qui était déjà largement dépassé. Chez Renault,nous avions, grosso modo, 4 % par an. Grenelle, c’était 10 %, mais étalés. Or, avec l’inflation qui a surgi, les militant.es pensaient que l’année d’après on se-retrouverait « Grosjean comme devant »avec la hausse des prix. Il y avait ce sentiment critique. Il y a eu cette levée de boucliers largement spontanée des ouvriers qui ont dit qu’ils n’acceptaient pas le constat de Grenelle. C’est pourquoi la grève s’est prolongée jusqu’au mois de juin. La CGT,la CFDT ont dit : « Ce n’est qu’un constat, vous le refusez, donc on continue la grève ». A la suite de cela, la CGT a considéré, je pense, que ce mouvement avait été suscité par les gauchistes dans cette usine.

Un pompier nous a désignés comme ayant été ceux qui ont hurlé contre Séguy pendant sa prise de parole. Nous fûmes convoqués par Aimé Halbeher, le secrétaire du syndicat, qui nous dit que nous sommes accusés d’avoir pris l’initiative et la tête… Clara, ma compagne, et moi avons levé la main contre la reprise du travail, mais nous ne sommes pas de ceux qui ont crié: « Frachon, trahison ». Ce sont les ouvriers qui se sont exprimés mais nous ne sommes ni les initiateurs, ni les porte-parole. L’accusateur était là. Je lui dis que c’est ridicule, que je suis son délégué depuis des années.« Comment peux-tu oser dire cela ? » Il était muet.

Il y a, comme ça, la chasse aux gauchistes.

Henri Benoist.

1 Voir dans ce numéro l’article de Fabienne Lauret.

2 Secrétaire de l’UNEF.

3 Grande propriété foncière et agricole d’un colon, Borgeaud, qui payait ceux qui travaillaient sur ses terres en monnaie uniquement utilisable dans son domaine.

About the author

Henri Benoits entre comme apprenti ajusteur chez Férodo (fabriquant de garnitures de freins et d’embrayage) à Saint-Ouen en juin 1941. Il devient responsable chez Férodo de la commission Jeunes de la CGT et de l’Union locale des jeunes de la CGT à Saint-Ouen. Il adhère au Parti communiste internationaliste1. De retour du service militaire en septembre 1947, il rentre chez Alsthom, quelques jours avant le déclenchement des grandes grèves2. En 1948, il participe à la formation d’un syndicat autonome, né du refus de la scission entre la CGT et FO, aux côtés de militants marqués par l’anarcho-syndicalisme, avant de s’en éloigner au nom d’une conception confédérée du syndicalisme et en quittant Alsthom. Il entre chez Renault le 15 septembre 1950, et devient membre du secrétariat de la cellule Renault du PCI. Sur un plan syndical, c’est vers FO que la direction du PCI lui enjoint de se syndiquer. Il est le seul syndiqué FO à signer l’appel à la grève générale que la CGT lance pour le 12 février 1952 ; la Commission exécutive de FO désavoue sa signature, il rompt avec celle-ci. Il prend une part active aux barricades du 12 février 1952, puis aux manifestations de solidarité avec les licenciés. Syndiqué à la CGT, il prend en charge la section syndicale des mensuels et est élu délégué du personnel en 1954. Il le restera vingt ans.

Henri BENOITS

Henri Benoits entre comme apprenti ajusteur chez Férodo (fabriquant de garnitures de freins et d’embrayage) à Saint-Ouen en juin 1941. Il devient responsable chez Férodo de la commission Jeunes de la CGT et de l’Union locale des jeunes de la CGT à Saint-Ouen. Il adhère au Parti communiste internationaliste1. De retour du service militaire en septembre 1947, il rentre chez Alsthom, quelques jours avant le déclenchement des grandes grèves2. En 1948, il participe à la formation d’un syndicat autonome, né du refus de la scission entre la CGT et FO, aux côtés de militants marqués par l’anarcho-syndicalisme, avant de s’en éloigner au nom d’une conception confédérée du syndicalisme et en quittant Alsthom.

Il entre chez Renault le 15 septembre 1950, et devient membre du secrétariat de la cellule Renault du PCI. Sur un plan syndical, c’est vers FO que la direction du PCI lui enjoint de se syndiquer. Il est le seul syndiqué FO à signer l’appel à la grève générale que la CGT lance pour le 12 février 1952 ; la Commission exécutive de FO désavoue sa signature, il rompt avec celle-ci. Il prend une part active aux barricades du 12 février 1952, puis aux manifestations de solidarité avec les licenciés. Syndiqué à la CGT, il prend en charge la section syndicale des mensuels et est élu délégué du personnel en 1954. Il le restera vingt ans.

Les derniers articles par Henri BENOITS (tout voir)

Partagez cet article

Henri BENOITS

Henri Benoits entre comme apprenti ajusteur chez Férodo (fabriquant de garnitures de freins et d’embrayage) à Saint-Ouen en juin 1941. Il devient responsable chez Férodo de la commission Jeunes de la CGT et de l’Union locale des jeunes de la CGT à Saint-Ouen. Il adhère au Parti communiste internationaliste1. De retour du service militaire en septembre 1947, il rentre chez Alsthom, quelques jours avant le déclenchement des grandes grèves2. En 1948, il participe à la formation d’un syndicat autonome, né du refus de la scission entre la CGT et FO, aux côtés de militants marqués par l’anarcho-syndicalisme, avant de s’en éloigner au nom d’une conception confédérée du syndicalisme et en quittant Alsthom. Il entre chez Renault le 15 septembre 1950, et devient membre du secrétariat de la cellule Renault du PCI. Sur un plan syndical, c’est vers FO que la direction du PCI lui enjoint de se syndiquer. Il est le seul syndiqué FO à signer l’appel à la grève générale que la CGT lance pour le 12 février 1952 ; la Commission exécutive de FO désavoue sa signature, il rompt avec celle-ci. Il prend une part active aux barricades du 12 février 1952, puis aux manifestations de solidarité avec les licenciés. Syndiqué à la CGT, il prend en charge la section syndicale des mensuels et est élu délégué du personnel en 1954. Il le restera vingt ans.