Le syndicalisme contre le fascisme

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En France, l’extrême droite représente un spectre très large allant des groupuscules fascistes jusqu’aux réseaux antisémites Dieudonné et Soral, en passant par la nébuleuse religieuse réactionnaire ou bien les conspirationnistes.

Son expression politique la plus connue est le Front National. Par ailleurs, certains groupes ont organisé des manifestations de rue plus ou moins massives et relayées médiatiquement (par exemple « Jours de Colère » pour le Bloc Identitaire et les « Manifs pour Tous » pour Civitas).

Les extrêmes droites ont prospéré par l’intermédiaire d’un discours en direction de celles et ceux qui subissent les politiques libérales. Les réponses de l’extrême droite aux chômeurs, aux précaires, aux plus pauvres, aux exclus varient à la marge mais reposent sur ses valeurs : nationalisme, racisme, autoritarisme, sexisme.

De plus, le FN est interclassiste : il prétend défendre les salariés et le patronat. Mais il a choisi son camp : son programme prévoit « une grande réforme des syndicats » afin d’aboutir à des syndicats « plus à même d’entrer dans des logiques de concertation constructives et moins tentés de recourir à un rapport de forces (grève, manifestation) »1. Les travailleurs espagnols qui ont connu le syndicalisme unique et fasciste sous Franco jusqu’en 1975 pourront témoigner de son efficacité pour défendre les droits des travailleurs.

Après les attentats du 11 septembre 2001 et les guerres en Irak puis en Afghanistan, la bipolarisation entre Occident « chrétien » et Orient « musulman » s’est imposée. L’extrême droite adhère à cette vision du monde qui remet en avant les religions que le bipolarisme USA-URSS avait pour un temps écarté. La mise en avant par les médias de la bipolarisation Occident « chrétien » et Orient « musulman » a été survendue par les médias français, heureux de trouver ici une réponse simple à un monde qui reste évidemment beaucoup plus compliqué. Ils ont grandement facilité et participé aux développements des idées d’extrême droite.

Dédiabolisation ?

Si le Front national a nettement opté pour une « stratégie de gouvernement» et essaye d’avancer masqué derrière une façade supposée plus respectable, plus sociale et plus crédible, nous sommes face à un changement de stratégie plus qu’à un réel renouvellement idéologique. Le Front National reste un parti d’extrême droite, nationaliste et raciste.

Son discours pseudo-social, développé par touches successives depuis 1996, rompt avec les diatribes ultralibérales des années 80 pour élargir son électorat traditionnel aux classes populaires. Mais s’il dénonce les excès de la « mondialisation capitaliste », c’est pour mieux défendre le capitalisme des petits patrons « bien de chez nous » dans un cadre national où il n’y aurait plus de classes sociales et d’intérêts divergents (pourtant inhérents au système capitaliste !), mais un socle commun, une identité nationale. L’idée est ainsi d’élargir son électorat traditionnel pour toucher un électorat populaire.

Pour cela, il n’hésite pas à emprunter et pervertir des notions progressistes et des valeurs syndicales (nationalisations, services publics, etc..) en les adaptant à une vision nationaliste et raciste.

Mais quand les caméras s’éloignent, les vieux réflexes prennent le dessus, et c’est à nouveau la charge contre les syndicats, les « assisté-es », et surtout les immigré-es : même rebaptisée, pour moins effrayer, « priorité nationale », la « préférence nationale » reste la base du programme frontiste, avec une logique de ségrégation sociale et raciale. Les scandales liés aux propos racistes et homophobes de plus d’une centaine de candidats FN aux élections de mars 2015 rappellent à ceux qui en douteraient que le FN reste un parti d’extrême droite, malgré ses tentatives de « dédiabolisation » et de banalisation.

Cette stratégie de « dédiabolisation » du Front National est portée par une nouvelle génération de quadragénaires qui ne se contente plus d’une posture protestataire mais qui vise le pouvoir, adaptant son discours selon les circonstances et le public visé, l’important étant pour eux d’attirer de nouveaux électeurs et électrices.

Ce rêve d’accéder au pouvoir est rendu plausible à moyen terme par la porosité grandissante entre la droite et l’extrême droite, à l’œuvre depuis plusieurs années dans la plupart des pays d’Europe, mais qui s’est accélérée ces dernières années en France.

Un contexte de porosité idéologique, où les violences augmentent

Des convergences politiques entre les droites ont pu reprendre, comme lors des mobilisations massives contre le droit au mariage pour tous, commencées en 2012. Des convergences moins larges ont existé entre mouvances, de plusieurs obédiences, clairement classées à l’extrême droite, lors du « Jour de colère », où on a pu entendre dans les rues de Paris des cortèges qui ne regroupaient pas que des groupuscules néo-nazis crier « juifs hors de France ».

Agressions contre les lesbiennes, bi-es, gays et les personnes trans, contre les immigré-es et les personnes issu-es de l’immigration, les musulman-es, actes antisémites, violences envers des militant-es antifascistes et des organisations progressistes, se sont multipliées,dans toute la France comme à travers toute l’Europe, alors que l’extrême droite était banalisée. Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndical et antifasciste, était assassiné par des militants néonazis à Paris. Odieux et inacceptable en lui-même, ce meurtre a dépassé le drame individuel. Mais les manifestations qui ont suivi cet assassinat n’ont pas été massives, et les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier (syndicats, partis) n’ont pas réussi, pour celles qui l’avaient essayé, à mobiliser largement leur-es militant-es. Cet assassinat s’inscrit dans la tradition des violences d’extrême droite, rappelons si nécessaire qu’il y a 20 ans Ibrahim Ali, âgé de 17 ans, était tué par des colleurs d’affiches du FN à Marseille et que Brahim Bouarram, âgé de 30 ans, était mort noyé suite à l’agression de skinheads venus de la manifestation du FN le 1er mai 1995.

Les attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper casher de Vincennes ne semblent pas avoir profité au Front National et les médias « dominants » ont plutôt tenté de ne pas faire d’amalgames. Cela n’occulte pas les attentats contre des lieux de culte ou des commerces musulmans qui ont eu lieu. Entre un antisémitisme meurtrier et des violences islamophobes, il importe de combattre ces différentes formes de racisme et de relier l’ensemble à la lutte antifasciste.

De ce point de vue, l’appel « ensemble contre tous les racismes et le fascisme » pour les manifestations du 21 mars 2015, signé par une centaine d’organisations, allait assurément dans le bon sens :

Nous condamnons l’islamophobie et l’antisémitisme et toutes les formes de racisme comme nous condamnons les stigmatisations contre les quartiers populaires. Nous refusons les actes négrophobes. Nous refusons la chasse aux migrantEs et aux Rroms et les limitations à la liberté de circuler.

Nous refusons toute restriction à nos capacités de résister aux politiques antisociales au nom d’une « union nationale ».

Nous refusons de nous résigner à la montée de l’extrême-droite qu’elle prenne la forme du Front national, des groupes ouvertement fascistes et agressivement islamophobes ou/et antisémites. Nous dénonçons les gouvernements qui ont renforcé la chasse aux sans-papiers, le quadrillage des quartiers populaires et qui contribuent pleinement à la montée du racisme et des idées réactionnaires, notamment homophobes et sexistes.

Solidaires contre le fascisme

Que doit porter notre union syndicale afin de combattre une extrême-droite protéiforme ?

À notre sens, cela ne peut être qu’en pratiquant un antifascisme radical (dans le sens premier qui est de s’attaquer aux causes d’un mal, plutôt qu’à ses symptômes), pragmatique (ce qui implique une continuité entre les fins et les moyens) et enfin un antifascisme de masse c’est-à-dire qui soit le fait de l’ensemble de la population et en premier lieu du monde du travail.

Les ripostes unitaires

Depuis l’assassinat en juin 2013 de notre jeune camarade Clément Méric, les violences d’extrême droite racistes, sexistes, homophobes et contre les antifascistes n’ont pas cessé. L’exemple de la ville de Lyon est sans doute le plus parlant. Des groupes d’extrême droite considèrent la rue comme leur terrain de chasse et agressent celles et ceux qui leurs déplaisent. À leur tableau de chasse : des jeunes sortant d’un concert antifasciste, des personnes suspectées d’être étrangères ou encore des syndicalistes attablés en terrasse. Mais les réseaux antifascistes se sont réactivés et l’implication des militant-e-s Solidaires, dans ce combat, est importante.

L’association VISA2 (Vigilances et Initiatives Syndicales Antifascistes) regroupe des militant-es syndicaux-ales et des syndicats adhérents de Solidaires, CGT, CFDT, FSU et depuis peu de la CNT, de la CNT-SO et du Syndicat de la Magistrature. Depuis 1996, cette association fait un travail régulier de vigilance, d’informations, multiplie des interventions/débats lors de réunions syndicales et propose des formations suivies depuis 2012 par des centaines de syndicalistes. Elle a également édité plusieurs brochures tirées largement, notamment pour décrypter le programme du FN. Des militant-es de Solidaires sont particulièrement investi-es dans cet outil, mandaté-es par leur structure syndicale.

La coordination nationale contre l’extrême droite, (CONEX). Le 16 février 2013, à l’initiative de VISA et après plusieurs mois de discussions, une quinzaine d’associations et de collectifs antifascistes locaux ou régionaux se sont constitués en coordination nationale contre l’extrême droite (CONEX), avec une déclaration commune : « Face à l’extrême droite et son idéologie, la contre-offensive unitaire est une urgence ! »

Cet appel insiste donc sur la nécessité de créer un large front antifasciste dans une dynamique unitaire, comme ce fut le cas dans les années 1990, notamment avec la création des collectifs Ras l’Front et des mobilisations antifascistes. Déjà, le fait de rassembler au sein d’une même coordination des groupes de sensibilités différentes est un premier pas encourageant et depuis, d’autres groupes ont rejoint la CONEX. Pour l’instant la CONEX n’a eu que peu d’activité (diffusion de tracts dans les manifestations en 2013, affiches) en dehors de l’appel à manifester à Lyon lors du congrès du Front National. Les débats qui ont suivi la manifestation contre la tenue du congrès du FN à Lyon en novembre 2014 ont été vifs au sein de cette coordination, et des questions se posent sur son avenir et sa structuration avec un éventuel élargissement aux signataires de l’appel « Unir et agir face à l’extrême droite ».

De nombreux collectifs locaux et/ou affinitaires, aux périmètres très divers, existent sur l’ensemble du territoire. Au-delà, deux cadres nationaux se sont mis en place.

Le réseau « Clément », constitué dans les jours qui ont suivi l’assassinat de notre camarade fait le lien entre les 80 organisations (collectifs antifascistes, syndicats, associations, organisations politiques) qui avaient appelé aux manifestations des 22 et 23 juin 2013.

Devenu rapidement informel, ce réseau sert surtout d’outil d’échange d’informations sur l’actualité de l’extrême-droite, les argumentaires et les ripostes antifascistes principalement à travers une lettre3 rédigée par Solidaires toutes les deux ou trois semaines. Il permet néanmoins d’informer et de faire échanger ensemble des structures aux histoires et aux modes d’interventions différents.

La campagne unitaire contre l’extrême droite, ses idées et ses pratiques, qui regroupe la CGT, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse (Unef, FIDL et UNL) a été lancée le 29 janvier à Paris, par une journée de débats qui a regroupé plus de 600 militant-es syndicaux de ces trois organisations, et s’est conclue par un meeting unitaire. Cette campagne se traduit depuis au plan local et régional, notamment par des formations et des initiatives publiques. Elle doit se traduire aussi dans les entreprises et les administrations, notamment par la diffusion des tracts communs dont le contenu est axé sur le fait que les idées d’extrême droite sont contraires aux intérêts des salarié-es.. Cette unité est encore à gagner dans certains départements et certaines entreprises sur ce thème ; mais elle se maintient au niveau national même si cette campagne a des limites et que des désaccords ponctuels (comme sur la nécessité de descendre aussi dans la rue face au FN et à l’extrême droite) persistent entre nous. Ce cadre est important et montre que face au danger d’extrême droite, l’unité des organisations syndicales est une nécessité, que la lutte contre l’extrême droite, c’est aussi le rôle des syndicats.

Le travail antifasciste de l’Union syndicale Solidaires

Au-delà de ces ripostes unitaires, nous pensons que la riposte du syndicalisme face à la diffusion des thèses de l’extrême droite passe par, au moins, 4 niveaux.

1/ En interne, il y a un véritable enjeu de formation et d’information pour les organisations syndicales. C’est le sens des débats que nous organisons sur ce thème lors des réunions du Bureau national de Solidaires, ou lors de nos journées annuelles interprofessionnelles. Une formation nationale spécifiquement consacrée à la « galaxie Dieudonné » a aussi été organisée en 2014, et il est prévu d’intégrer ces questions lors des formations syndicales de base, au même titre que les questions d’autonomie du mouvement syndical ou de démocratie syndicale.

Ces débats et ces formations ont aussi lieu au sein des structures professionnelles et locales, parfois de façon unitaire. .. ce qui montre que nous avons pris conscience, dans la plupart de nos organisations, de l’importance d’aborder frontalement ces sujets.

C’est dans la même logique que s’est mis en place un groupe de travail « Riposte syndicale face à l’extrême droite » au sein de Solidaires. Les buts de ce groupe sont multiples : échanger et partager les informations entre structures professionnelles et locales sur cette question, en fonction des réalités vécues ; approfondir notre réflexion sur les discours et actions des différentes organisations d’extrême droite ; mieux coordonner le travail qui est fait par nos différentes organisations et enfin collectiviser la production de matériel en direction des adhérent-es et des salarié-es. Le choix n’est pas de créer un groupe de « spécialistes » de l’extrême droite, mais bien de travailler à la production de matériel simple et directement utile aux équipes militantes pour répondre au discours de l’extrême droite qui se répand et se banalise autour de nous, dans les entreprises et les bureaux, lors des tournées syndicales, parce que cela est une nécessité.

2/ Notre activité internationaliste est essentielle. Les rencontres européennes des divers réseaux antifascistes sont un cadre de la mise en œuvre de la solidarité internationale et d’une riposte antifasciste contre la montée des extrêmes droites en Europe. C’est aussi un des axes de travail du réseau européen des syndicats alternatifs et de base ou encore du réseau syndical international de solidarité et de luttes4. Au plan international aussi, l’antifascisme est partie intégrante de notre syndicalisme !

3/ Auprès de salarié-es, nous devons affirmer, sans concession, notre antifascisme, parce qu’il est partie intégrante de notre identité et de notre projet syndical. Certes, ce n’est pas toujours un sujet facile, soit parce qu’il est « clivant » et que la solution de facilité est de ne pas l’aborder même de la part de militant-es convaincu-es, soit parce qu’on sent que nos arguments ne pèsent guère face à des slogans simplistes et des fausses évidences. Pourtant, sur bien d’autres sujets, nous devons aussi lutter contre le discours dominant, faire preuve de pédagogie, expliquer sans cesse. Alors, il est normal de le faire aussi sur la question de la lutte contre l’extrême droite.

C’est pourquoi l’Union syndicale Solidaires a édité en 2014 à 500 000 exemplaires un tract « l’extrême droite est un danger mortel, le FN est son venin ». Il est difficile de savoir de quelle façon ce tract a été distribué même si l’on sait par ailleurs que des équipes syndicales ont été inquiétées par leur direction trouvant que ce 4 pages était « politique » (l’entreprise GFI est même allée au tribunal, où elle a été déboutée sur ce point) …. Mais nous savons aussi que des équipes ont déjà annoncé qu’elles ne distribueraient pas ce tract, expliquant qu’elles n’avaient pas de souci avec le contenu, mais que c’était compliqué vis-à-vis de certains salariés… : Là aussi, il y a un combat à mener.

Il ne s’agit pas de proclamer un « antifascisme moral » (qui n’aurait, par ailleurs, rien de déshonorant), mais bien d’expliquer et démontrer que le FN est un parti de bourgeois, au service du capitalisme, qu’il n’est pas contre « le système » mais complètement intégré au système capitaliste, et que son projet de société n’est en rien d’améliorer les conditions de vie et de travail des salarié-es. De la même façon, il s’agit de montrer clairement aux collègues que l’obsession antisémite de la bande à Soral-Dieudonné, comme le racisme du FN, ne sert, finalement qu’à diviser les salarié-e-s et masquer les vraies responsabilités. En désignant tel ou tel groupe, on épargne une classe sociale, celle des patrons, des actionnaires et des banquiers. Évidemment, pour ceux qui pensent que leurs conditions de travail se dégradent ou que les services publics sont attaqués parce que le monde est dirigé par les Illuminati5, il faut reconnaitre que la pédagogie peut trouver ses limites. Il nous faut combattre « les théories du complot » qui empoisonnent la pensée critique. Internet véhicule beaucoup de rumeurs et d’intox cherchant à élaborer des thèses racistes comme, par exemple, les liens entre les Juifs, le pouvoir et les réseaux pédophiles qui rappellent le mythe du Juif mangeur d’enfants, ou bien se basant sur des faits divers comme a pu le faire Édouard Drumont au XIXème siècle pour justifier ses thèses antisémites, utilisant le côté voyeuriste à des fins racistes. Il en est de même pour la manipulation par l’image que l’on croise régulièrement sur les réseaux sociaux. Ainsi nous nous devons de démonter ces amas de sottises et promouvoir le travail fait par exemple par les camarades investis dans les Débunkers6. Et il nous faut réfléchir au moyen de diffuser plus largement et de populariser nos analyses critiques du système capitaliste et notre projet de transformation sociale en nous appuyant sur les valeurs d’égalité des droits, de solidarité internationale et d’émancipation.

4/ Il nous faut, aussi et surtout, démontrer que le syndicalisme est porteur d’un projet de transformation sociale à la fois utopiste et crédible, face aux politiques libérales, que l’unité et la maîtrise des luttes par les salarié-es sont une force.

Le Front National, l’extrême-droite, ne sont jamais très à l’aise en période de fort mouvement social et leurs prises de position peuvent alors varier d’un jour à l’autre … Par contre, ils savent bien que chaque défaite du mouvement social, comme chaque lutte non menée, leur ramèneront son lot de nouveaux électeurs-trices potentiel-les. Comme le disaient déjà l’appel des 250 et Ras l’front7 il y a 25 ans, leurs avancées sont faites de nos reculs.

Lors des échéances électorales de 2014, le Front National a réussi à polariser l’attention sur lui et ses réussites dans les villes qu’il avait ciblé, ou les 24 sièges d’eurodéputés obtenus, faisant passer au second plan le nombre important d’abstentions (sans parler des jeunes non inscrit-es) qui montre un désintérêt croissant pour le jeu politique institutionnel. Lors des élections départementales de 2015, avec 5,1 millions de voix au 1er tour et 4,1 millions au second, il retrouve le nombre de suffrages obtenus à la présidentielle de 2002 (et relativement comparable aux 4,7 millions de voix aux européennes de 2014, soit bien moins que les 6,4 millions de voix obtenues par Marine Le Pen aux présidentielles de 2012)… mais obtient 62 conseillers départementaux qui s’ajoutent aux 1500 conseillers municipaux élus en 2014.

Le FN entend faire de « ses villes » et des cantons gagnés des relais pour sa banalisation, sa dilution dans l’espace politique « démocratique » français. Le syndicalisme interprofessionnel a, là encore, un rôle à jouer, en solidarité avec les agents des Collectivités Territoriales, mais aussi pour la défense des libertés publiques, du droit d’expression et d’association, l’expression d’une solidarité concrète au sein des couches populaires sans laisser cet espace à l’extrême-droite.

Mais pour Solidaires, la lutte contre le fascisme ne se limite pas aux enjeux électoraux. Nous avons plus lutté contre la progression de l’extrême-droite et du fascisme en agissant depuis des années au quotidien pour l’égalité des droits, contre l’injustice, pour la sécurité au travail, etc., que ne l’ont fait ceux qui par leurs pratiques décrédibilisent toute action politique au sens large du terme. Et c’est cela que nous devons continuer. C’est là que se mène l’essentiel de la lutte contre l’extrême droite. Au quotidien, dans la fraternité des luttes où se retrouvent côte à côte français-es et immigré-es, dans le respect du débat démocratique qui s’oppose aux « coups de gueule » et à « la loi du plus fort », dans la prise en charge des problèmes (y compris d’insécurité) pour éviter que leur non-résolution ne tourne au fantasme, etc.

Pour nous, sans les hiérarchiser, tous les racismes ne pas sont portés de la même façon, mais sous des formes et des « intensités » variables. Certains sont plus acceptés et repris que d’autres. Nous réaffirmons que tout racisme ou toute discrimination est inacceptable, puisqu’elle vise à diviser et détourner des vraies questions. Notre riposte se veut globale contre tous les racismes et contre tous les fascismes.

La présence et l’activité syndicales au plus près des travailleurs et des travailleuses (quotidiennement sur les lieux de travail), la reconstruction d’un tissu syndical interprofessionnel de proximité sont des actes antifascistes concrets. Cela peut paraitre une banalité, mais nous le répétons, c’est parce que nous mènerons des luttes victorieuses sur le terrain des droits sociaux et économiques que nous pourrons faire reculer durablement le FN. Partisan d’un syndicalisme de transformation sociale (heureusement, comme d’autres), nous pensons que ce système doit être combattu et radicalement modifié, qu’un autre partage des richesses est une nécessité absolue !

C’est, pour nous, une des façons les plus sûres pour faire redescendre le poids de l’extrême droite au niveau groupusculaire et de le voir disparaitre.

Bibliographie :

Jean-Paul Gaultier, André Déchot et Michel Briganti, « la galaxie Dieudonné ». Ed. Syllepse (2011)

Abel Mestre et Caroline Monnot « le système le Pen : enquête sur les réseaux du FN ». Ed. Denoël 2011

Sylvain Crépon, « enquête au cœur du nouveau front national ». Ed. Nouveau monde (2011)

Cécile Alduy, Stéphane Wahnich, « Marine le Pen prise aux mots ». Ed. Seuil (2015)

Benoît CollombatDavid ServenayFrédéric CharpierMartine Orange,Erwan Seznec « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours ». Ed. La découverte (2014)

Daniel Guérin « »Fascisme et grand capital ». Ed. Libertalia (2014)

Valérie Igounet, « Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées ». Éditions du Seuil (2014)

Zvonimir Novak « Tricolores, une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite ». Ed. L’échappée (2011)

Dominique Albertini et David Doucet « Histoire du front national ». Ed. Tallandier (2013)
Jean-Paul Gaultier, « Les Extrêmes droites en France : de la traversée du désert à l’ascension du Front national, 1945-2008 ». Éd. Syllepse (2009)

Collectif, coordonné par Jean-François Sirinelli, « Histoire des droites en France ». Ed. Gallimard, (2006)

Frédéric Charpier « Génération Occident. De l’extrême droite à la droite ». Ed. Seuil (2005)

Mathias Bouchenot « Tenir la rue : L’autodéfense socialiste 1929-1938 ». Ed. Libertalia (2014)

Gérard Perrier, « Vitrolles, un laboratoire de l’extrême droite et de la crise de la gauche (1983-2002) ». Ed. Arcane 17 (2013)

Haydée Saberan, « Bienvenue à Hénin-Beaumont – Reportage sur un laboratoire du Front national ». Ed. La découverte (2014)

Dimitri Parras « Aube dorée. Le livre noir du parti nazi grec ». Ed. Syllepse (2014)

Dominique Vidal, « le ventre est encore fécond, les nouvelles extrêmes droites européennes », Ed. Libertalia (2012)

Gaël Brustier, « le mai 68 conservateur, que restera-t-il de la manif pour tous ? ». Ed. Du cerf (2014)

Luc Boltanski et Arnaud Esquerre « Vers l’extrême : Extension des domaines de la droite ». Ed. Dehors (2014)

Commission antifasciste de l’Union syndicale Solidaires – 31 mars 2015.

1 Programme du Front national, « Emploi, réindustrialisation et PME/PMI »

2www.visa-isa.org

3 www.solidaires.org/rubrique20

4www.laboursolidarity.org

5Théorie selon laquelle une élite, regroupée au sein de la société des Illuminati, conspirerait dans le plus grand secret pour gouverner le monde. En réalité, les capitalistes ne se cachent pas et s’organisent même entre eux. Au Medef par exemple.

6www.debunkersdehoax.org/

7RLF, réseau de lutte contre le fascisme et l’extrême droite, qui comptait plusieurs dizaines de collectifs locaux à la fin des années 1990

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La revue Les Utopiques parait depuis mai 2015.

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