Nuit Debout Nîmes, toujours là !

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A Nîmes, tout cet été 2017, Nuit-Debout a organisé des « Gratiféria ». Ainsi, chaque jeudi soir, de 19 heures à 23 heures se tenait un marché gratuit, sur une place de la ville, squattée pour l’occasion. La mairie envoya chaque fois une escouade de policiers municipaux pour déloger les contrevenant.es, mais la détermination de ces dernier.es à rester fut plus forte. Dix « Gratiféria » au total ont eu lieu, rassemblant à chaque instant une trentaine de personnes, ce qui représente plusieurs centaines de passages hebdomadaires.

L’idée retenue était de maintenir un lieu de contestation, entre deux périodes : l’élection de Macron, et les mobilisations prévues pour septembre. Les « Gratiféria » étaient aussi, un endroit sympa de discussions, mais aussi d’échanges, où chacun.e apporte ce dont il n’a plus besoin, et part avec ce qu’il ou elle a trouvé et qui lui sera utile. Cette initiative, n’est pas nouvelle ; elle a été lancée l’été 2016, dans le prolongement des quatre mois de luttes contre la loi Travail, déjà de Macron. Elle s’était poursuivie à la rentrée de la même année, avec un rythme mensuel. Elle a continué en 2017, malgré l’absence de lutte sociale, due à l’enfumage du « vote utile » pour les élections présidentielles. Et, même, l’élection de celui que nous avions tous combattu, n’a pas réduit l’ardeur à continuer de résister.

Nuit Debout a joué en quelque sorte un rôle de charnière pendant toute la mobilisation de 2016. Mais à l’époque, avec plus de forces et de participant.es qu’aujourd’hui. En effet, ce collectif qui se réunissait chaque soir en occupant l’espace public (sans autorisation !), permettait de maintenir le flambeau entre les journées de grève, malheureusement très espacées entre elles. Ces rassemblements quotidiens ont, en grande partie, évité la dispersion des énergies. Les soirées Nuit Debout, place de la Bouquerie, étaient devenues le lieu de rendez-vous et de convergences, où chacun et chacune savait qu’il y rencontrerait d’autres personnes mobilisées contre la loi Travail. En permanence, nous étions une trentaine, et l’on pouvait compter sur le passage d’une centaine d’autres personnes, pas toujours les mêmes. Cette dynamique qui a duré quatre moins a touché, localement, plusieurs milliers de gens.

Tout a commencé un certain 31 mars 2016, à la fin d’une Xème manifestation sans lendemain. Le mot d’ordre lancé avait été « A la fin de la manif, on ne se disperse pas, on reste devant la préfecture, on discute de la suite ». Le succès avait été relatif, puisque seulement une grosse centaine de personnes n’était pas partie. Puis, au fil des heures, on s’était retrouvé une trentaine, puis une poignée vers huit heures du soir. Un demi échec, dont les derniers participant.es ont retenu un événement anecdotique et assez comique : nous avions installé une tente, que la police n’avait pas osé retirer ; autour de nous, déambulaient une cinquantaine d’hommes (aucune femme !) dont on ne savait pas si c’étaient des sympathisants (certains avaient des badges syndicaux), des badauds, ou des flics. On eut la réponse lorsqu’une camionnette apporta le repas du soir : tout ce petit monde déguisé se mit en file indienne derrière le véhicule, et repartit avec un sandwich et une boisson. Nous avions en face de nous un spectacle saisissant : une cinquantaine de représentants des « forces de l’ordre » munis, non pas de matraque, mais tenant d’une main une demie-baguette et de l’autre une canette (d’eau minérale !). L’image est inoubliable.

Ce demi-échec du 31 mars, fut largement compensé, par la réussite du rassemblement post-manif du 19 avril. Ce soir là, près de trois cents personnes se sont regroupées et sont restées une bonne partie de la nuit. Au menu : discussions, débats, tours de parole, perspectives pour donner une véritable ampleur au mouvement. Et dans la bouche de tous, ces mots : « on revient demain ! » Et le lendemain, il y eut autant de monde, ainsi que tous les jours qui suivirent, pendant quatre mois. Certes, il y eut des hauts et des bas. Cependant, ces soirée prirent vite de la vitalité, avec des animations diverses et variées, telles les projections de documentaires sur des thèmes alternatifs, ou des conférences sur des sujets sensibles. Il y avait aussi le coin « bouffe », où chaque soir se préparait une soupe, et un feu sur lequel cuisaient des grillades. Il est tout de même nécessaire de signaler que le moment important était l’AG de 8 heures, avec une démocratie presque parfaite pour échanger des opinions, souvent divergentes, et surtout pour prendre des décisions, et engager des initiatives et des actions.

Des initiatives, il y en eu des dizaines. Outre l’animation dynamique et combative des cortèges syndicaux, des actions autonomes furent engagées. On ne citera ici que quelques-unes des plus marquantes : Occupation du siège du MEDEF, de la Chambre de commerce, des locaux de la fédération du PS, de l’UL CFDT. Mais aussi, le lâcher au vent, de ballons gonflés à l’hélium en direction du phare de l’Espiguette, au moment même, où Manuel Valls faisait son discours. Il y eu, ce jour là, dans la foulée, quelques instants après, les sifflets répétés envers le même, lors d’un meeting à Montpellier. On n’oubliera pas non plus la rencontre de Macron à Lunel, où il lança la célèbre phrase qui tourne encore en boucle sur les réseaux sociaux et dans les média : « pour se payer un costume, il faut d’abord travailler ». Macron, encore simple ministre, n’avait pas osé le « Fainéants ! » présidentiel. Nous n‘oublierons pas non plus le lâcher de fumigènes sur une réception mondaine de Gattaz, sur la plage de Palavas.

NuitDebout Nîmes a donc, aujourd’hui, un an et demi. Ce collectif continue d’exister ; il se réunit chaque lundi et jeudi soirs. Il ne bénéficie plus de la symbolique d’antan, lorsqu’une centaine de protestataires occupaient la Place de la Bouquerie, relayé.es par des centaines d’autres simplement de passage. Mais il est toujours là, car il sait que le feu peut rejaillir des braises encore vives,en cette automne, où Macron devenu Président se révèle être un véritable fléau, pire que celui qu’on imaginait.

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