Des ambitions particulières

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Le concept, c’est ce qui empêche la pensée d’être une simple opinion, un avis, une discussion, un bavardage. Gilles Deleuze , Pourparlers, 1990

Quelle idée de vouloir changer le monde ? Quelle folie d’espérer en l’espèce humaine ?

A l’évocation des drames du monde, on peut sombrer dans un pessimisme sans fonds.

Mais comme « nous sommes au monde », essayons de le rendre désirable, de poursuivre une nouvelle utopie. La lutte contre le système mortifère du capitalisme et le combat contre toutes les oppressions, sont des impératifs philosophiques, sociaux et économiques.

Aucun romantisme ni morale dans cette affaire, mais la recherche d’une alternative rationnelle la plus juste, solidaire et démocratique, possible. Le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté, cette phrase de Gramsci, empruntée à l’écrivain Romain Rolland, reprise si souvent, n’en demeure pas moins profonde.

Mais suffit-il de se proclamer force de transformation sociale pour l’être effectivement ? Suffit-il de l’écrire à longueur de pages pour emporter l’adhésion du plus grand nombre ?

Ces deux questions interrogent le contenu et la stratégie pour gagner l’hégémonie des idées et préparer les affrontements de classes.

Les termes de transformation sociale méritent d’être décortiqués. Qui dit transformation dit modification, transition, métamorphose, quel que soit le synonyme employé, cela implique de partir de l’existant pour opérer la transformation, « la table rase » de l’Internationale n’est qu’une figure de style, et c’est là toute l’importance de l’analyse approfondie de l’évolution du capitalisme. Qui dit sociale, ne dit rien du champ d’intervention, intellectuel et spatial, que l’on s’assigne, et c’est là toute l’importance du débat sur la conception du rôle et de la place des organisations du mouvement social dans l’espace politique.

La lucidité est révolutionnaire

Etre rigoureux sur l’analyse de la réalité du système dominant est la condition sine qua non pour définir le contenu et la stratégie de tout projet alternatif. Ne pas prendre les effets pour les causes, ne pas être l’imbécile qui regarde le doigt du sage quand il montre la lune.

Cela suppose d’être exigeant envers soi-même et envers les autres, dans la recherche des raisons et des causes des événements et des bouleversements de l’époque. Cela exige de rechercher toujours à s’élever mutuellement, de ne pas brosser dans le sens du poil les positionnements simplistes ni d’occulter les débats, de peur de sa propre remise en cause ou de son ignorance. Enfin cela implique d’ériger le principe du doute comme aiguillon nécessaire à la réflexion et à l’action, sans jamais faiblir dans sa détermination.

Chaque phase de l’évolution du capitalisme pose des défis nouveaux pour les forces se revendiquant de la transformation sociale. Si les constantes de ce système sont toujours l’expansion de la marchandise, la concentration et l’internationalisation des flux financiers, il y a cependant des bouleversements dans l’organisation productive, et les processus d’accumulation et de formation du profit au niveau mondial, qui provoquent une modification de la division internationale du travail, de plus en plus segmentée géographiquement et opérationnellement, et transforment profondément le salariat et les conditions de la lutte des classes. Cela implique de ne pas s’enfermer dans une représentation mythifiée et obsolète de la classe ouvrière mais d’en appréhender la réalité, et d’anticiper son évolution, pour aider à l’émergence d’une force collective actrice du changement. Cela suppose également de tenir compte des nouvelles imbrications entre les mécanismes d’exploitation et d’oppression, de discrimination, dont notamment les femmes et les immigré-es payent le prix fort.

La question écologique est devenu un impératif catégorique qui ajoute à la complexité des choix de société en débat. Rompre avec le productivisme exige simultanément des propositions de transition et de garanties sociales qui permettent une adhésion majoritaire à cette mutation, particulièrement des exploité-es premier-es concerné-es.

De même, les termes de l’impérialisme ont également changé comme le souligne l’économiste Michel Husson (1). On est passé d’une internationalisation à une mondialisation du capital qui conduit à une organisation productive transverse à plusieurs pays. Cette intégration interdépendante de pans des économies nationales sous le pouvoir des multinationales est la caractéristique de l’économie mondiale actuelle, dont la géographie coïncide de moins en moins avec celle des états.

Ne pas prendre la mesure de ces bouleversements, et de leurs conséquences sur les stratégies de la lutte anti capitaliste, condamne à l’impasse toute velléité de changement. Cela implique de ne pas se limiter à des luttes hexagonales mais de travailler à redimensionner nos combats en articulant le niveau national, européen et mondial.

Sans affrontement avec les institutions supranationales, telles que celles de l’union européenne, qui représentent une part des grands intérêts capitalistes, indissociables des dominations nationales et des états, les luttes au niveau national ne suffiront pas à inverser le rapport de forces, le peuple grec en fait la triste expérience.

Par nos analyses, nos revendications, nos actions, en connexion avec les mouvements sociaux, dans leur diversité, qui partagent les mêmes objectifs, nous donnons une chance à d’autres possibles. Mais ces possibles ne pourront advenir que si les forces sociales, qui ont intérêt au changement, se les fixent comme horizon. A cet égard, nous devons assumer, non pas un rôle d’avant-garde, mais de passeurs, comme les générations qui nous ont précédés.

Nous devons avoir en tête les propos du philosophe Miguel Abensour : «seule une pensée de l’utopie qui se fait violence à elle-même, qui inclut dans son mouvement la critique de l’utopie, a la dureté nécessaire à la destruction des mythes qui minent l’utopie » (2). C’est à cette condition que l’on peut reconstruire une dynamique libératrice.

Il n’ y a que les radicaux de pacotille pour croire qu’il suffit de slogans, de propagande abstraite et de posture de pseudo avant-garde pour faire émerger une conscience collective révolutionnaire.

De la transition à la transformation

Pourquoi la réflexion sur des propositions de transition sociale, économique, écologique, politique, est-elle une nécessité ?

Elaborer une démarche transitoire est nécessaire pour faire cheminer les consciences et fixer un horizon aux luttes. Elle permet de combler le grand écart entre les revendications immédiates, d’urgence, et la conception abstraite d’une société post capitaliste, en mettant des balises sur le chemin de la rupture qui donnent toute sa cohérence à un projet de transformation sociale.

Elle répond à une réalité incontournable, celle du temps nécessaire au processus de passage d’un système à un autre. Qui peut croire que du jour au lendemain on puisse changer en profondeur de logique ? Les précédents historiques ont démontré les bifurcations, les détours, de tout processus révolutionnaire.

L’important est de prendre des mesures immédiates qui améliorent la vie quotidienne des individus afin de jeter les bases de la confiance populaire dans la possibilité d’un changement radical.

Cela implique de réfléchir à un programme social et économique qui établisse les premiers jalons de la transition, sans faire abstraction des rapports de forces, nationaux et internationaux, des formes de mobilisations sociales.

Les individus ne sont pas « spontanément » pour une société post capitaliste, socialiste, communiste, peu importe les vocables utilisés. Le double étau de la monstruosité des expériences socialistes, communistes, du passé, et surtout de la domination quasi totale de la mondialisation capitaliste sur l’ensemble des secteurs de la vie en société, enferme les consciences dans le vertige du sentiment d’impuissance.

Des formes de résistances existent cependant. Le magma contestataire bouillonne aux quatre points du globe, et fait irruption ici ou là et se répand au gré des réseaux sociaux. Mais la question est comment transformer ces colères éphémères en rapports de forces durables.

Au-delà des rendez-vous ponctuels des diverses rencontres et forums internationaux, c’est la construction d’une nouvelle « Internationale » horizontale, transversale, qui est à l’ordre du jour.

En ce sens, saisir les opportunités de faire des avancées ne signifie pas renoncer à l’objectif, mais avoir l’intelligence de la situation pour préparer l’avenir. L’exemple des actions de solidarité avec les mouvements sociaux grecs face au coup de force des institutions libérales européennes en est l’illustration, on pourrait en citer bien d’autres.

Il faut faire la démonstration dans les paroles et les actes que des incursions dans la logique du système, de ses fondamentaux telle que la propriété privée des grands moyens de production, est possible. Tirer les leçons des expériences sociales d’hier et d’aujourd’hui, comme par exemple celles des modes d’organisation autogestionnaire, est une exigence. (cf. article dans n°1 des Utopiques, page 78).

Comme l’écrivait le philosophe Baruch Spinoza (1632-1677) dans le Traité politique, (…) une Cité où la paix dépend de l’inertie des sujets, qui se laissent conduire comme un troupeau et formés seulement pour servir, mérite le nom de désert plutôt que celui de Cité (…)

Pouvoir, contre-pouvoir, asservissement, émancipation

Délégation de pouvoir, rôle de la représentation, servitude volontaire, autant de termes pour approcher la question de l’organisation de la société. Pour aborder ces problématiques il faut articuler une critique de la domination et une pensée de l’émancipation.

Les différentes Constitutions sont centrées sur le pouvoir représentatif et ses principes organisationnels, et de nouveaux droits. Mais ces droits sont davantage des ajouts à un cadre préétabli rarement remis en question. A cet égard, le rôle et la nature de l’Etat demeurent bien des questions à reprendre. Combattre la loi du marché au nom de la démocratie économique et sociale ne signifie pas que l’Etat soit son exact contraire. Sans revenir sur l’historique de la construction singulière en France du triptyque Etat-Nation-République, la neutralité d’une entité au-dessus des intérêts de classes est une mystification. Dès l’origine, elle fut le théâtre d’une lutte entre différentes conceptions de la démocratie. Contre la conception de démocratie directe portée par les Enragés, les principes d’égalité et de liberté de la constitution de 1789 étaient l’expression de la défense des intérêts de la bourgeoisie naissante face aux privilèges aristocratiques, et les « bras nus » (3) ont été instrumentalisés par les différentes factions de cette bourgeoisie, faute de constituer une force agissant pour son propre compte, sans oublier les exclus notamment les femmes.

Les exemples dans l’histoire, y compris récents, de mouvements de révolte avortés faute de clarification des rapports de forces entre organisations alliées de circonstance, portent à réfléchir.

Comme l’énonce Miguel Abensour (4), « l’émancipation et la liberté renvoient non pas à une société harmonieuse et consensuelle mais bien à une société où les tumultes et les antagonismes ont droit de cité. La démocratie, aussi paradoxal que cela puisse paraître n’est-elle pas cette forme de société qui institue un lien humain à travers la lutte des hommes et qui, dans cette institution même, renoue avec l’origine toujours à redécouvrir de la liberté ? »

A l’inverse, ajoute t’il, « le propre des régimes totalitaires n’est pas tant de faire violence à une problématique essence de l’homme, ni même de déplacer les limites de l’humain, mais bien plutôt de porter atteinte au lien humain, de détruire le rapport, l’ordre inter-humain. Refus de la pluralité, déni de la division, refus de la temporalité, déni de la finitude : ce dont il est question ici, c’est bien du lien social et du lien politique entre les hommes ».

A cet égard, au-delà du travail de décryptage critique du programme de l’extrême-droite, notamment du FN, c’est bien cette négation du lien humain qu’il faut combattre sans concession. Ce serait une erreur stratégique de banaliser le vote pour le FN sous couvert d’une exaspération sociale légitime. Le combat de classes ce n’est pas seulement défendre les intérêts des exploité-es, c’est aussi ne rien lâcher sur l’essence de la démocratie. La lâcheté nourrit les défaites idéologiques.

La déconcentration productive, la précarisation, l’atomisation des salarié-es ont détruit les formes d’organisation issues de l’époque des Trente glorieuses et sapé les formes anciennes de socialisation collectives, syndicales et politiques.

C’est à ce défi qu’il faut répondre pour redonner sens à une nouvelle utopie et combattre l’idéologie nauséabonde et destructrice de l’extrême-droite et de toutes les forces réactionnaires.

Insurrection sociale et insurrection politique sont indissociables. La démocratie « insurgeante », selon les termes d’Abensour, conteste la réduction de la politique à l’Etat, et rappelle le caractère contingent de l’Etat en tant que forme politique. Plus encore, elle « rouvre l’abîme trop souvent occulté entre le politique et l’Etat ». Dans un texte sur la désobéissance civile, Hannah Arendt avait prédit qu’elle jouerait, dans les démocraties modernes, un rôle important. Elle faisait la proposition que la désobéissance civile soit constitutionnalisée face à la faillite historique des institutions dites représentatives (5).

De même, la définition du politique n’est pas l’apanage des partis politiques. Les partis politiques, comme forme d’organisation collective, ne sont pas l’alpha et l’oméga de l’incarnation de l’organisation de la Cité, surtout quand ils sont enfermés dans une conception étriquée de la démocratie et de ses formes institutionnelles.

Les forces du mouvement social, en l’occurrence les forces syndicales, ont toute légitimité d’exprimer cette incarnation. Avec les autres forces du mouvement social, il faut dépasser l’assignation au seul rôle de contre-pouvoir, et à égalité avec les partis, participer activement à la construction d’un autre monde. Il faut rompre avec la conception du monopole des partis de l’espace politique.

Il ne s’agit pas d’avoir une vision manichéenne des partis politiques et des mouvements sociaux, ces derniers sont tout aussi susceptibles de fascination pour le pouvoir, d’absence de démocratie, de bureaucratie, de corruption idéologique voire pire.

La question du rôle et de la place des uns et des autres a un lien direct avec la conception de l’organisation démocratique de la société. Toutes les conceptions et les expériences qui ont conçu les forces sociales et leurs organisations, comme des courroies de transmission du parti guide, ou version moderne comme supplétifs du parti, mènent au désastre.

On ne peut que méditer sur ce que disait Hannah Arendt à ce sujet : «Les partis, en raison du monopole de la désignation des candidats qui est le leur, ne peuvent être considérés comme des organes du Peuple, mais au contraire, constituent un instrument très efficace à travers lequel on rogne et on domine le pouvoir populaire ». (6)

C’est aujourd’hui et maintenant que les choses se conçoivent et se construisent pour préparer les conditions du changement. Tout ce qui favorise l’apprentissage de la démocratie directe, de l’auto organisation des forces sociales, de la prise de décision par l’ensemble du corps social, est la meilleure garantie de ne pas reproduire à l’avenir l’expérience meurtrière des sociétés bureaucratiques de l’Etat/Parti.

Convenons que la question n’est pas simple. Ce serait un leurre de croire à la mobilisation prolongée et à la disponibilité permanente des peuples. Chaque individu aspire à jouir de l’instant présent, à vivre tout simplement, et pour beaucoup à sortir de la survie. C’est pourquoi les questions de l’organisation, de la délégation de pouvoir contrôlée, de l’articulation des prises de décisions à tous les niveaux, sont essentielles. L’expérience brésilienne du budget participatif est une référence intéressante, nonobstant la situation catastrophique actuelle du Brésil. La budgétisation participative, explique l’économiste brésilien Ubiratan de Souza, est « un processus de démocratie directe, volontaire et universel, par lequel la population peut discuter et définir le budget et les politiques publiques. Elle est une combinaison entre la démocratie directe et la démocratie représentative. » Porto Alegre, en 1989, a été la ville emblématique de cette expérimentation.

Une éthique de l’action

Pour se poser les bonnes questions et apporter des réponses pertinentes, il est nécessaire d’imaginer ce que ferait un « gouvernement des travailleurs » dans telle ou telle situation et ne jamais oublier que les fins ne justifient jamais les moyens. De vils moyens aboutissent à de sinistres fins. Il ne s’agit pas là de l’intelligence tactique indispensable dans les combats mais de la conception même des moyens utilisés pour parvenir à ses fins.

La posture de l’opposition sans se poser la question de Que faire ? est en réalité une fausse radicalité traduisant l’absence de volonté de contribuer concrètement à la transformation sociale. Et quand on ajoute à cela la vanité d’avoir des idées sur tout faute d’avoir surtout des idées, cela devient pathétique.

Le lien avec les intellectuel-les est important, non des intellectuels inféodés à telle ou telle organisation, mais de véritables appuis à l’éveil des consciences. Face aux intellectuels réactionnaires, c’est une nécessité. Déjà en 1977, Gilles Deleuze faisait une critique acerbe sur l’imposture et la logique réactionnaire de la nouvelle philosophie. Ces protagonistes sévissent encore et ont pignon sur rue jusque dans les ors de l’Académie française. Il s’agissait, et il s’agit encore de déclarer la révolution impossible. Fort heureusement, il y a encore des intellectuels qui mènent les combats politiques aux côtés des mouvements sociaux. Le lien et l’échange avec ces intellectuels sont source de vitalité de la pensée. Ce n’est pas par hasard si les régimes totalitaires les enferment et brûlent les livres.

Tout cela est une disposition d’esprit qui demande de l’effort, de la constance, mais sans lequel nous ne pourrons prétendre revendiquer une pratique politique qui se déploie dans une quête sans fin pour la liberté humaine.

Dans toute organisation collective, qu’elle soit militante ou de lutte, les rapports entre individu ne peuvent être empreints d’asservissement, à un soi-disant chef, leader, porte parole, car c’est déjà la marque d’une conception servile des rapports sociaux, aux antipodes d’un projet de transformation sociale.

Il y a beaucoup de Tartuffe en la matière. Le rapport au pouvoir est souvent chargé d’hypocrisie, d’ego, de soif maladive de reconnaissance. Affichée ou dissimulée, cette quête du pouvoir individuel ne peut prospérer que sur l’inertie, la passivité, des autres. S’impliquer, prendre ses affaires en main, garder l’esprit critique, sont les seuls contre feux démocratiques. Tout fonctionnement qui flatte l’individualisme est un poison, en revanche le respect de la singularité de chacun-ne est un gage de pluralité et de créativité.

Le fonctionnement au consensus respecte l’expression de la pluralité des positions et laisse le temps utile pour ne pas figer des positions et poursuivre les débats. Mais il peut devenir un frein lorsque les évènements s’accélèrent et imposent des décisions, sans lesquelles nous sommes condamnés à l’impuissance. Avoir conscience de cette contradiction, et être capable d’en faire le bilan est un gage de maturité.

De même tout fétichisme de l’organisation, syndicat, parti, ou association, est générateur d’immobilisme. Les formes organisationnelles ne sont que des outils. Leur utilité, leur pertinence, doivent être interrogées et dépassées si nécessaire. Créer de nouveaux outils, c’est prendre ses responsabilités face aux enjeux à venir. Les expériences historiques ne manquent pas de rendez-vous manqués.

Il faut toujours compter, sans tomber dans le jeunisme, sur la vitalité des nouvelles générations pour secouer la gestion routinière sans imaginaire. La génération militante de 1968 doit faire son propre bilan. Elle doit avoir l’humilité de reconnaître qu’elle a bénéficié d’un contexte particulier, national et international, d’effervescence politique et sociale, sans parvenir à des résultats probants. Certes elle a contribué à préserver certains acquis, le féminisme, l’anti racisme, les fondamentaux du marxisme, l’internationalisme, et ce n’est pas rien, mais encore faut-il se donner les moyens de transmettre ces combats aux nouvelles générations. Ces dernières font face à des décennies de défaites et de reculs idéologiques. Elles ont des montagnes à soulever.

Pour cela, il faut leur laisser la place et accepter ce rôle de transmission des expériences et des connaissances. Le renouvellement générationnel est souvent laborieux, soit par l’incapacité des « ancien-es » à anticiper la relève ou à décrocher après des dizaines d’années de responsabilité, soit parce que l’image d’un militantisme quasi 24h sur 24h est un repoussoir pour beaucoup. La vigilance démocratique et les soucis de donner une place utile, à son rythme, à toutes et tous dans l’organisation font partie de l’éthique de l’action.

Faire de sa vie une œuvre d’art, en paraphrasant le philosophe Michel Foucault, c’est développer l’intensité et la créativité dans toutes les sphères de la société, en luttant contre tous les pouvoirs, toutes les dominations et oppressions. C’est se donner des ambitions particulières et des amours singulières pour l’autre soi-même (7).

  1. De l’impérialisme à l’impérialisme, Nouveaux cahiers du socialisme n°13, 2015.

  2. La communauté politique des « tous un ». Entretien avec Michel Enaudeau, Les belles lettres, 2014, Le nouvel esprit utopique de Miguel Abensour.

  3. Bourgeois et bras nus, Daniel Guérin, Gallimard, 1973

  4. La démocratie contre l’Etat, Marx et le moment machiavélien, Miguel Abensour, PUF, 1997, réédité en 2004, édition du Félin.

  5. Hannah Arendt, De la désobéissance civile, 1972

  6. Hannah Arendt, Essai sur la révolution, 1967

  7. Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Seuil, 1990

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