Ce que révèle la parole des salariés

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A partir de ces récits qui abordent le travail comme expérience concrète, l’ouvrage propose en prolongement une réflexion sur les formes d’action collective et le syndicalisme. Comme l’écrit Sophie Béroud dans sa postface, une telle approche constitue « une incitation à déployer une forme de syndicalisme qui ne se laisse pas entièrement accaparer par le travail de représentation et de négociation dans les institutions, bien que ces arènes de pouvoir soient bien sûr importantes. (…) Il s’agit au contraire d’être les chevilles ouvrières qui vont faire émerger cette parole individuelle des salariés pour construire du collectif, pour mettre en œuvre une démarche réflexive sur le sens de leur travail, mais aussi sur les façons de produire des biens et des services, sur leurs usages. En faisant de la connaissance que les salariés ont de l’organisation du travail et des savoirs pratiques qu’ils ont développés pour améliorer celle-ci, le socle de l’action syndicale, l’objectif consiste à profondément renouveler celle-ci et à la démocratiser. »

Nos rencontres et notre analyse soulignent l’urgence de transformer le travail et de s’en emparer comme question politique et non la nécessité de transformer les salariés pour les rendre plus employables que porte les politiques dites de « modernisation » du marché du travail.

En guise d’invitation à découvrir l’entièreté du livre1, nous proposons la lecture de larges extraits d’un témoignage, celui d’Elsa, ouvrière dans l’électronique et déléguée syndicale. Elle décrit précisément ses conditions de travail, les formes d’organisation qui les encadrent, les pressions de la hiérarchie et la manière dont les rapports sociaux de genre et de classe marquent leurs empreintes. Mais son témoignage montre aussi la mise en œuvre dans un tel contexte de pratiques syndicales autonomes de résistance. Elle permet d’identifier un syndicalisme réellement existant en reconstruction malgré les violences produites par les nouvelles formes d’organisation du travail.

« Mais pourquoi les femmes ne pourraient pas être déléguées aussi et changer la donne? »

Ouvrière dans l’électronique, Elsa a également travaillé comme représentante commerciale. Elle quitte ce travail car elle estime que les horaires habituels (travail six jours sur sept, souvent plus de dix heures par jour) ne lui permettront pas de s’occuper de son enfant.

(…)

Phase test

J’ai été prise dans cette boîte qui produit de l’électronique. Au bout de trois mois d’intérim et de contrats à la semaine, j’ai obtenu mon CDI. C’était le passage obligé pour le décrocher. Quand je suis arrivée là, j’avais près de quarante ans. Ils se sont dit que je n’aurais plus d’enfants. Mais ils m’ont demandé directement si malgré mes enfants, j’allais pouvoir assumer les trois pauses. Quand tu veux du boulot tu dis de toute façon « oui » à ce genre de question!

Mon travail consiste à accomplir plusieurs choses. Le produit en lui-même, ce n’est pas qu’une carte électronique. Je dois effectuer des manipulations assez simples mais aussi des montages. Pour cela, il fallait apprendre à visser. J’ai dû effectuer des tests de rapidité afin de voir si j’allais assez vite avec mes mains. Le premier a été réalisé par l’agence d’intérim. Il mesurait la rapidité. On m’avait donné un tableau divisé en deux avec d’un côté des trous et de l’autre des bouchons. Tu devais les placer dans les trous en faisant des gestes bien précis et ils chronométraient le temps que tu mettais. (…) Lors du test, on a dû aussi montrer que l’on savait souder et dessouder. C’est du travail de précision. La direction préférait engager des femmes pour ce travail. Elle les voyait comme étant plus précieuses et minutieuses. Ils craignaient que les hommes soient plus bourrus et qu’ils détruisent davantage de cartes. Je ne vois pas nécessairement les choses comme ça…

Pour les engagements, ils ne choisissaient principalement que les filles qui avaient fait de la coiffure et de la couture auparavant parce qu’ils avaient besoin de leur dextérité. Dans l’usine, pour ce qui concerne l’électronique, il n’y a pratiquement que des filles. Les hommes sont là pour par exemple charger les machines. Ils mettaient en avant la finesse des mains des filles! J’ai été engagée pour faire principalement un travail d’inspection. Je contrôle les vissages et la qualité de la soudure. Normalement, je ne fais pas ça huit heures, mais cela arrive, quand on est en sous-effectifs qu’on soit affectée à ce travail éprouvant moralement toute la journée. Ceci dit, même quand tu es changée de poste, tu es souvent amenée à contrôler autre chose.

Intensification

Je travaille là depuis douze ans. La production a fortement augmenté. Les machines d’au­jourd’hui sont plus précises et plus rapides. Notre travail d’inspection n’est plus le même. Quand les cartes électroniques arrivent, elles passent devant un détecteur qui analyse déjà la qualité du produit. Cette machine fait déjà une partie de mon travail en quelque sorte. Elle est tellement précise que tu peux te fier à ce qu’elle détecte. Les produits passent et tu vois ce qu’elle identifie. On nous demande d’ailleurs dans notre travail d’inspection de nous limiter à vérifier uniquement ce que la machine a détecté. (…)

Dans chaque ligne, ils évaluent le temps de production. Ils l’ont diminué avec l’arrivée des nouvelles machines et en réorganisant les tâches à accomplir. Tu as un temps précis pour chaque chose, par exemple X secondes pour analyser une carte. Mais si tu prends moins de temps – par exemple quinze secondes au lieu de trente – ils seront contents. Par contre, si tu laisses passer des erreurs, cela n’ira pas.

Comme déléguées, on est là pour dire aux filles de ne pas travailler comme ça. On rappelle les procédures à respecter dans lesquelles il est précisé comment prendre les pièces pour ne pas les abîmer, de combien de temps on dispose pour effectuer l’inspection, etc. Les filles n’ont pas cela en tête et c’est bien compréhensible. Beaucoup sont des intérimaires qui ne pensent qu’à obtenir un CDI. Elles pensent bien faire en démontrant qu’elles savent travailler très vite. Mais elles font pires que mieux. Quand ils se rendent compte que l’une va plus vite et qu’il n’y a presque pas d’incident, les chefs se demandent pourquoi les autres ne suivent pas aussi cette cadence. Cela risque de mettre la pression sur tout le monde.

On essaie d’être très vigilant à cela. Je ne vois pas pourquoi il faudrait aller plus vite et faire notre travail en un temps moindre que celui qui nous est imparti. Là où je suis, quand la carte sort du testeur, tu as trente-six secondes pour la vérifier. Il y a moyen de le faire en dix-huit secondes en changeant ta manière de travailler, par exemple en utilisant tes deux mains. Mais c’est trente-six secondes parce que c’est le temps que met la machine à effectuer ses opérations.

Des personnes sont également venues nous chronométrer et tester différents aménagements possibles afin de voir lequel était le plus efficace. Évidemment, ils ont fait cela avec les filles les plus rapides. Ils ont identifié que pour faire passer la carte d’un testeur à un autre, tu pouvais par exemple changer la disposition de la machine et gagner deux secondes. Ceci dit, ils sont parfois aussi en train de te chronométrer en se cachant derrière un mur. Cela arrive fréquemment.

Évaluation

Tous les ans, nous avons un entretien d‘évaluation avec les RH. Ils y analysent un peu tout : ton travail, ton assiduité, les relations que tu as avec les autres. C’est uniquement le chef qui t’évalue. Je suis en désaccord avec ce système. C’est à la tête du client. Ils peuvent faire ce que bon leur semble. Le chef ne voit pas ce qui se passe réellement et pourquoi on a attribué à la personne qui est évaluée des erreurs. Il voit juste les résultats mais ne prend pas en considération ce qui se passe réellement, notamment la vitesse de production qui est imposée à toutes. Quand tu leur dis explicitement les problèmes que tu rencontres et pourquoi certaines filles en viennent à valider des fautes, ils nous répondent « on ne leur a pas demandé de faire ça » et leur rejettent la responsabilité. Ils nient nos difficultés. La boîte organise aussi ses propres réunions avec le personnel. Elle édite aussi un journal d’entreprise dans lequel il y a l’ouvrier et l’employé du mois.

On a une CCT 90 « Avantages non récurrents liés aux résultats »2 dans l’entreprise. Elle est liée aux bénéfices, sur-bénéfices et aux nombres d’accidents. L’absentéisme a un impact sur le montant de la prime. En fonction du nombre de jours d’absence, on t’enlève un certain montant. Je suis contre et on essaie de négocier du salaire. Mais aujourd’hui, les gens demandent de l’argent tout de suite et le gouvernement nous empêche de revendiquer cela. Mais avec la CCT 90, on leur fait miroiter de l’argent alors que cette année il n’y aura rien!

Les faveurs sont parfois accordées plus discrètement. On m’avait signalé qu’un chef distribuait des enveloppes à ses subordonnés qu’il entendait promouvoir. Ce n’était pas déclaré… Ce genre de chose arriverait régulièrement.

« Dommages collatéraux »

Les effets d’un travail aussi intense sont très variables selon ton âge, ta vie de famille, ta situation financière. Il y a des gens qui travaillent encore après leurs heures parce qu’ils n’arrivent pas à s’en sortir financièrement. Il y a des filles qui terminent à six heures du matin à l’usine et qui vont tout de suite faire du travail de nettoyage jusque douze heures. Après le travail à pause, faire cela, c’est à se taper une balle dans la tête. Le temps de se rendre à son deuxième emploi, elles bossent de sept heures à douze heures. Qu’est-ce qu’elles ont comme vie?

Quand je sors de l’usine je suis lessivée. Le stress, la vitesse, les gars qui sont derrière toi pour te harceler, c’est insupportable. Ceci dit, ils ne sont plus toujours derrière toi puisque désormais tout est affiché sur ordinateur. Ils voient à chaque moment combien de pièces sortent sur chaque poste de travail. Ils viendront demander : « Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu n’as sorti que ça? » On doit alors se justifier. Et c’est tout le temps, quand ce n’est pas le chef de ligne, c’est le manager. On éprouve une fatigue morale parce que physiquement on ne soulève pas de poids. C’est vrai aussi qu’on travaille dans un environnement propre, mais quand tu sors de là, ta tête est prête à exploser!

Ils n’ont pas tenu compte des différences d’âge. La femme de cinquante-cinq ans devra être au même rythme que celle de vingt. Et si on n’est pas capable, on nous dit qu’on n’a qu’à changer de boulot. On essaie que les plus de cinquante ans aient un travail adapté. Mais il n’y en a pas. Aujourd’hui, à cinquante-deux ans, je fais le même travail qu’il y a douze ans, mais tout s’est énormément accéléré.

Étant donné la vitesse, il y a plein de troubles musculo-squelettiques : des épicondylites3, des tendinites, etc. On essaie de veiller à l’adaptation des postes. Reste que je plains les grandes filles parce que les testeurs sont construits pour la taille d’une femme « normale ». Celle qui est grande doit beaucoup s’abaisser, c’est alors son dos qui en prend plein. Et tu fais toujours les mêmes mouvements pendant huit heures, ce n’est pas évident.

On travaille aussi dans le bruit permanent des machines. Ce sont des composants que l’on vient déposer sur des cartes. Tu as tout le temps ce bruit des robots en action. La radio fonctionne dans l’usine et dans le réfectoire il y a une télévision qui diffuse des publicités sur la boîte, qui affiche les résultats d’une ligne de production ou qui rappelle les procédures que l’on doit respecter. Tu viens prendre ta pause tranquille pour manger, tu n’as que dix-huit minutes et tu as ça en plus. J’ai essayé de ne pas le regarder mais c’est impossible. Quand je rentre chez moi, la télévision est au volume minimum. Tu deviens hypersensible aux bruits. Je ne supporte plus rien. Ce n’est pas nocif au niveau des décibels, mais c’est tout le temps. C’est donc épuisant.

On a aussi des risques liés à l’utilisation de produits très nocifs qui servent à nettoyer les machines. Je me suis déjà brûlée à une occasion et on ne peut surtout pas les inhaler.

Des horaires éprouvants et une double journée

C’est l’horreur de changer constamment d’horaire. La semaine passée, j’ai fait la nuit. Quand tu rentres chez toi en ayant terminé à six heures, tu ne vas pas tout de suite aller te coucher. Il faut un peu calmer son esprit, se délasser et manger. Il faut aussi s’occuper du ménage. Notre journée n’est pas finie après l’usine. Comme femme, j’ai une double journée de travail. Tu ne vas donc pas te reposer avant huit heures trente. Mais à cette heure-là, tout le monde travaille à l’extérieur. Tu entends tous les bruits et tu ne dors pas plus de quatre heures. Quand tu travailles du vendredi au samedi, tu ne vas pas aller te coucher et perdre une partie de ton week-end. Tu ne dors pas avant samedi vingt-deux ou vingt-trois heures.

D’autant que tout de suite après, tu commences une autre pause. Cette semaine par exemple, je fais quatorze heures-vingt-deux heures et la suivante six heures-quatorze heures. Ton corps n’a pas le temps de s’habituer. (…) Il y a beaucoup d’absences qui sont liées à la pénibilité du travail en pause. Personnellement, je ne l’ai pas senti jusqu’il y a quatre ans. (…) La conséquence de ce rythme de travail en pause, ce sont des problèmes familiaux en cascade. J’ai connu une ouvrière qui a dû abandonner son travail parce que son fils, quand il est devenu adolescent, a eu de grosses difficultés, notamment avec la drogue. Elle a dû le suivre, le conduire chez des psys et ne savait plus aller au travail. Suite à cela, elle a vécu une longue dépression.

Je vois bien la situation. Quand je vais travailler de quatorze heures-vingt-deux heures, mon fils que fait-il? Grosse question, je n’en sais rien et cela peut m’inquiéter. Cela fait deux ans que je souffre le martyre. Il m’a fait des fugues, il ne travaille pas à l’école. Il sait qu’aujourd’hui je fais l’après-midi donc il va rentrer quand il veut et je n’ai aucune prise là-dessus. Quand il était plus petit, à six ans, que j’allais travailler la nuit, j’ai dû le mettre à l’internat. Je vivais seule à ce moment-là et je n’avais plus de famille pour le prendre. Il se retrouvait à se lever et à aller à l’école de lui-même. Ce n’était pas de son âge et c’était un stress terrible pour moi. Je téléphonais à l’école afin de savoir s’il était bien arrivé. C’est pour cela que je l’ai inscrit dans un internat parce que ce n’était plus possible qu’il soit seul le matin ou la nuit! Encore aujourd’hui, il me dit à quel point il s’est senti abandonné!

Quant à mon homme, il déteste quand je fais la nuit. Même chose quand je fais le soir, il ne me voit pas. La journée, ça va parce que lui aussi bosse à ce moment-là. La vie de famille et la vie de couple en prennent vraiment un coup! On a donc beaucoup de dépressions et également une fille qui a fait aussi plusieurs tentatives de suicide.

Action directe

Chez nous, tu as la partie électronique avec majoritairement des femmes et la partie mécanique avec quasiment que des hommes. C’est là que se trouvait auparavant la majeure partie des délégués. Les femmes n’avaient pas cet esprit. J’ai travaillé des années comme employée et je n’ai jamais pensé me mettre dans une délégation. J’étais syndiquée mais sans plus. Mais, à présent, c’est fini. Alors qu’il n’y avait qu’une seule déléguée il y a douze ans, nous sommes désormais une petite dizaine de notre organisation. J’ai tout d’abord vu notre délégué travailler et je me suis progressivement dit « mais pourquoi les femmes ne pourraient pas être déléguées aussi et changer la donne? » Les délégués faisaient leur boulot mais comme c’est fort séparé, ce n’était pas toujours évident qu’ils puissent intervenir chez nous.

Ma collègue qui avait tenté de se suicider et moi avions été victimes de harcèlement moral. Cela venait de mon chef. Pendant tout un temps, je n’allais pas en parler au délégué parce que c’était un homme. Cela n’existe plus aujourd’hui parce que nous avons la chance d’avoir des femmes dans la délégation syndicale. À l’époque, mon chef et un de ses complices venaient me chercher. Ils m’emmenaient à l’abri des regards des autres. Ils commençaient alors à me faire des reproches et à me dire «tais-toi, tu n’as rien à dire» ou «baisse tes yeux». Cela a duré un an et demi jusqu’au jour où j’ai tout de même été parler au délégué syndical. Il n’était pas de la même couleur que le syndicat auquel j’étais affiliée, mais il m’a tout de même bien défendue. Du coup, je me suis affiliée chez eux. Ce n’est pas que l’autre syndicat ne faisait rien, mais il ne prenait pas en compte ce qui nous arrivait. Et puis, de ce côté-là, on m’avait dit que comme je venais de subir du harcèlement, je ne pouvais pas être sur les listes. C’était peut-être un peu pour me protéger mais cela ne tenait pas compte du fait que j’étais candidate!

J’ai été élue déléguée sur la liste de ma nouvelle organisation. C’était difficile au début quand on doit affronter les chefs, notamment après cet épisode de harcèlement que j’avais subi. Mais j’ai pris de l’assurance et je ne me laisse plus impressionner par ce genre de personne. Je sais le regarder dans les yeux alors qu’il me les avait fait baisser auparavant.

Puis, il y a des choses dont tu peux parler avec des femmes que tu ne vas pas aborder avec des hommes. Les femmes ne parlaient pas du harcèlement moral dont elles étaient l’objet. Elles en parlent beaucoup plus facilement aujourd’hui. Il peut s’agir de harcèlement mais aussi de pressions. Quand il y a un gars qui est derrière toi et qui te dit « allez, plus vite », « dépêche-toi, tu ne vas pas assez vite », « mais t’es nulle», au bout de quelques temps, tu n’en peux plus. Maintenant, la fille vient me trouver et les collègues viendront aussi me dire « t’as vu ce qu’il fait lui? »

Notons qu’il n’y avait pas véritablement de harcèlement sexuel. Mais des femmes se sont dit que, en séduisant certains hommes de la direction, elles auraient plus de facilités à se faire engager ou à obtenir une promotion. Parfois d’ailleurs, eux disaient «si tu nous fais une petite faveur, peut-être que… »

Comme déléguée, je me suis rendu compte de tout cela. J’ai pu m’appuyer sur les avantages de ce statut. Quand quelqu’un te dit parce que tu es là depuis longtemps « tu es un ancêtre », je peux lui répondre et me fâcher dessus. Si je n’étais pas déléguée, je ne pourrais pas me le permettre. Et comme je ne supporte pas quand un homme parle mal à une femme, je le remets à sa place en lui disant « un, tu parles convenablement, ce n’est pas un objet et deux, tu t’excuses ». On a dû beaucoup intervenir comme cela auparavant. Maintenant, notre force c’est d’être beaucoup plus de déléguées et du coup ils font attention!

Je remarque beaucoup plus ce qui se passe autour de moi. Avant quelqu’un pleurait, je n’aurais pas été voir ce qui se passait. Aujourd’hui, je vois par exemple des filles qui se font appeler par la direction. Je les vois revenir et je m’aperçois qu’il y en a qui sont en pleurs sur leurs postes. Je peux aller les trouver et voir le problème.

Ce qui m’a énormément aidée, c’est de m’affirmer comme déléguée et d’avoir gagné en assurance. Je peux interpeller les managers et leur faire remarquer qu’ils ont mal parlé à une fille dont le contrat s’était terminé. Ils lui avaient reproché d’être insistante. J’ai pu leur répondre que c’était normal, qu’elle se demandait quand elle aurait son CDI et que ce n’était pas une raison pour lui parler n’importe comment.

Pour moi, l’action syndicale, c’est être avec les gens, être présente et réagir face à la direction. Je m’arrange avec mon chef, histoire de ne pas l’avoir sur le dos, pour faire un tour quand il n’y a pas de production ou quand il faut se déplacer dans l’usine. C’est dans ces moments que je peux prendre des nouvelles des filles sur la chaîne de production. Grâce à cela, il y a maintenant une solidarité qu’on arrive à préserver avec certaines personnes.

1 L’ouvrage est disponible sans frais de port en le commandant directement auprès de l’éditeur (www.editions-du-cerisier.be) ou dans toutes les bonnes librairies.

2 Il s’agit d’une convention collective de travail (CCT) qui, en Belgique, autorise dans certaines conditions l’instauration d’une prime collective (à l’ensemble des travailleurs d’une entreprise ou à certaines catégories) lié à l’obtention d’un résultat (ici, par exemple, la diminution du nombre d’accidents de travail).

3 L’épicondylite est une inflammation de certains tendons du coude. Cette affection est responsable d’une douleur du coude. Elle apparaît suite à des gestes du bras et de la main, répétés et/ou intensifs. Elle fait partie des troubles musculo-squelettiques.

About the author

Nicolas Latteur est syndicaliste, à la FGTB, et s’occupe plus particulièrement de formation syndicale et d’éducation populaire. Il est sociologue et formateur au CEPAG (Centre d’Éducation populaire André Genot, Belgique) et également l’auteur de Le Travail, une question politique (Aden, 2013) et de Travailler Aujourd’hui. Ce que révèle la parole des salariés1 (Editions du Cerisier, Cuesmes – Belgique, 2017).

Nicolas LATTEUR

Nicolas Latteur est syndicaliste, à la FGTB, et s’occupe plus particulièrement de formation syndicale et d’éducation populaire. Il est sociologue et formateur au CEPAG (Centre d’Éducation populaire André Genot, Belgique) et également l’auteur de Le Travail, une question politique (Aden, 2013) et de Travailler Aujourd’hui. Ce que révèle la parole des salariés1 (Editions du Cerisier, Cuesmes - Belgique, 2017).

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Nicolas Latteur est syndicaliste, à la FGTB, et s’occupe plus particulièrement de formation syndicale et d’éducation populaire. Il est sociologue et formateur au CEPAG (Centre d’Éducation populaire André Genot, Belgique) et également l’auteur de Le Travail, une question politique (Aden, 2013) et de Travailler Aujourd’hui. Ce que révèle la parole des salariés1 (Editions du Cerisier, Cuesmes - Belgique, 2017).