Aux chèques postaux : et Mai 68 survint !

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Il paraît que la France s’ennuie selon l’éditorial du journal Le Monde du 15 mars 1968. Finie la guerre d’Algérie avec la signature des accords d’Evian, le partage du monde de l’après-guerre n’est pas ébranlé, les économistes sont satisfaits de l’état des choses, on baigne dans les Trente glorieuses malgré la fermeture de quelques bassins miniers, le général de Gaulle gouverne, les étudiant.es étudient, les travailleurs et travailleuses travaillent, les femmes sont au foyer, tout semble calme et paisible dans cette France là. C’est en 1968 que Martin Luther King a été assassiné, que Ernesto Che Guevara a été abattu quelques mois auparavant (octobre 1967) et, en août, que les chars russes sont entrés dans Prague.

A partir de 1966, le nombre total des journées de grève augmente fortement. Le 10 janvier 1968, la CGT et la CFDT ont adopté une plate-forme revendicative commune qui va avoir un grand retentissement et qui va contribuer à relancer l’action… A Bordeaux, Besançon, Caen, Vénissieux, on assiste à des grèves dures où les jeunes travailleurs jouent un rôle prépondérant. Aux Chèques postaux dans le 15ème arrondissement de Paris, 13 000 femmes sont employées dans deux centres, rue des Favorites et boulevard de Vaugirard. Des conditions de travail dures, frappe à la machine à des cadences qu’on peut qualifier d’infernales, une discipline quasi militaire, des organisations syndicales vivantes mais pratiquement réduites à la clandestinité, tel est le contexte du travail dans cette grande boîte que sont les Chèques postaux en Mai 1968.

La manifestation du 13 mai, point de départ de la grève

Non, ce n’est pas l’usine, mais ce n’est pas non plus l’emploi de bureau dont nos parents rêvaient pour nous en étant « fonctionnaire ». Ces jeunes qui osent se révolter nous font rêver. Certaines les qualifient de petits bourgeois ; c’est vrai, ils sont privilégiés par rapport à nous, peut être des « fils à papa », mais ça ne fait rien, tels des aimants ils nous attirent, ils osent s’affronter à la police, ils réclament plus de liberté. Dans ce climat, la manifestation unitaire du 13 mai pour protester contre les violences policières à l’encontre des manifestations étudiantes réunit à Paris près de 800 000 personnes et des dizaines de milliers dans les grandes villes de France. Les premières grèves avec occupation d’usines interviennent à Nantes et St-Nazaire. Le 15 mai, l’usine Renault de Cléon est occupée et son directeur séquestré. La grève se répand comme une traînée de poudre, le mouvement s’étend et au soir du 18 mai, on compte deux millions de grévistes. Le 20 mai au matin, six millions de travailleurs et travailleuses sont en grève, parmi lesquels les filles des chèques postaux, qu’on n’appelle pas « les travailleuses », ce sont des travailleurs en jupe, car le pantalon est soit interdit, soit très mal vu « pour une femme ».

Le 18 mai, la grève démarre aux chèques

Dès le 18 mai, la grève démarre par une immense assemblée générale à la prise de service, à 7 heures 30 le matin, provoquée par le départ en grève des gars de la nuit. Ainsi, les filles des chèques rejoignent les salarié.es de toutes les professions. Les revendications sont vite trouvées ; elles ne jaillissent pas du chapeau de quelque syndicaliste équipé d’un mégaphone, elles existent depuis longtemps. Elles ont été élaborées depuis des années, à travers de multiples réunions, elles datent d’avant même la grève des fonctionnaires de 1953. La revendication qui sert de fil rouge à l’action syndicale des filles des chèques, c’est la réduction du temps de travail. C’est une course folle contre le temps qu’engagent chaque jour les filles des chèques chargées de familles, seules ou en couple. Passer 42 heures par semaine à se crever, se payer de ¾ d’heure à 1 heure 30 de transports en commun, pour, ensuite s’occuper des gosses, aller les chercher à la crèche ou à l’école, c’est à la limite du possible et ceci du lundi au samedi inclus. Toutes les organisations syndicales locales ont la préoccupation du temps de travail.

De multiples grèves ont eu lieu de 24 heures, 48 heures, le samedi, en semaine, pour réclamer la réduction du temps de travail, avec toujours la même réponse de la Direction : « Les syndicats veulent couler les centres de chèques postaux, c’est totalement impossible, la faible rémunération par l’Etat ne permet pas la moindre dépense supplémentaire ; enfin c’est impossible, irresponsable, il faut arrêter de rêver ». Fermez le ban, circulez, il n’y a rien à voir ! A cette époque, le coût le plus faible du traitement d’une opération bancaire est aux CCP1. C’est donc que les jeunes petites mains féminines travaillent beaucoup et pour pas cher.

Aux Chèques Postaux à Paris, quelques mois avant, à l’appel de la CFDT et de la CGT, il y a eu une grève sur la réduction du temps de travail avec un pourcentage de grévistes meilleur que d’habitude. Mais, pour le reste, la vie suit son cours. Donc, quand éclate la grève en mai 68, la revendication numéro un qui ne se discute même pas, c’est la réduction du temps de travail, ce qui n’est pas le cas dans les autres services de La Poste tels que les bureaux de Poste et les centres de tri, qui eux mettent en avant la retraite, les conditions de travail, les primes, etc.

La grève, c’est d’un coup deux millions de comptes gérés à Paris-Chèques qui sont bloqués. Et dans ces comptes, il en est qui pèsent plus lourd que d’autres, par exemple ceux de la Vente par correspondance. Ils se trouvent bloqués, et des milliers et des milliers de versements quotidiens sont en rade. Les titulaires de ces fameux « grands comptes » comme on les appelle, prennent ça très mal, leur trésorerie est mise à mal. Comment, les PTT n’ont rien fait pour empêcher la contagion de la grève ? Décidément, plus rien ne va.

Pourtant les potentats locaux, quelques cadres aidés de la CFT2, s’agitent, menacent, crient à la manipulation communiste, mais rien n’y fait. A la radio, on suit les événements de la fac de Nanterre, on en parle un peu dans les services. Ils et elles sont jeunes comme nous, mais ce sont des étudiant.es, un autre monde. Pour la majorité d’entre nous, le collège, le lycée n’est pas très loin ; cependant, avec notre boulot aux PTT, on est passées à autre chose, on est entrées dans le monde du travail d’une façon définitive. Même si on a d’autres aspirations que de faire ce travail toute notre vie, on pressent que les études c’est fini.

Le 18 mai au matin, les grilles d’entrée sont fermées pour la prise de service à 7 heures 30. Réunis en assemblée générale, les gars de la nuit ont décidé la grève et la fermeture des grilles d’entrée afin d’informer le personnel du jour qui prend le service. A 7 heures le matin, la rue devant les chèques est noire de monde, dans l’impasse Bourseul (dans le XVe à Paris) ; CGT et FO appellent le personnel du jour à rentrer dans le mouvement. Odette une copine de la CFDT, en brigade A (service du matin) est présente : elle se jette à l’eau, prend la parole et se souvient : « Quelle surprise en descendant la rue d’Alleray de voir tous ces cars de CRS arrêtés à l’entrée du passage Bourseul. L’impasse Bourseul est bondée de monde, ce sont les employées des chèques qui ne peuvent entrer ». Le personnel masculin de nuit a décrété la grève et bloque le passage. Tout le personnel est là sans directive. Dans le même temps, tout le monde sait qu’un conflit d’ampleur inégalée se développe, les ouvriers de la SAVIEM à Nantes se sont mis en lutte illimitée. Et les postiers des centres de tri viennent de se coordonner pour partir en grève.

Moi, je suis du matin et je découvre que tout le monde est là ; les employées attendent des syndicats une prise de parole. Devant cette foule d’au moins deux mille femmes et de plusieurs centaines d’hommes, je me sens petite et aussi isolée. Je sens que la situation est délicate, puisqu’au niveau de la CFDT nous sommes peu nombreuses dans cette brigade du matin. La décision ne peut attendre. Aussi, je me lance, sinon c’est un cadre qui va intervenir pour le syndicat.

Prendre toute sa place, en tant que femme, dans ce mouvement

C’était le moment de prendre sa place dans un conflit qui allait engager le tout Paris-chèques au féminin ! Je n’avais qu’une chaise pour estrade ! Les femmes tapissaient les murs de la façade de Paris-chèques qui allait fêter ses 50 ans d’existence. Pour cet événement, la direction avait décidé le ravalement de ce grand et vieil immeuble. Les travaux étaient en cours et apportaient encore un peu plus d’austérité à ce bâtiment bardé d’échafaudages. En l’espace d’une heure, cette structure faite de barres de fer devenait une aubaine pour accueillir des dizaines et des dizaines de femmes, qui s’accrochaient aux grilles et dominaient ainsi la foule entassée. On aurait pu croire ainsi que le bâtiment même était du côté des grévistes.

Il en avait contenu des crises de nerfs, des tentatives de suicide de ces jeunes femmes qui n’en pouvaient plus de tenir le rendement ! Aujourd’hui, c’était la grève et on n’entendrait plus de la rue Bourseul le bruit infernal des machines « sextuplex » (machines à cartes perforées). Dans cette première prise de parole, que dire tant les problèmes étaient à vif, sur les conditions de travail, le manque d’effectifs, l’absence de logement, le manque de foyers (pour les nouveaux/nouvelles recruté.es arrivant de toute la France) et surtout le manque de considération au travail. Et le droit syndical ? Nul, et depuis des années, c’était la galère pour tout le monde. Le gouvernement était mis en accusation.

Les prises de parole étaient à peine audibles avec un seul porte-voix pour la foule de grévistes qui chaque jour venait aux nouvelles. La grève est votée à main levée par le personnel présent. A 8 heures, les portes sont ouvertes ; celles qui n’ont pas voté la grève se précipitent rejoindre leur service. Les autres, très nombreuses, restent en bas dans la rue pendant que les militants syndicaux se réunissent en comité de grève. En fait, une intersyndicale se met en place avec 4 militant.es CGT, 4 CFDT, 4 FO. Elle appelle les milliers de filles regroupées devant les portes à entrer dans l’action, à voter la grève pour faire aboutir la revendication de réduction du temps de travail qui est depuis longtemps (1953) celle des filles des chèques et qui n’avance pas, malgré les multiples actions ; elle dit que nos conditions de travail, à la limite du supportable, méritent qu’on se mette en grève.

Malgré les apparences de parité, la CGT est prépondérante. Dans l’intersyndicale ainsi constituée, le représentant de la CGT s’auto-désigne comme porte-parole de ce qui est baptisé comité de grève. Dans la matinée, le chef du centre, responsable de l’immeuble, est destitué de son rôle par l’intersyndicale qui lui fait savoir que désormais il est sous son contrôle. Un groupe de grévistes est désigné pour garder l’entrée de son appartement de fonction. Dans les services, ça discute ferme. Le changement de brigade qui se fait à midi trouve un centre en pleine ébullition. On se fait interpeller : « Vous êtes folles, vous voulez la guerre civile ? ». Quand les militantes, toutes organisations syndicales confondues, expliquent dans les services que c’est le moment de faire aboutir les revendications qui jusque là se sont heurtées au refus de la direction, c’est : « Vous voulez couler les chèques postaux ; la réduction du temps de travail, c’est impossible », quasiment l’utopie du siècle !

Beaucoup se laissent convaincre par les arguments et l’idée de la grève gagne rapidement du terrain. Et comme pas mal de filles suivent l’actualité de près, elles se mettent en grève et, pressentant que ça va durer un certain temps, avant l’arrêt total des moyens de transport, elles se dépêchent de rejoindre leur province. C’est dommage pour la participation active à la grève et à l’occupation des locaux. Les langues se délient, les comptes se règlent, chacun, chacune choisit son camp. La majorité est d’accord, c’est le moment d’y aller. Des cadres zélés tentent d’empêcher les discussions. Ce jour là, le classique : « Taisez-vous mesdames » ne marche plus, même celles qui sont contre la grève n’arrêtent pas de parler.

Les syndicalistes font le tour des services pour expliquer pourquoi rejoindre le mouvement, les cadres qui essaient de leur refuser l’entrée du service ou la prise de parole en sont pour leurs frais. Ils se rendent compte qu’ils sont débordés et abandonnent la partie. Dans les services, les filles écoutent ; elles veulent savoir, se faire une opinion, avant de déterminer leur attitude. Elles se doutent que le mouvement sera long et que ce n’est pas une grève comme d’habitude. Contrairement aux traditions des centres de tri, il n’y a pas d’habitude d’assemblée générale pour une discussion, une information collective et un vote. C’est dans son service qu’on se détermine, en fonction d’éléments propres à chaque personne, du genre « le mari fait grève aux PTT ou ailleurs, on ne peut faire grève à deux » ; il y a aussi la crainte de poser un acte d’indiscipline

« Mes femmes ne sortiront pas » 

Quand les filles du bancaire, le service « disciplinaire » du centre de chèques, veulent sortir pour participer à l’assemblée générale de midi, le grand chef annonce « mes femmes ne sortiront pas ». Et oui, les femmes sont sorties, elles ont failli le lyncher ; les militants syndicaux sont intervenus pour le dégager. La colère accumulée contre cet ignoble personnage trouvait enfin à s’exprimer. Monsieur le chef de division (c’était son grade) qui sévit quotidiennement pour faire trimer « ses femmes », a tenté un jour de plus, un jour de trop, de faire régner sa terreur habituelle par des menaces. Ce jour là, les filles humiliées, rabaissées à la moindre erreur, parfois insultées, lui crient leur détestation. C’est lui qui a peur, c’est lui qui est sous les huées, sous la colère de celles qui subissent chaque jour ses brimades. Elles, qu’il traite comme des incapables, des moins que rien, elles qu’il accable de son mépris, lui crient enfin ce qu’elles pensent : « Liberté au bancaire » ! Il a ce qu’il mérite, mais il faut éviter tout incident qui serait vite exploité par les adversaires.

Pendant ce temps, le comité de grève se pose le problème de la popularité du mouvement et celui de ne pas nuire aux usagers les plus en difficulté, par exemple pour payer les retraites ou les pensions aux personnes handicapées. Il est décidé de maintenir un guichet ouvert aux « à vue » (service ouvert au public), rue des Favorites, tenu à tour de rôle par des grévistes et ceci tant qu’il y a des fonds en caisse. De chaque côté de l’impasse Bourseul, les cars de CRS sont postés, des discussions s’engagent avec ceux qui ont endossé récemment leur uniforme : comme nous ils viennent de diverses régions, certains de leur Aveyron natal où leurs parents sont paysans, ils n’ont pas trouvé de boulot là bas, alors ils sont flics. Eux aussi, ils sont déracinés, ils sont venus à Paris contre leur gré. N’empêche, quand on leur donnera l’ordre, ils seront là pour nous taper dessus s’il le faut !

Tous les matins jusqu’à l’occupation des locaux, il y aura assemblée générale dans la rue jusqu’à 8 heures. Les filles viennent, s’intéressent, discutent, regardent en rigolant leurs chefs « préférés » et les non grévistes se casser le nez sur des grilles fermées, après avoir vaincu tous les obstacles pour venir travailler. Le zèle n’est pas récompensé, ma bonne dame. Les réflexions fusent : « Alors comme ça, on est en retard ! » « Il y a des PV3 qui se perdent ». C’est une inversion des rôles, on n’a pas eu le temps d’inventer autre chose. Chaque jour, les stratégies se précisent de part et d’autre : pour dissuader de faire grève, certains cadres acceptent que les filles arrivent à midi, signent la feuille de présence et repartent aussitôt. Leur préoccupation première n’est pas le service à rendre aux titulaires de comptes, c’est de faire échec à la grève.

Du côté grévistes, les discussions vont bon train, on commente les infos de la radio et de la seule chaîne de télé dont les principaux journalistes rejoignent la grève. Les « jaunes » de l’ORTF de l’époque font un journal télévisé de plus en plus déprimant, eux-mêmes n’y croient plus. Bizarrement, les clivages syndicaux ont l’air d’avoir disparu pour un moment, au moins au plan local. Ce qui prime, dans l’ambiance générale, c’est le grand plaisir de jouer un bon tour à nos grands chefs qui nous prenaient jusque là pour des gamines relativement inoffensives, mises à part quelques fortes têtes. Bien sûr ils pensent : « Elles sont manipulées par les syndicats », et certains des plus radicaux contre la grève espèrent reprendre rapidement tout ça en main ; la CFT jouera son rôle contre le mouvement. Un syndicat « jaune » et un peu fasciste, c’est là que c’est utile !

Si les archives syndicales n’ont pas gardé beaucoup de traces de Mai 68 aux chèques postaux, ceux qui en ont gardé un souvenir cuisant, ce sont nos directeurs et chefs de centre qui ne pensaient pas que ça pouvait leur arriver à eux, habitués qu’ils étaient à considérer les femmes comme quantité négligeable. Leur attitude paternaliste a été rejetée et ils en ont été extrêmement choqués. Les centres de tri d’accord, c’est connu, ils sont combatifs ; mais les petites jeunettes des chèques postaux, ils croyaient les avoir bien en main.

Changer la vie !

Ce n’était pas prévu au programme et c’est là qu’elle change vraiment… Les discussions vont bon train, c’est un plaisir de s’informer, de parler de ce qui se passe, d’être là ensemble. On s’engage à fond dans la grève, on participe, on discute, on prend goût à ce qui s’appelle la chose publique, on fait de la politique, et ça nous plaît. Jusque là, on pensait que tout ça, c’était des choses pour les spécialistes, les « hommes politiques », pas pour nous ; et là, on s’intéresse, on veut comprendre. C’est intéressant, passionnant même. Tous les jours, il y a les échanges grévistes – non grévistes, on cherche à convaincre celles qui rentrent. Au fil des jours, la grève s’organise, avec piquet de grève le matin et au changement de brigade de midi, appelé aussi « mur de la honte ». Les non grévistes doivent rentrer devant une haie de militant.es et de grévistes pas très psychologues. Les hommes sont particulièrement agressifs, certains d’entre eux jettent des pièces de monnaie aux filles qui rentrent, ils les insultent. Ils ne cherchent pas à discuter, ils ne veulent pas savoir pourquoi elles continuent à aller travailler. Elles rentrent, ce sont des « jaunes » point final.

Les raisons pour lesquelles certaines filles ne font pas la grève ne sont pas uniquement de ne pas vouloir perdre de l’argent ou par positionnement politique contre la grève. Pour quelques unes, c’est l’interdiction formelle du mari : « La grève, ça ne se fait pas pour une femme ». Elles affrontent le piquet de grève. Pour d’autres, mariées à des postiers, c’est un certain partage des rôles : « Mon mari fait grève au centre de tri de Paris-Brune4, on ne peut pas faire la grève à deux ». C’est donc elle qui vient bosser et qui doit affronter le piquet de grève. Elle non plus ne dira rien, elle ne fait pas grève, un point c’est tout. D’autres encore élèvent seule un enfant et dans l’angoisse du lendemain, elles vont travailler même si elles préféreraient être dans le mouvement. Le piquet de grève est un moment de tension, non seulement entre grévistes et non grévistes mais aussi entre grévistes aux conceptions différentes.

Le blocage des transports en commun, les restrictions sur l’essence rendent chaque jour plus difficile l’accès au centre. Il y a d’autres visites, par exemple les jeunes gaullistes de l’Union des jeunes pour le progrès, qui viennent gravement nous expliquer que notre grève ruine l’économie, qu’il faut utiliser d’autres moyens plus pacifiques que la grève. Ils sont marrants ces petits jeunes qui n’ont jamais mis un orteil dans le monde du travail.

Dans la ville, pendant qu’il y a encore de l’essence, l’auto-stop marche très fort. Dans la rue, partout les groupes se forment, discutent, s’engueulent, rigolent ; les vieux, les jeunes, tout le monde s’en mêle. De temps en temps, une bourgeoise « vison » du 15ème nous interpelle : « Si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à aller en Russie, vous verrez ! » Tous les jours, aux chèques il y a des discussions, des débats, un brassage d’idées. Les militants du PCF nous parlent de la « démocratie avancée », déjà un parfum de Programme commun. La CFDT a des positions en pointe (elle a beaucoup changé depuis), elle commence à parler d’autogestion. La CGT est très bien organisée ; mais à la CFDT, au niveau de l’organisation, ce n’est pas au top ! Par contre, il n’y a personne au dessus, pas de hiérarchie présente, on se débrouille, on est peu nombreuses mais proches des filles et le rôle essentiel est d’appeler à s’exprimer, à se défendre, à donner la parole aux grévistes qui ne sont pas toutes syndiquées.

Après les assemblées générales du matin et de midi, la rue Bourseul prend des allures de forum, ça discute dans tous les coins : un jeune de l’école d’architecture veut voir une responsable de la CFDT, il voit tout de suite que je n’ai pas la carrure, je le mets en contact avec Raymonde une militante qui « assure » ; il lui propose d’envoyer promener les syndicats et de mettre en place des Comités d’action. Raymonde lui répond très calmement : « Ca fait un an qu’on met sur pied une plate forme revendicative avec la CGT et FO ; ça n’a pas toujours été facile ! Maintenant qu’on peut espérer faire aboutir nos revendications, on ne va pas tout balancer par dessus bord ». Elle a raison, mais moi, ils m’en mettent plein la vue ces étudiants, ils causent comme des livres, ils sont mignons, je serais prête à les suivre alors que je ne comprends pas grand chose à ce qu’ils disent. Heureusement qu’il y a mes copines qui ne se laissent pas embarquer. Dans l’ascenseur, Nicole de la CGT me remet les pieds sur terre : « Ces fils à papa, ils vont bientôt faire la grève à notre place. Les donneurs de leçons on n’en a pas besoin, c’est nous qui faisons la grève, pas eux ! »

Les étudiants du Mouvement du 22 mars de Nanterre viennent nous expliquer comment faire des comités d’action, et déborder les syndicats. Les comités d’action, ici on ne connaît pas, on n’a pas l’habitude du forum permanent comme dans les facultés. A l’intérieur du centre, on n’a même pas le droit de se réunir. A peine si on a le droit de parler. Ce que les militants du Mouvement du 22 mars semblent ignorer, c’est que les syndicats sont quasiment clandestins : interdiction d’affichage sans l’aval du chef de centre, interdiction de distribuer les tracts dans les services, interdiction de ramasser les cotisations. Ils ne se rendent pas bien compte de comment ça se passe dans le monde du travail et encore plus quand il est féminin. Ils traitent les organisations syndicales comme des institutions alors que dans certains endroits tels que les Chèques, elles interviennent dans une quasi clandestinité. Ils ont lu des bouquins mais en vrai, ils ont une vue très théorique du monde du travail.

Une étape décisive de la grève sera franchie avec l’occupation des locaux ; elle sera imposée au comité de grève par un groupe de filles non syndiquées, soutenues par les militantes de la CFDT qui sentent la nécessité de passer à une étape supplémentaire dans l’action. L’occupation, c’est le meilleur moyen de poursuivre et de renforcer le mouvement de grève.

Les locaux sont occupés

C’est suite à cette décision que se produisent les premiers accrocs entre la CGT et la CFDT. La CGT veut différer le moment de l’occupation, parce que le Général de Gaulle a annoncé des élections. Toute la journée, il a régné une ambiance particulière dans l’impasse Bourseul et même dans les piquets de grève. L’occupation des locaux est décidée, après le piquet de grève « mur de la honte », pour escorter la sortie des non grévistes à 19 heures30 ; on se regroupe et on s’engouffre à 300 à l’intérieur des Chèques. On y passe la nuit et on s’installe dans l’occupation. Moment génial, où on est enfin chez soi sur son lieu de travail. Le lieu de notre exploitation quotidienne, on le fait nôtre. Le chef de centre est fermement prié de rejoindre ses appartements où il sera sous la responsabilité des membres de l’intersyndicale.

Pendant les jours et les nuits d’occupation, il y a les chanteurs, les poètes, les conteurs qui se révèlent, surtout, on cause jusqu’à plus soif, on refait le monde. Certains ont les solutions clefs en mains, « la démocratie avancée » par exemple, programme du PCF à l’époque. La majorité cherche passionnément à comprendre, s’intéresse à des choses qui jusque là semblaient inaccessibles. La CFDT commence à parler d’autogestion, elle organise des réunions sur le contrôle des cadences, sur l’organisation du travail, comment maîtriser un boulot parcellisé dans une grosse boîte où chacun est dans son service coupé des autres, comment en finir avec les cadences imposées.

Aussitôt la vie s’organise. Une préoccupation se fait jour : entretenir les locaux, ne rien dégrader, en fait, pour les rendre en bon état aux anciens propriétaires. La prise de possession de son lieu de travail, c’est un moment fort, le moment où l’on n’est plus l’objet utilisé pour exécuter une tâche obligée. On existe enfin, on est là chez nous, sans la hiérarchie.

L’intersyndicale organise la chose et c’est ainsi que je passe, avec une autre fille, une semaine à la plonge car la cantine fonctionne grâce à un cuisto gréviste qui accommode les restes. Il y a une répartition très particulière des tâches / les filles à la plonge et au balayage des escaliers (6 étages). Les gars de la nuit sont chargés de contrôler les allées et venues du chef de centre destitué de ses fonctions. On réclame un roulement plus équitable dans les tâches entre syndicats. La question du partage entre hommes/femmes n’est posée par personne.

Cette occupation, c’est des jours et des nuits où on parle sans fin, où certain.es chantent, d’autres disent des poèmes ; c’est des nuits et des jours où on apprend à se connaître, où on se découvre alors qu’on travaillait au même étage à deux pas. Ce cloisonnement est perçu, à ce moment là, comme un handicap ; en temps normal, on n’a même pas conscience à quel point il est nocif, nous empêche de connaître notre travail et donc de le maîtriser, permet de créer des divisions artificielles. « On » nous dit que tel service est mauvais, elles travailleraient mal : personne ne cherche à vérifier et « on » continue à colporter des rumeurs débiles, fondées sur rien, parce qu’on ne se connaît pas et que tout est fait pour, qu’en temps normal, cette connaissance soit impossible. Petit à petit, on comprend que ce cloisonnement est bien utile pour la direction qui, au lieu d’avoir face à elle un personnel qui lui réclame des effectifs, s’en prend au service voisin. Par la discussion, dans la grève, on met en l’air les préjugés, on reconstitue notre cohésion et on voit mieux où sont les vrais obstacles.

Les échos de l’extérieur nous parviennent par la radio qu’on suit au fil des heures, parce qu’il se passe toujours quelque chose : les émeutes nocturnes du quartier latin et leurs conséquences, la séquestration du patron de telle usine, le discours du général de Gaulle. Pendant l’occupation, les transistors informent de ce qui se passe à l’extérieur. On suit les événements, en direct, à chaud ; on les commente, on écoute les déclarations des leaders syndicaux : Georges Séguy pour la CGT, Eugène Descamps pour la CFDT, André Bergeron pour FO.

Au fil des jours, on prend conscience de notre force par rapport à une hiérarchie étouffante. Cette occupation, c’est le moment où par petits groupes on discute de comment le travail pourrait être organisé autrement, en connaissant notre place dans la chaîne, en sachant ce que font les services voisins, et surtout comment ne pas se crever avec les cadences, accepter d’avoir des rythmes différents. Un débat s’amorce entre celles qui disent qu’il faut ralentir et celles qui disent vouloir aller à leur propre rythme. Toute la question est de savoir comment chacune a acquis son propre rythme. C’est un peu l’histoire de l’inné et de l’acquis : on ne naît pas rapide à la frappe sur machine, on le devient à force de pressions. Pour celles qui tapent très vite, c’est difficile de ralentir. Il n’y a pas eu de conclusion, le sujet a été abordé et dans différents services il resurgira et ne restera pas lettre morte, il donnera quelques grèves du zèle bien dérangeantes pour la hiérarchie.

Dominique Grange vient chanter au centre de chèques

Des chanteurs et chanteuses viennent nous rendre visite et nous offrent des concerts gratuits. Jacques Cerizier chante : « J’ai un petit vélo qui trotte dans ma tête et qui ne veut jamais s’arrêter ». Ca correspond assez bien à la sensation du bruit de la machine dans notre tête. Dominique Grange fait son récital : « Nous sommes tous des dissous en puissance, nous sommes tous des juifs et des allemands ». On se rencontre à la cantine, on échange sur nos conceptions de la chanson et la leur ; ils et elles nous disent leur souhait de faire des choses nouvelles, de sortir des circuits commerciaux.

A la direction, ils estiment que l’occupation a assez duré. Pour expulser les grévistes, les grands moyens sont déployés : les cars de police et, grand luxe, la grande échelle des pompiers. Qui va monter sur l’échelle pour casser les carreaux du 6ème étage et faire rentrer les flics qui vont nous évacuer ? Ce sera un dévoué chef de centre qui s’y collera, Monsieur Nicolas, il grimpe à la grande échelle sous des centaines d’yeux moqueurs pour faire rentrer la police. Les flics poussent dans le dos et ça avance très peu à chaque poussée ; il a fallu toute la matinée et jusqu’à 15 heures l’après-midi pour faire sortir les dernières occupantes. Il faut en terminer avec cette chienlit de grévistes. L’image de la grimpette à l’échelle des pompiers est restée gravée dans les mémoires, elle garde encore son effet comique quand on en reparle. C’était nous, le mouvement des grévistes, qui fixions les agendas politiques et syndicaux.

Avec le recul, je me suis aperçue qu’on avait peu manifesté en dehors de l’immense manif du 13 mai, après on est resté.es pas mal replié.es sur nos boîtes. De temps à autre, on faisait le tour du pâté de maisons dans l’arrondissement, ça nous permettait de discuter un peu avec les grévistes des entreprises à l’entour (CGCT, Lignes à grande distance, imprimerie Taupin), vraiment dans notre coin de Vaugirard. Malgré cela, au cours de ces journées c’était la politisation à la vitesse surmultipliée ; chaque jour on apprenait quelque chose, chaque jour on voyait sous nos yeux fonctionner le pouvoir avec un grand P, du gouvernement à la direction de notre boîte. Et ce n’était pas la télé qui nous influençait, les journalistes étaient en grève, il n’y avait qu’un homme tronc qui débitait un communiqué.

Même avec plein de choses dans la tête, on n’oublie pas la réduction du temps de travail ! On parle de tout, tout le monde parle de tout : grévistes, syndiqué.es ou non, curieux, passant.es, dans les rues, les bistros. Dans ce dialogue innombrable et nouveau qui s’installe, les questions essentielles viennent sur le tapis.

La reprise

Après les accords de Grenelle, refusés d’ailleurs par les grévistes des usines Renault Billancourt qui sont censés fixer le cadre général, il y aura les négociations par branche toujours sous la pression de la grève générale. Donc le ministre des PTT ouvre des négociations avec les représentants syndicaux des différents secteurs de La Poste et de ce qui est aujourd’hui France-Télécom.

La lutte paie mais on voulait plus…

Des négociations pas tellement transparentes, mais menées dans la perspective de faire reprendre le boulot à ces milliers de gens qui prenaient goût à la grève, à la lutte collective, et qui n’étaient pas prêts à rentrer avec des clopinettes. Les fédérations syndicales CGT, CFDT, FO mènent la négociation avec le Ministère des PTT. Pour les chèques, c’est sûr, il faudra lâcher sur la réduction du temps de travail. Après une nuit de pourparlers, les fédérations arrachent un samedi libre sur deux, la suppression d’un retour par mois5, lui-même réduit d’une heure, au total ça fait 4 heures de réduction de temps de travail. Sur la quinzaine ça nous ramène à une moyenne horaire hebdomadaire de 37 heures 15.

A cet acquis sur le temps de travail, il faut ajouter une augmentation en points uniforme de 200 francs, une augmentation de la prime de rendement (et elle ne sera plus amputée en cas de maladie) et l’accueil des jeunes dans les gares parisiennes. La section syndicale d’entreprise sera reconnue, ce qui veut dire que les militantes sortiront enfin de la semi clandestinité et du non droit syndical.

Pour celles qui ont suivi le mouvement d’assez loin, c’est totalement inespéré, certaines ont du mal à y croire. Il y a à peine un mois, une heure de moins, ça paraissait complètement impossible. La semaine suivante, la moitié du personnel ne travaillera pas samedi prochain, ça paraît à peine croyable. C’est vraiment la preuve par neuf que la lutte paye et que ça vaut la peine de se bagarrer. Le discours de la direction est démystifié : comment ? Tous les grands chefs qui disaient que ce serait la faillite si on touchait à la durée du travail … Et là d’un coup, ils lâchent 4 heures, et non seulement rien ne s’écroule mais le boulot se fait, il a juste fallu ouvrir un concours de recrutement supplémentaire ! C’était possible en créant des emplois mais c’est cela qu’ils ne voulaient pas et c’est la grève qui les a contraints dans l’urgence. Pourquoi ? Tout cela soulève des questions qui amènent assez loin dans la réflexion. En fait, ils s’en foutaient que tous les jours on se crève au boulot, ce qui leur importait c’est que le trafic passe avec le moins de personnel possible.

Pour celles qui ont été à fond dans le mouvement, la déception est là ; on aurait voulu encore plus mais surtout on pense à la reprise du boulot et ça c’est dur, très dur. Quoique nous ayons obtenu, la reprise c’est la fin de ce moment où l’on s’est senti exister comme jamais, en dehors de la hiérarchie et de la compétition des cadences. On sent bien, confusément, que ça ne se reproduira pas de sitôt. On ne peut pas l’exprimer clairement, mais on a le sentiment qu’une occasion inédite a été gâchée. Pour les plus actives dans la grève, c’est la rage, une sorte de colère sourde, on nous a volé quelque chose. Qui est ce « on » ? Les syndicats, les non-grévistes, on ne sait pas trop. Personne n’a une analyse très claire de la situation, mais quelque part c’est : « On s’est faites avoir ! ».

Plus rien ne sera comme avant…

Malgré ça, pour celles qui ont été à fond dans le mouvement, la reprise est terrible, on sait bien que quelque chose d’inédit se termine. Les coffres débordent de chèques « en souffrance ». Il va falloir se les payer, comme il faudra se payer l’encadrement et les non grévistes C’est la fin de tout cela, c’est pour ça que c’est si dur quels que soient par ailleurs les acquis réels. Il va falloir reprendre le boulot, la mort dans l’âme et malgré les vibrantes Internationales et autres « la lutte continue à l’intérieur sous d’autres formes ». Comme la fille du film « La reprise » aux usines Wonder, on n’a vraiment pas envie d’y revenir dans cette taule, et pourtant il va bien falloir ! Autant l’occupation des locaux était joyeuse, autant la fin de la grève et la reprise sont désespérantes. La reprise a lieu, la rage au cœur, les larmes aux yeux ; une colère contre on ne sait trop quoi d’ailleurs ! La routine reprend son cours, on retrouve notre boulot stocké dans des coffres pendant un mois ; on retrouve les surveillantes, les machines, les salles grises, les non grévistes. On a le sentiment d’avoir perdu, d’un échec, d’une sorte de trahison. Tout s’était ouvert, et tout se referme.

Le combat continue

Il en faudra du temps pour mettre de l’ordre dans ces sentiments, pour comprendre un peu ce qui s’est passé, qui est responsable de cette fin en queue de poisson. Il faudra discuter, analyser avec des militant.es politiques, d’autres militant.es syndicaux pour trouver des raisons objectives, rationnelles à ce que l’on considère comme un demi-échec, parce que d’une grève générale on attend plus que des succès revendicatifs fussent-ils importants. Mais foin des états d’âme : au jour le jour, dans nos sections syndicales, très vite on reprend l’action sur notre thème favori : le temps de travail. Dans tel service, c’est une pause qui est exigée par le fait accompli : on se coordonne et on prend la pause malgré l’interdiction des chefs. Dans un autre service, ce sont des horaires adaptés qui sont réclamés, et on redémarre sur la suppression totale des retours. Comme le proclamait un slogan : ce n’est qu’un début, le combat continue. Certes il continue, mais il ne retrouvera pas de sitôt l’ampleur et le tonus de ce mois de mai là…

On croyait avoir changé les choses et puis non, on reprend le collier et tout recommence comme avant. Peut-être pas tout à fait. D’abord, moi, j’ai changé, c’est sûr, en quoi et comment, je ne le sais pas encore : une insatisfaction plus profonde et la certitude que même dans cette boîte, je pourrais avec les autres, avec mes copines des jours de grève, changer quelque chose. J’ai entendu parler de révolution, de changement, de démocratie, ces mots m’accrochent mais ils n’ont pas de contenu réel. Ma réalité elle, elle a à peine bougé, mais la vie a changé de couleur, une brèche s’est ouverte, des rencontres ont eu lieu, c’est une autre histoire qui s’amorce.

Gisèle Mouliè.

1 Centres de chèques postaux.

2 Confédération française du travail, « syndicat » proche de l’extrême droite et du patronat.

3 Procès-verbaux infligés par les chefs à la moindre erreur ou retard.

4 Centre de tri, Boulevard Brune dans le 15ème arrondissement, particulièrement combatif ; il a été fermé en 1986.

5 Le personnel travaillant en « brigades », c’est-à-dire en matinées ou en matinées/soirées devait, après certaines séances de matinées, revenir travailler l’après-midi ; d’où de très longues journées de travail, particulièrement pénibles.

Gisèle MOULIE

Gisèle Moulié, Gigi, avait 22 ans en 1968. Arrivée de son Ariège natale quelques années auparavant, elle était employée dans ce Centre des chèques postaux, et syndiquée à la CFDT. Elle participe en 1988 à la création de Sud Ptt. Aujourd’hui retraitée, elle est toujours militante et assure notamment des permanences juridiques à l’Union Locale Solidaires de Montreuil (93).

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